Trouver son élément

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Quand deux personnes éclairées, comme Eckhart Tolle et Ken Robinson, se rencontrent, l’alchimie opère et nous offre ici cet échange passionnant, truculent et bourré d’humour, sur le thème de la créativité, trouver sa voie, l’art, le théâtre, l’évolution, etc… et bien sûr la Conscience.

–           E. – Notre invité aujourd’hui que je suis très heureux d’accueillir, Sir Ken Robinson qui est un auteur très connu. Certains d’entre vous peuvent avoir lu ses livres, son livre « L’élément » concernant la découverte de sa passion dans la vie et qui a été traduit en vingt langues. Il a été classé parmi les bestsellers du New York Times. Il y a aussi cet autre livre que j’ai ici, « Hors de notre mental », un titre intéressant, différentes nuances, « apprendre à être créatif ». Sir Ken s’intéresse tout particulièrement à la créativité et également à l’éducation.

–           Je vais vous lire brièvement du mieux que je peux. Il est professeur émérite de pédagogie de l’université de Warwick au Royaume-Uni et il a travaillé avec des gouvernements en Europe, Asie et aux États-Unis avec des agences internationales.

–           Nous nous sommes rencontrés il y a moins de deux ans au sommet de la paix à Vancouver avec le Dalaï-Lama et auquel nous avons été invités. Dès que nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes très bien entendus. J’ai apprécié son sens de l’humour comme vous allez l’apprécier vous-mêmes, j’en suis sûr. Ses interventions sont très drôles et inspirantes. Si vous voulez, vous pouvez écouter ses causeries sur TED sur Internet. Combien de millions de personnes ont écouté ces causeries ? 20 millions, quelque chose comme ça !

–           Ken Robinson – 250 millions.

–           E. – 250 millions de personnes.

–           K. – Moi inclus.

–           E. Vraiment incroyable ! Imaginez un peu, une assistance de 250 millions de personnes !

  1. – Je dois dire qu’ils ont été téléchargés 9 millions de fois et je continue d’être montré à de grands groupes et l’on doit donc atteindre les 250 millions. Figurez-vous, ma fille m’a montré une vidéo de 90 secondes sur Youtube avec deux chatons en pleine conversation et elle a été téléchargée 80 millions de fois.

–           E. – L’une de ses préoccupations est que les écoles, les systèmes scolaires étouffent la créativité. Je suis absolument convaincu de cette réalité et j’en ai fait personnellement l’expérience. J’ai réussi deux choses que vous n’avez probablement pas réussies. L’une est que j’ai abandonné l’école à l’âge de 14 ans et l’autre que j’ai abandonné le doctorat bien plus tard. J’ai donc abandonné deux fois le système éducatif.

–           K. Avez-vous jamais fini quelque chose ?
–           E. J’ai fini un degré. Ici, nous avons deux thèmes, mais ils sont liés. L’un est la découverte de votre passion. C’est en soi une chose gratifiante, trouver ce que vous aimez faire et avec quoi vous pouvez être présent, quelque chose qui n’est pas juste un moyen pour arriver à vos fins. La fin est ce qui sous-tend ce que vous faites, ce qui fait qu’il y ait de la joie et de la vie dans ce que vous faites. Il est donc important que les gens trouvent quelque chose qui apporte cette joie et cette vie dans ce qu’ils font.

Ensuite, le second point, après la découverte de sa passion, c’est la possibilité que l’élément créatif entre en jeu. Je vois cela comme la chose secondaire ou un approfondissement où vous donnez naissance dans ce monde à quelque chose de complètement nouveau. Pouvez-vous donner quelque conseil à nos spectateurs ici et aux gens présents ici pour trouver leur passion si ils ne l’ont pas encore trouvée ou pour développer la créativité ? Comment cela se passe-t-il ? Nous pourrons ensuite dialoguer à ce sujet. Je vous dirai comment je vois les choses.

–           K. – Eh bien, l’élément est basé sur l’idée que la plupart des gens, je crois, n’apprécient pas beaucoup leur vie.

–           E. – Oui.

–           K. – Je ne sais pas si c’est vrai pour vous !

–           E. – Non.

–           K. – Je ne sais pas pour vous, mais c’est vrai pour beaucoup de gens.

–           E. – Oui.

–           K. – Ils subissent leur vie au lieu de l’apprécier.

–           E. Attendant de finir des choses et qu’arrive la chose suivante, attendant quelque chose.

–           K. – Oui, toujours la chose suivante ! Et ils attendent seulement le week-end. Je pense qu’il s’agit là, à certains égards, de « l’autre dérèglement climatique ». Je pense que l’idée est devenue familière qu’un dérèglement implique les ressources naturelles et j’espère que les gens ont compris ça maintenant. Et sinon, je leur propose simplement d’attendre. Ça va se manifester pour eux ! Et ce dérèglement a été largement amené du fait de l’impact de l’industrialisation et de la surpopulation. Nous en avons parlé récemment. La terre a quatre milliards et demi d’années et les êtres humains sont apparus il y a environ cinquante mille ans, des êtres humains modernes, vachement bien, comme nous, qui mangent des sushis. En termes planétaires, c’est un clin d’œil.

On me dit que si vous comparer toute l’existence de la planète à une seule année, les êtres humains actuels sont apparus à minuit moins une seconde le 31 décembre. Nous ne sommes donc pas là depuis longtemps et la plupart du temps dans l’histoire, nous avons plutôt vécu en harmonie avec la nature, mais pendant les trois cents dernières années, nous avons pris une nouvelle direction complètement différente et nous avons engendré des effets sur la planète qui sont probablement très graves, pour nous, non pas pour la planète.

Nous en avons parlé hier soir durant le diner. On a eu un aperçu magnifique avec l’exemple de l’oignon. Les gens parlent de sauver la planète. Il n’y a pas à s’en faire pour la planète. La
planète a été ici depuis quatre milliards et demi d’années. Nous pouvons partir, la planète sera très bien. En fait, la planète conclurait : « On a essayé l’humanité, ça n’a pas marché ! »

–           E. – On en parlait hier soir

–           K. – Vous avez fait un commentaire excellent concernant la terre.

–           E. Oui. Pour la conscience, l’humanité est un moyen pour venir dans cette dimension. L’humanité est un véhicule de la conscience pour venir dans ce monde et l’on pourrait dire que c’est une expérience. La conscience peut venir sous d’innombrables autres formes. Donc, si cette expérience particulière échoue, rien ne sera perdu et je crois aussi que tout acquis dans la conscience demeure même en cas d’extinction de l’humanité. La conscience continuerait alors de s’exprimer sous d’autres formes. Ultimement, cela ne serait pas non plus un problème. Or, il y a toujours la possibilité que nous puissions continuer en tant qu’humains.

–           K. – J’ai encore des choses à faire pour le reste de la journée de toute façon ! J’en serais certainement reconnaissant pour ça. Mais c’est le sous-titre de « Nouvelle terre », n’est-ce pas ? L’avènement de la conscience. Je crois qu’il y a ce changement, je le ressens, concernant les gens qui s’éveillent. Quand nous nous sommes rencontrés, au sommet de la paix, un des invités était le Dalaï-Lama et il dit beaucoup de choses magnifiques comme le fait Eckhart. L’une des choses qu’il a dit, et il a raison, c’est quelque chose de très simple. Il a dit que le simple fait d’être né est un miracle.

Si vous pensez au nombre de gens qui ont été sur terre, combien d’entre eux ont dû se rencontrer et dans quelles circonstances au cours de ces cinquante mille années pour que se rencontrent à leur tour vos arrière-grands-parents et vos parents afin de poursuivre le processus ayant abouti à vous et à votre vie ? C’est un miracle que vous soyez ici. Alors, félicitations ! Vous avez réussi, mais nous ne sommes pas ici pour très longtemps ! Le Dalaï-Lama précise donc que OK, vous avez réussi, et qu’est-ce que vous allez faire maintenant avec votre vie ? La gaspiller, attendre le week-end ou faire quelque chose ? Et c’est là le sujet de « L’élément ».

–           Je connais aussi des gens qui aiment absolument ce qu’ils font et ne pourraient pas imaginer faire autre chose. Ils sont engagés dans quelque chose pour une partie de leur vie où ils se sentent le plus authentique. Cela peut être enseigner, travailler avec des gens, dans les arts, dans la science et j’en passe. Pensez à tout ce que les gens font de leur vie. Certains aiment faire ce que d’autres ne pourraient pas imaginer faire un seul instant. Et cela indique beaucoup de choses. L’une d’elle qui est à la base de la vie humaine et aussi de toute vie organique sur terre, c’est la diversité.

Et il y a une profusion de talents. Vous le voyez dans un monde naturel et vous n’en faites pas grand cas. La vie prend des myriades de formes et il en va de même pour la vie humaine en termes de sensibilités et de talents. Mais tout comme les ressources naturelles, je crois que les ressources humaines sont souvent enfouies sous la surface. Vous devez les chercher. Beaucoup de gens que je connais qui sont pour ainsi dire dans leur élément disent qu’il y a eu quelqu’un dans leur vie qui les ont aidés à les trouver, un parent, un ami, quelqu’un qui a remarqué en eux un talent ou une aptitude et qui les a encouragés.
Je pense que les autres voient souvent nos talents en nous avant que nous les voyions nous-mêmes. Nous sommes généralement trop absorbés dans notre anxiété ou nous n’en faisons pas cas. Nous pensons à ce que nous pourrions faire ou « si seulement nous pouvions faire ceci ! » Pour moi, c’est très important, parce qu’il m’apparaît qu’à moins que vous sachiez ce dont vous êtes capables, ce qui vous passionne spirituellement, vous ne savez pas vraiment qui vous êtes.

Donc, être dans l’élément, c’est pour moi plusieurs choses. Il y a des expressions que nous utilisons dans le langage quand on parle d’être dans son élément. Et vous pouvez le voir. Je pense que nous l’avons vu avec Eckhart il y a quelques minutes. Quand vous faites les choses que vous êtes censés faire et qui correspondent à votre soi authentique, le temps passe différemment. Donc si vous êtes dans votre élément, une heure passe comme si c’étaient cinq minutes, et si c’est l’inverse, cinq minutes passe comme si c’était une heure. Votre sens du temps change.

Pour moi, il y a deux choses. L’une consiste à trouver votre aptitude naturelle, les choses pour lesquelles vous êtes naturellement doués. Je suis très doué pour diverses choses. Je veux dire, il y a des gens qui sont fantastiquement bons en mathématiques. Je n’ai jamais été considéré comme bon.

–           E. – OK, moi non plus ! C’est en fait là où j’ai complètement échoué à l’école. Mon mental ne peut simplement pas comprendre les mathématiques, ni la physique. Le seul moyen que j’ai trouvé pour aller à l’université fut de partir en Angleterre.

–           K. – Où les niveaux sont tellement plus bas.

–           E. – Non ! C’est mieux que ça. On n’a pas besoin de prendre les matières pour lesquelles on n’a pas d’aptitude. On peut choisir les matières que l’on aime vraiment. Adulte, alors que j’étais au-delà de mes vingt ans, j’ai passé les examens d’entrée à l’université et j’ai pu choisir ce que je voulais étudier et laisser de côté la physique, les mathématiques, etc. Jusqu’à ce jour, je ne sais pas si mon incapacité à comprendre les mathématiques est quelque chose de génétique, si cela a à voir avec le cerveau, avec l’inactivité du cerveau gauche, pour ainsi dire, ou si les professeurs ont simplement été incapables de m’expliquer les choses comme il aurait fallu.

–           K. – Ça peut n’être rien de tout ça. J’étais pareil en mathématiques. A propos, je suis un grand admirateur des mathématiciens. J’ai beaucoup travaillé avec eux, nous pourrions en parler un peu de la beauté des mathématiques. Je ne critique pas les mathématiques. Simplement, elles ne sont pas pour tout le monde. L’un des gros problèmes en pédagogie, c’est que vous n’êtes pas considéré comme très intelligent si vous n’êtes pas bon dans telle ou telle matière et c’est pour moi catastrophique, parce que l’intelligence prend beaucoup de formes différentes. Les gens sont doués pour des choses très variées.
Je me souviens, quand notre fille était à l’école primaire, elle pensait que je connaissais tout. Je tenais beaucoup à ce qu’elle garde cette impression, on est comme ça en tant que parent. Elle avait des devoirs de maths à faire quand elle avait sept ans et je soupirais à la vue de ces problèmes à résoudre. Comme pour une simple addition ! Elle me disait : « Papa, ça fait combien trois fois quatre ? » Je répondais : « Cathy, ça fait douze ! » Et elle me regardait en disant « Mais tu as un don, c’est juste un don ! » Je suis né comme ça, que puis-je te dire ?

Et quand elle avait douze ans, elle est arrivée avec une page pleine d’équations quadratiques. Pris d’une certaine anxiété, j’ai alors initié l’apprentissage par la méthode de la découverte par soi-même. Je lui disais : « Cathy, ça ne sert à rien que je te dise la réponse. Ça n’est pas comme ça qu’on apprend ! Tu dois trouver la réponse par toi-même. Je reste à proximité et quand tu trouveras la réponse, ça ne servira à rien que tu me la montres. Les professeurs sont là pour ça ! »

–           E. – Soit dit en passant, l’humour qui vient spontanément est un très bon exemple de la créativité. Je trouve que c’est un aspect très intéressant. Dire tout à coup quelque chose de drôle, c’est de la créativité. On peut soudainement s’écarter de ce qui est familier, évoquer une perspective inhabituelle. Je trouve que l’humour fonctionne comme quelque chose de créatif et certaines personnes ont ça.

C’est aussi un acte créatif de la personne qui écoute. Il doit voir l’espace entre les choses. Par exemple, j’ai lu cette histoire l’autre jour. Vous savez que les physiciens modernes essaient d’expliquer conceptuellement tout l’univers. Même Einstein a essayé de trouver la théorie des champs unifiés et n’y est pas parvenu. Et Stephen Hawking dit maintenant que bientôt, nous serons capables d’expliquer tout l’univers.

Et l’histoire, c’est un physicien célèbre que son épouse découvre au lit avec une autre femme. Le physicien dit alors à sa femme : « Je peux tout expliquer ». La satisfaction à propos de l’humour, c’est l’acte créatif de celui qui écoute, parce que vous devez être là . . . « Ah ! » Et c’est pourquoi les histoires ne marchent pas quand elles sont expliquées.

–           K. – C’est pourquoi un de mes amis, il travaillait avec mon frère, il était engagé au moyen orient et il en est sorti et donna ses meilleures blagues dans ce cabaret. Il sorti la première et rien ne se passa et au milieu de la suivante les gens explosèrent de rire. Il rentra alors chez lui, il dit que tout ce qu’il trouvait drôle n’a fait rire personne et qu’au milieu de quelque chose d’autre, ils ont explosé de rire. Et il n’arriva pas à comprendre car il était là pour un engagement de deux semaines. Et on m’a expliqué plus tard que ce qui s’est passé est que la plupart du public ne parlait pas anglais. Donc on leur traduisait les blagues. Donc il y avait ce délai un peu comme les communications téléphoniques transatlantiques.

–           Ok pour en revenir à ce dont on parlait, trouver les choses pour lesquelles vous êtes naturellement doués. Nous sommes tous doués pour des choses très différentes. Or, cela ne suffit pas. Je connais beaucoup de gens doués pour des choses précieuses. Beaucoup de gens passent leur vie à faire des choses pour lesquelles ils sont doués, mais ils ne les apprécient pas vraiment. Il se trouve juste qu’ils sont doués. Pour être dans votre élément, vous devez aimer
ce que vous faites. Pour moi, l’élément est donc le point de rencontre entre le talent et la passion. C’est important pour moi, parce que… C’est quelque chose sur quoi vous avez beaucoup écrit, Eckhart, dont vous parlez beaucoup, le fait qu’il n’y a qu’énergie. On devient un être en tant que source d’énergie. On peut se connecter à l’énergie des autres gens. On peut sentir leur énergie. On peut sentir si l’énergie est haute ou basse. Et c’est un argument spirituel dans le sens où cela va au-delà de l’approche des religions organisées.

–           Nous parlons de cela dans le langage quotidien. Votre vibration ou votre esprit s’élève ou s’abaisse. Il y a des choses qui vous remplissent, qui vous élèvent, d’autres qui vous vident, vous appauvrissent. Il y a des activités qui cassent notre énergie, notre humeur. Il y a des gens qui font cela.

–           Vous savez cela, il y a des gens qui viennent à vous, qui vous regardent et vous inspirent et vous vous élevez, et vous pensez: oh c’est super. Et d’autres c’est l’inverse, ils viennent vers vous et vous vous sentez pompées.

–           Ce ne sont pas des mauvaises personnes, mais leur énergie est discordante par rapport à la vôtre. Il me semble donc que trouver votre élément, comme je l’explique dans le livre, représente une part importante du développement spirituel.

–           E. – Une considération ici. Comme vous l’avez dit, il y a beaucoup de gens qui ne veulent pas vraiment faire ce qu’ils font. Ils le font, parce qu’ils croient qu’ils n’ont pas le choix ou pour gagner leur vie. Je dirais qu’un gros obstacle à trouver quelque chose que vous aimez faire, ce qui est presque paradoxal, c’est la résistance intérieure. Vous faites quelque chose à propos de quoi votre mental vous dit que vous ne l’aimez pas.

Disons que vous avez par exemple un travail de subalterne ou de domestique. Admettons que vous travailliez dans un restaurant, à la caisse, chez Macdo ou à la caisse d’un supermarché et que vous détestiez chaque instant du travail. Je pense que cet état intérieur de négativité et de résistance continuelles rend peu probable, voire impossible, l’occasion de trouver autre chose. Je continue un moment. Beaucoup de gens sont piégés dans un état négatif et je dis parfois, ce qui nous fait revenir à un saint chrétien dont je ne me rappelle pas le nom qui a dit « L’un des chemins de la perfection pour les humains consiste à faire les petites choses avec un grand amour ».

Même si pour le moment vous avez un travail que vous n’auriez peut-être pas choisi de faire pour le reste de votre vie, vous pouvez en faire la première étape d’une ouverture. Vous lâchez la résistance à ce que vous faites et vous lui accordez au contraire toute votre attention. C’est alors, parfois, que la vie vous amène quelque part ailleurs, parce que vous vous êtes ouverts. Vous pouvez donc donnez le meilleur de vous-mêmes.

Par exemple, disons que vous n’aimez pas travailler dans ce restaurant où vous vous trouvez depuis trois ans. Vous souriez peut-être, mais tout le monde peut sentir que vous n’avez pas vraiment envie d’être là. Les clients et vos collègues peuvent le sentir. Or, vous pouvez tout changer, faire les choses avec toute votre attention, honorer chaque instant, chaque personne qui se présente dans le moment, poser l’assiette sur la table avec attention.
Ce qui change ici n’est pas ce que vous faites, mais la façon dont vous le faites. Je ne sais pas si vous avez considéré ce point, mais je dirais que la première étape pour trouver quelque chose de plus satisfaisant, ce n’est pas savoir quoi faire d’autre, mais c’est changer la façon de faire ce que vous faites déjà et mettre une pleine présence en ce que vous faites.

Il est alors possible que quelqu’un remarque combien vous êtes présents, un client du restaurant et vous interpelle : « Oh, comment vous appelez-vous ? » Et voici que cela vous amène ailleurs. Peut-être ouvrez-vous votre propre restaurant et les gens arrivent, se sentent bien dans cette présence que vous créez, un champ d’énergie de présence. Et ça peut être tout à fait autre chose. Avez-vous considérez ce point ? Au départ, changer la manière plutôt que l’activité, parce que si l’on est la proie de la négativité, il pourrait être beaucoup plus difficile d’en sortir.

–           K. – Oui, je suis complètement d’accord avec ça. L’une des choses qui fait de nous des humains… Parce que nous pouvons imaginer que c’est comme tout le reste sur terre. Vous savez, notre vie est courte, organique et dépendante. On se demande pourquoi les êtres humains en arrivent subitement à dominer la planète d’une certaine façon comme nous l’avons fait.

Une partie de ma réponse, c’est que les êtres humains ont en particulier des pouvoirs d’imagination extraordinaires, l’aptitude à amener à l’esprit des choses qui ne sont pas présentes. Nous pouvons anticiper, nous pouvons revenir sur le passé. Nous pouvons pratiquement pénétrer la conscience des autres. C’est ce que nous entendons par l’empathie. Si l’on s’imaginait engager la conscience de quelqu’un d’autre, si nous étions empathiques, nous y mettrions notre propre vie.

J’ai toujours été intéressé de remarquer que dans les périodes de guerre et de conflits, la première chose que nous essayons de réprimer, c’est notre empathie pour les gens contre lesquels nous nous révoltons et c’est seulement quand nous réprimons notre empathie que nous pouvons faire des choses qui sont littéralement inimaginables. La raison pour laquelle je dis ça, c’est parce que c’est de ce pouvoir-là que provient tout pouvoir de la créativité concrète et je pense que c’est littéralement ce qui se passe. C’est clairement ce que vous venez de dire. En tant qu’êtres humains, nous créons notre propre vie ; nous créons notre propre réalité ; nous composons notre vie. Et nous pouvons la recomposer, nous pouvons la recréer. Nous pouvons voir les choses différemment. Nous pouvons choisir de les voir différemment. Nous pouvons les voir d’une façon ou d’une autre. Souvent, les circonstances les plus sombres, tristes se transformeront, non pas par un changement des circonstances, mais par notre attitude. C’est notre attitude qui peut changer la circonstance.

–           E. – Cela en soi, c’est peut-être ultimement l’acte créateur. Ce n’est pas forcément créer quelque chose, mais c’est ne plus être une entité réactive afin de créer sa propre vie. Cela implique bien sûr l’émergence de la conscience ou de la présence. L’empathie est la clé, comme vous l’avez mentionné, sentir l’état vivant ou la conscience de l’autre être humain ou de toute entité vivante, pour sentir ce qui vous rapproche d’un autre être humain.
Comme vous l’avez souligné, la perte de l’empathie est peut-être ce qui est responsable des choses les plus épouvantables que les humains s’infligent les uns aux autres. Et je crois que c’est ce que Jésus voulait dire en proclamant « Ils ne savent pas ce qu’ils font ». Il parlait de l’incapacité à sentir la conscience chez l’autre, mais sentir la conscience chez l’autre implique que vous ne soyez pas complètement piégés dans le mental conceptuel, parce qu’à travers le mental conceptuel, vous jugez l’autre.

C’est seulement quand vous basculez du mental conceptuel dans la conscience ou dans la présence consciente que vous pouvez sentir l’autre au-delà de vos jugements. C’est une manière de connaître l’autre humain. Certains semblent ne pas encore avoir ça. Ils sont si coincés dans leur mental conceptuel qu’il déshumanise l’autre. C’est de cette façon que les terroristes peuvent agir comme ils le font. On se demande comment des êtres humains peuvent commettre pareilles choses. Ils sont complètement dominés par des concepts. Ils ont un manque total d’empathie. Je pense que l’une des choses les plus importantes à enseigner à l’école, c’est l’empathie.

–           K. – Oui, je crois que c’est vrai. J’étais à Vancouver à la conversation avec le Dalaï Lama à propos de l’éducation du cœur et de l’esprit. Je pense qu’un exemple de la vie quotidienne enseigne ce que vous venez de décrire. C’est l’expérience que font la plupart des gens, soit être amoureux de quelqu’un, soit aimer un membre de sa famille, un enfant ou un parent. On peut toujours avoir des jugements, mais la relation est une profonde empathie pour l’énergie. Il y a presque une fusion d’une certaine manière. On fait partie du même esprit.

Je vous disais aujourd’hui que ma femme Terry a beaucoup parlé de William Butler Yeats, elle en est une grand fan et connait très bien son œuvre. Et je pense qu’il utilise l’expression de deux personnes ayant une révélation de l’âme, dans le sens où il y a cet amour passionné. Il y a une connexion profonde d’âme à âme. Beaucoup de gens ont ça bien heureusement. Mais pour la plupart des gens, j’imagine que la portée est limitée. Je pense que vous avez parlé de ça dans « L’épanouissement de la conscience ». C’est essayer d’étendre ce champ d’énergie pour s’engager avec des personnes que l’on peut ne pas vraiment connaître, qui peuvent ne pas faire partie de ses amis intimes, mais avec qui l’on partage une humanité commune. Est-ce juste ?

–           E. – Oui, au-delà de la conscience tribale, parce que dans la conscience tribale, la tribu voisine est conceptualisée et il n’y a pas la moindre empathie, qu’il s’agisse d’une tribu religieuse ou de toute autre. Il est important de dépasser ça et c’est en fait aller au-delà de l’identité en tant que forme, comme je l’appelle, parce que si vous aimez seulement ceux qui appartiennent à votre famille, à votre tribu ou à votre religion, vous êtes coincés dans une entité en tant que forme qui est très étroite. C’est donc essentiel.

–           K. Le comble de l’ironie, semble-t-il, c’est que l’une des plus grandes forces de l’inimitié tribale est la religion, et ce type même d’organisation sociale qui est supposé élever la spiritualité et augmenter l’empathie, est le dispositif qui semble le plus responsable de tous de cette situation et il continue de jouer ce jeu.

–           E. – C’est presque comme si la religion avait été récupérée par l’égo et utilisée à ses fins alors que le but initial de la religion, comme vous le dites, c’est d’amener les êtres humains à la conscience unifiée, la fin de la séparation illusoire. Cela a été perverti, probablement par l’égo collectif jusqu’à se retrouver complètement à l’opposé.

–           K– Et c’est pourquoi ces questions sont pour moi importantes, parce que je parle a des gens qui ont des approches conceptuelles différentes de la spiritualité.

Et pour moi, la créativité est ce qui distingue les accomplissements de l’homme. Je ne peux parler pour les autres espèces. Pour autant que je sache, je n’en ai pas été une autre, je ne sais pas. Mais puisque apparemment contrairement aux autres espèces, nous ne voyons pas le monde directement à cause de la structure cognitive que vous avez décrite. Nous le voyons à travers des associations de concepts. Nous avons nommés les choses. Elles ne sont pas simplement des choses mais des idées. Nous avons des conceptions abstraites. Nous avons des valeurs, nous avons des conventions et des protocoles. Tout cela, nous le créons en commun. Ce que les humains créent ensemble, ils le créent en tant que culture, en tant qu’attitude, croyances, inventions de façons de faire les choses. Vous pouvez alors être enfermé dans ces conventions. Ce ne sont pas juste les vôtres, ce sont des choses que vous partagez, et les autres jouent ce jeu aussi et projettent leur attentes sur vous.

–           Et la grande révolution se produit quand un diviseur transformé vient avec et vous aide à voir les choses différemment pour repenser. Donc la créativité pour moi est probablement le processus central de la conscience humaine, dans le sens que nous pouvons créer mais aussi recréer, repenser les choses. Et je crois que c’est ce que Jung voulait dire quand il a dit, je ne suis pas ce qui m’est arrivé, je suis ce que je choisis de devenir. Nous avons toujours la capacité, en tant qu’être humain, de nous recréer nous-mêmes.

–           E- Oui et le but de notre vie est d’atteindre ce niveau où nous allons au-delà de ce qui nous est arrivé, de telle façon que nous ne soyons le produit de notre conditionnement. Beaucoup d’humains le sont encore. Mais il y a un potentiel vaste en chaque être humain et il y a l’émergence de la conscience. Dans ce que vous dites, la partie importante concerne tous les concepts, les structures conceptuelles que le mental humain crée d’un côté, c’est la culture, cela devient un produit culturel mais d’un autre côté, devient facilement une prison pour les humains. Ils sont piégés dans leur culture particulière avec ses limitations et l’incapacité à regarder le monde sans le voile des concepts. C’est là où la créativité se retrouve étouffée.

–           C’est quand je suis capable d’utiliser les concepts quand ils sont nécessaires mais également capables de ne pas être utilisé par les concepts que j’ai créé ou que ma culture a créé. Je ne suis pas utilisé par les concepts, je ne suis pas possédé par eux. Je suis capable de les utiliser mais je peux aussi laisser aller les concepts et peut-être que toute personne créative dans l’acte même de la création abandonne les concepts préconçus et sont capables d’être dans un état de conscience qui est au-delà des concepts et c’est ce que j’appelle Présence, pure Présence, pure Conscience, où je peux regarder quelque chose, c’est peut-être la toile pour l’artiste peintre qui n’est pas en train de penser « qu’est-ce que je faire ensuite ». Il n’y a aucune pensée. Il y a juste regarder et ensuite faire. Et cette libération des concepts se trouve peut-être à la base de l’acte créatif mais c’est aussi la base pour l’éveil spirituel lui-même.
–           Et ce n’est pas que nous ne sommes plus capables d’utiliser les concepts mais même le concept d’empathie, n’est pas encore de l’empathie, parce qu’alors vous avez dans votre mental l’idée « je devrais avoir de l’empathie pour les autres ». « Ils sont si horribles, mais vraiment je devrais les aimer, je suis supposé les aimer ».

–           K- ça ne marche pas. J’étais intéressé quand vous avez parlé d’Hamlet, j’étais intrigué par votre façon de redéfinir son cadre en tant que comédie légère, j’ai trouvé que c’était super. Mais c’est intéressant, que font les pièces? Elles créent un monde dans lequel certains choix sont possibles.

–           Je suis intervenu, il y a des années sur le thème « le théâtre et l’éducation » et il y avait le dramaturge Nicholas Wright. Il a parlé, c’est un mot allemand, de Weltanschauung qui signifie « conception du monde ». Donc que font les pièces de théâtre par exemple, elles créent une conception du monde, dans laquelle certaines options sont possibles. En dehors de cette structure vous faites autre chose mais à l’intérieur d’autres options ne sont pas disponibles.

–           E-Oui

–           K- Mais c’est ce qui se passe en dehors du théâtre nous réalisons maintenant que nous vivons dans des cultures où nous croyons que seulement certaines options sont possibles. Et la grande percée culturelle qui est en même temps cette grande percée personnelle sont les exemples de réinventions. Quand les gens refusent d’être prisonniers des idées qui sont prises pour acquises où ils refusent d’êtres esclaves du sens commun quand ils disent que d’autres options sont disponibles.

–           Et je pense, si je puis dire, qu’il me semble que votre propre vie en est un bel exemple de l’élément. Et vous avez parlé dans vos livres. Mais tous ces entre guillemets faux départs pour ainsi dire, ces premières tentatives de parcours que vous avez faites, qui vous amenez à aller à l’école et à en sortir, à aller à l’université et à en sortir. Votre propre premier travail alors que vous commenciez à développer votre propre conscience. C’est un exemple de quelqu’un qui cherche son élément. Et dans le travail que vous faites, dans les livres que vous avez écrit, dans l’effet que vous avez sur les gens, dans la façon où vous communiquez avec eux, vous avez clairement à mes yeux trouvé votre élément. Cette forme d’authenticité qui caractérise votre chemin. Et si vous ne l’aviez pas trouvé, comme la plupart des gens qui l’ont trouvé, qu’aurions-nous pu connaître d’eux?

–           E- C’est vrai.

–           K- Vous devenez qui vous êtes quand vous trouvez votre vrai soi.

–           E- Et une part importante de cela, est peut-être ce que l’on appellerait faire des erreurs. Je pense que faire des erreurs qui ne sont pas vraiment des erreurs mais qui seraient vu comme erreurs, je pourrais dire en regardant en arrière ma vie, pourquoi ai-je pensé que c’était une erreur? Pourquoi aurais-je jamais voulu faire cela? Certaines de ces erreurs semblent n’avoir mené nulle part, mais aurait pu. Par exemple, a un moment donné alors que je ne
savais pas quoi faire, j’ai postulé pour un emploi dans une banque d’affaires à Londres qui par la suite a fait faillite. Par chance, je ne l’ai pas eu, c’eut été une terrible erreur mais j’ai fait d’autres erreurs…

–          K- Ils auraient fait faillite beaucoup plus tôt, vous voulez dire?

–          E- Oui, sans doute. Donc, avoir peur de faire des erreurs ou de se tromper…rien en réalité n’est en fait une erreur, il n’y a pas d’erreurs. Je dis souvent cela quand je parle à un public. Peu importe le passé, ce que vous avez fait dans le passé, même si vous considérez votre vie jusqu’à ce jour comme étant une erreur, cela vous a amené à ce moment. Et pour certaines raison, elle vous a amené à ce moment où il y a une ouverture en vous par rapport à l’éveil spirituel ou cela est déjà en train de se produire. Donc toutes vos soi-disantes erreurs vous ont amené à cela.

Quelqu’un qui n’est pas très actif, qui n’entreprend pas les choses, peut-être par peur de faire des erreurs m’a dit « je n’ai jamais échoué quoi que ce soit car je n’ai jamais essayé quoique ce soit.

K- C’est ça, c’est vraiment un principe clé pour tout travail créatif. Il y a dix ans, j’ai été mandaté en Grande Bretagne pour développer une stratégie nationale pour une éducation créative. Je suis très impliqué dans la réforme de l’éducation comme vous le savez et une des personnes impliquée également avait gagné le prix de chimie et je lui ai demandé un jour, et c’est intéressant il était également concepteur professionnel, son nom est Harry Kroto et il avait son propre studio de design, donc plutôt bon dans ces deux domaines. Et je lui ai demandé un jour « combien de vos expériences ont échouées? » Il m’a répondu « la plupart, peut-être 95% », il a ajouté « échouées n’est pas vraiment le bon mot. Dans n’importe quel processus créatif, ce que vous découvrez est ce qui ne fonctionne pas. Et à moins que vous soyez préparé à prendre de nombreuses fausses pistes ou les essayez, il est peu plausible que vous trouviez de qui marche. Et toute l’histoire de la créativité, de l’invention sont des gens qui essayent des choses et découvrir ce qui ne marche pas. Une de mes grandes préoccupations dans l’éducation est que nous avons créé une culture où les erreurs sont stigmatisées. Et seulement certaines formes d’activités intellectuelles sont réellement encouragées.

Et nous avons aussi réussi à nous persuader que nous pouvons planifier nos vies de façon linéaire. C’est pourquoi nos écoles semblent être si restreintes. Nous pensons quels sujets nos enfants devraient étudier pour trouver un travail plus tard. Et je pense que certainement votre vie illustre aussi cette mentalité et également que nos vies ne fonctionnent pas de cette façon. Elles ne sont pas planifiables, elles sont organiques, elles évoluent basées sur les choix que vous faites. Vous pouvez regarder en arrière et voir qu’éventuellement elles font sens. Mais regarder devant a quelque chose d’écrasant car on ne sait pas ce qui va surgir. Et c’est pourquoi, il est tellement important pour moi de regarder à l’endroit de la créativité, particulièrement dans le domaine de l’éducation.

E- Et bien sûr, on ne dit pas nécessairement aux humains de notre société moderne, quel est leur rôle, contrairement aux cultures plus anciennes. Dans les cultures anciennes vous étiez
déjà nées dans une classe sociale rigide. Si vous étiez fils d’un ouvrier vous le deveniez également. Vous héritiez de la fonction sociale. Dans ce sens, c’était bien plus facile pour les humains de savoir ce à quoi ils appartenaient mais c’était aussi très restrictif. Maintenant il y a beaucoup plus de confusion chez les êtres humains. « Que suis-je sensé faire? De quoi fais-je partie? »

Mais cette confusion est potentiellement un terrain pour la créativité. Je suis toujours heureux quand les gens me disent qu’ils sont confus. C’est un bon point de départ.

K- Oui, c’est ça.

E- Car savoir avec certitude, vous êtes déjà piégé en quelque sorte. C’est pourquoi Socrate disait « La seule chose que je sais est que je ne sais rien ». Ce qu’il voulait dire est qu’il n’était prisonnier de ces concepts mentaux, il pouvait les utiliser sans en être prisonnier. Et il était toujours ouvert à cet espace de non-savoir qui est l’espace créatif. Si vous avez déjà la réponse, l’espace créatif est bouché. Donc vous devez avoir le courage de dire « je ne sais pas ». Socrate avait cela, Einstein avait cela aussi et le Dalaï Lama a aussi ça car je suis toujours surpris de voir que souvent quand une question lui est posée, sa réponse est « je ne sais pas ». Avant tout, il y a l’humilité, il n’y a pas là un ego qui dit « Oh je suis le Dalaï Lama, il vaut mieux que je prétende que je sais. Et étonnamment, à partir de cette simple déclaration « Je ne sais pas », après une petite pause il dit quelque chose de plutôt significatif et profond. Mais il commence avec cette première déclaration, qui est très honnête, car il ne sait vraiment pas mais la chose qui est merveilleuse est qu’il est confortable avec le fait de ne pas savoir. Alors qu’un être humain normal, normal signifiant ego, serait très inconfortable : « maintenant il me pose cette question complexe, je suis le Dalaï Lama, que suis-je supposé répondre? »

K- Il doit parfois demander à appeler un ami, j’ai remarqué cela…

Mais j’aime ça, la 1ère fois, où nous étions en Septembre dernier, c’était exactement ça. Il le dit souvent simplement « Je ne sais pas ». Et cela crée en fait un sentiment merveilleux de permission de ne pas savoir pour les gens présents dans la pièce.

Dans notre culture, être non informé est vu comme une erreur sociale, vous n’êtes pas à jour. C’est aggravé, bien sûr par les afflux constants d’informations à travers les médias, 24 heures par jour, 7 jours sur 7 qui deviennent toujours plus banalisées et sont de moins en moins focalisées sur quoique ce soit d’important substantiellement.

E- Et être noyé là-dedans est une addiction pour le mental, c’est très séduisant. Tout le monde a besoin d’exercer sa vigilance afin de ne pas être excessivement noyé dans ce fonctionnement collectif.

Cette merveilleuse histoire que vous m’avez raconté qui je crois se trouve dans votre livre, sur les premiers stades, les premiers stades… vous pouvez m’entendre?

K- BBC

E- Dans les premiers stades de la radio BBC Home Service, dans les années 30, ils ont soudainement introduits les informations. Chaque jour, à une certaine heure, ils lisaient les
nouvelles. C’était tout nouveau d’avoir les nouvelles à la radio dans les années 30. Et il y a eu une émission, où le présentateur dit, je n’ai pas le bon accent pour ça:

K- Oui, un journaliste célèbre de ces années-là est venu au micro, habillé en smoking, comme ils en avaient l’habitude, et il a dit « C’est la BBC Home Service à Londres, il est une heure, il n’y a pas de nouvelles ». Il n’y a rien en ce moment dont vous avez besoin de vous inquiéter, on vous tient informé si quelque chose survient.

Mais vous pouvez comparer cela à maintenant à ce bavardage incessant. Et quand rien ne se passe, vous avez 30 personnes qui nous en parlent, donnant leurs opinions sur cela qui ne se passe pas en ce moment. Ça nous parle vraiment d’une énorme déférence envers le mental et d’interférences émotionnelles.

Je veux revenir sur ce que vous disiez plus tôt, Eckhart, vous avez parlé de Descartes, il y avait un livre de Daniel Goleman, publié il y a quelques années, titré « L’intelligence émotionnelle ». Dans les années 70, il y eu un livre publié en Angleterre, par Robert Witkin sur le même thème, avec le même genre de titre « the intelligence of feeling ». Et il commence avec cette citation de Descartes, en disant ce serait mieux de dire, « je sens, donc je suis » plutôt que « je pense donc je suis ». Et la promesse du livre, et c’est ce que vous disiez plus tôt, est que nous vivons tous dans deux mondes différents, pour ainsi dire, il y a un monde d’objets, de gens, et de choses qui était là avant que nous arrivions et qui continuera après que nos vies individuelles soient passées, nous l’espérons. Et nous pouvons le voir en tant qu’un monde objectif, le monde des autres gens et des objets, mais il y a aussi un monde qui existe seulement parce que nous existons en tant qu’individus, un monde qui est né quand vous êtes nés et qui se terminera avec vous. C’est un monde qui est toujours unique. Et ce que nous essayons principalement de faire c’est comprendre la relation entre ces deux mondes. Nous devons vivre dans les deux. Et je crois que ce qui vient de plus en plus avec l’éducation est que, par exemple, nous dirigeons l’attention de nos enfants vers le monde extérieur, vers les évènements, les données, vers l’information que nous pensons qu’ils ont besoin d’avoir. Et à aucun moment nous les aidons à se tourner vers le monde intérieur de notre conscience, à découvrir qui ils sont. Ils sont constamment dirigés vers l’extérieur.

La majeure partie de notre vie est dirigée vers l’extérieur, basé sur l’idée que le bonheur se situe là à l’extérieur dans le monde matériel. Et à la fin, ce n’est pas là, c’est ici, c’est le sentiment de Présence dont vous parlez. Mais notre conscience devient maintenant tellement dirigée vers l’extérieur que je pense que beaucoup de gens et nos enfants sont institutionnellement encouragés à perdre le contact avec ce Soi intérieur.

E- Oui c’est pourquoi j’ai suggéré, je crois que c’est à la conférence du Dalaï Lama, j’ai suggéré d’introduire un nouveau sujet aux programmes scolaires, et c’est le sujet de la conscience qui est plus important que tout le reste, réellement pour devenir conscient de soi, pour que les enfants deviennent conscients de leurs pensées afin qu’ils ne deviennent pas leurs pensées mais deviennent conscients de leurs pensées, des émotions qu’ils ressentent. Les émotions chez l’enfant peuvent devenir très chaotiques particulièrement chez les adolescents, les émotions peuvent devenir très chaotiques et le manque de conscience qui bien sûr n’est pas du tout enseigné à l’école et la plupart des parents n’en sont pas conscients justement. Le manque de conscience rend le moment de l’adolescence extrêmement chaotique et produit une énorme quantité de souffrance pour beaucoup de jeunes.
Avec la conscience, il y aurait déjà la dimension transcendante sous-jacente et les émotions ne seraient alors plus aussi destructives. Elles peuvent simplement être expérimentées dans l’espace de conscience. Donc, bien sûr, cela sous-entend que les professeurs ont besoin d’être conscients afin d’enseigner la conscience. Cela ne peut être enseigné à travers des livres et des textes. Il est vital d’avoir des enseignants…je sais qu’il y a déjà des professeurs qui enseignent déjà cela bien que ça ne fasse pas partie du programme officiel. Ils sont capables, parfois secrètement de l’introduire « ne le mentionnez pas aux autres professeurs ».

K- Nous ne voulons pas que ça se sache.

E- Donc nous devons commencer par regarder comment les professeurs sont formés…

K- Il me semble, si je reprends juste à nouveau la métaphore du théâtre, il y a un livre que je mentionne dans « Out of our Minds », « hors de notre mental », de Peter Brook dont le titre est « L’espace vide ». Il est metteur en scène, certains connaitront son travail. Il était intensivement engagé à faire en sorte que l’expérience du théâtre soit la plus puissante possible. Il faisait ça en sachant que la plupart du temps le théâtre n’est pas intéressé par le côté thérapeutique, tout comme beaucoup de romans, beaucoup de musique ne sont pas envisagés en tant que thérapies, ce n’est inhérent à cela, ça dépend qui le fait. Donc, il disait que pour faire en sorte que le théâtre devienne l’expérience la plus puissante qu’elle puisse être, nous devons être clair sur ce que nous voulons dire par théâtre. Il fit toutes sortes d’expérience et disait que pour accéder au cœur du théâtre, demandons-nous ce qu’on peut enlever de toutes expérience théâtrale pour voir ce qu’il en reste. Qu’est qui est extensible? Par exemple, vous pouvez enlever les rideaux, vous pouvez enlever le scénario, il y a beaucoup de pièces sans scénarios, vous pouvez vous débarrasser certainement du metteur en scène, vous pouvez enlever l’équipe technique, beaucoup de théâtre n’ont pas cela. Vous pouvez enlever les costumes, aussi longtemps que ça reste décent, et même si ça ne l’est pas. Vous pouvez enlever le bâtiment. Tout ce que vous avez vraiment besoin pour le théâtre, car tout cela à son importance certes, vous pouvez toujours rajouter quoique ce soit. Mais tout ce dont vous avez besoin néanmoins pour le théâtre est un acteur dans un espace et quelqu’un regardant. C’est tout. Car le théâtre est la relation entre un acteur et un public. Ce qu’effectue un acteur est une pièce, un art dramatique, c’est la relation entre l’acteur et le public qui est du théâtre. Le théâtre décrit cette relation. C’est tout ce dont vous avez besoin. Ça peut être dans la rue et souvent c’est le cas. Et ce qu’il dit est si vous voulez faire en sorte que le théâtre soit le meilleur possible, focalisez-vous sur cette relation et n’y rajoutez rien si ça ne l’améliore pas. Donc beaucoup de ces premières pièces étaient très minimalistes.

Il me semble que l’analogie avec l’éducation est complète avec ça, que dans l’éducation, nous avons toutes sortes de distractions et d’encombrements, tout comme avec la religion. Nous avons toutes sortes de distractions et d’encombrements, nous avons des formes institutionnalisées, descriptions d’emplois, statuts, hiérarchies, négociations de salaires, positions, mais au milieu de l’éducation, il n’y a qu’une chose qui importe, c’est la relation entre l’enseignant et l’étudiant tout comme ça l’est, je pense, dans les pratiques religieuses, à la fin, il y a l’enseignant et l’apprenti. Et tout le reste est de la distraction.
C’est comme avoir une vieille peinture de maître qui au long des années s’est complètement obscurcies par des couches et des couches de vernis. Vous ne pouvez plus voir la peinture d’origine.

Donc beaucoup de ce qu’il y a à faire pour l’éducation si vous voulez l’améliorez c’est de se focaliser sur la qualité de l’apprentissage. La qualité de l’enseignement et de l’apprentissage. Et tous les grands professeurs le savent, leur job n’est pas juste de se rencontrer au niveau du monde extérieur, c’est d’être un mentor, un entraîneur, c’est regarder dans les yeux et voir qui ils sont et les aider à devenir eux même enseignants. Et si nous n’avons pas cela, alors l’éducation reste superficielle.

E- Oui, c’est très vrai. Ça me rappelle une autre fois où j’ai postulé pour un autre emploi. J’étais encore en train de préparer mon doctorat et je ne savais encore que j’allais abandonner bientôt. J’ai postulé pour un emploi, je crois que c’était à l’université de Manchester en tant que conférencier et ils m’ont interviewé, ils étaient 6 ou 7 professeurs ou conférenciers et donc je me suis assis là. Ils ont posé quelques questions sur l’enseignement, j’étais supposé enseigner la littérature. J’ai parlé un moment, et le plus vieux des professeurs, c’était la dernière question à la fin de l’interview, me demanda, « que voulez-vous vraiment faire? ». Il pouvait voir que ce n’est pas vraiment ce que je voulais faire. Je ne le savais pas vraiment, profondément je le savais mais « que voulez-vous vraiment faire? ». Parce que j’avais en fait parlé durant l’interview de la transformation intérieure de l’étudiant à travers la littérature, à travers l’enseignement, à travers la lecture de textes. Je parlais fondamentalement d’éveil spirituel sans utiliser ce terme. Et il a dû voir cela d’une certaine manière, que mon intérêt n’était plus réellement académique. Et bien sûr ça s’est avéré vrai, un peu plus tard, je savais ce que je voulais vraiment faire.

K- Oui, et cela prend du temps pour le trouver. Si je peux me permettre, je voudrais dire quelque chose au nom des gens qui travaillent à la caisse dans les supermarchés. On me demande ça souvent, en relation avec l’élément, « Qu’en est t-il des gens ayant ce genre d’emploi serviles? » et je leur réponds qu’il n’y a pas d’emploi servile, si vous ne voyez pas comme ça. Je connais des gens qui ont toutes sortes d’emplois, et qui en fait aiment leur emploi. Quelqu’un est venu raconter à une conférence que je donnais que sa mère était femme de ménage dans des bureaux depuis 30 ans. Et elle aimait ça absolument. Il disait qu’elle aimait ça car ça lui donne un espace pour elle-même à la fin d’une journée de travail, quand les employés étaient partis, elle était au contrôle de l’environnement, elle est fière de ce qu’elle fait, elle sait que ça améliore la qualité de vie des gens. Et ça lui donne le temps et l’espace dont elle a besoin pour réfléchir, c’est presque méditatif …pour elle.

Je connais en fait des gens qui travaillent en caisse et qui apprécient le travail parce qu’ils rencontrent beaucoup de monde. Mais aussi parce leur permet de soutenir une vie de famille dont ils dépendent. Et c’est exactement ce que vous dites, il n’y a rien d’inhérent à aucune activité qui pourrait vous faire vous sentir étranger vis-à-vis d’autres. C’est tout en rapport avec votre état d’esprit et votre propre situation. Et parfois les emplois que des gens ont, ils l’apprécient parce que c’est un moyen pour une fin.

Quand nous nous sommes rencontrés Eckhart, au Sommet de la Paix avec le Blue Man Group, qui à propos sont des gens merveilleux, des créateurs originaux. Ils me semblent être de super exemples de créateur de vie. Ils sont trois dans le groupe, deux d’entre eux étaient à
l’école ensemble, Matt et Chris, et le 3ème membre a rencontré Chris un jour dans un restaurant où Chris faisait la plonge. Phil venait juste d’arriver à New York de Géorgie et il est apparu pour postuler à ce même job. Et le patron du restaurant lui a dit. On va voir, allez avec lui et il est allé essuyer la vaisselle que Chris lavait. Ils ne s’étaient jamais rencontrés auparavant. Mais ils se sont vite liés d’amitié. Et cette amitié qui s’est faite tout autant avec Matt est devenue la base d’un mouvement de théâtre international, Le Blue Man Group. Ils sont productifs constamment dans 12 villes à travers le monde. Ils emploient des gens pour toutes leurs diverses productions. Donc les rencontres par hasard sont des ouvertures qui amènent à toutes sortes de possibilités créatives si vous y êtes ouverts.

Ce que j’aime aussi avec l’histoire du Blue Man Group est que l’idée d’origine, ayant fait du théâtre de rue est que la seule idée qu’ils ont eus au début, ce sur quoi ils se sont basés, c’est un d’entre eux qui a proposé, « Pourquoi ne pas juste mettre des perruques de chauves, nous peindre en bleu, aller dans la rue et voir ce qu’il se passe? ». Ils disent que c’était cela leur seul business plan.

C’était tout. Ils n’ont pas eu besoin d’un grand investissement, mais ils sont maintenant plus de 60 Blue Men. Et ils ont démarré une école « la Blue School » et fait toutes sortes de choses merveilleuses.

Il me semble que c’est juste pour moi, comme je disais un jour, un diamant dans la poussière. Que si vous abordez votre vie avec une attitude appropriée d’ouverture à toutes les possibilités, un respect pour vous-même et la foi en votre propre potentiel, alors tout est possible et vous faites exactement ce vous êtes venus faire, vous vous réalisez.

E- Oui, et ne pas être piégés dans des états négatifs de résistance. Si vous ne pouvez absolument laisser tomber les résistances, alors arrêtez de faire ce que vous faites. Dans la plupart des cas, c’est possible de laisser tomber les résistances et de ne pas rester collé à la négativité. Mais si vous ne pouvez absolument pas, alors partez. Il y aura autre chose. Par exemple, disons que vous travaillez dans un abattoir ou quelque chose comme ça. Ça peut être très difficile là de lâcher les résistances. Partez. Faites quelque chose d’autre.

Donc la responsabilité alors est vraiment d’être dans cet état d’ouverture et d’acceptation comme ce dicton chrétien, que j’ai cité plus tôt, dit. « Faire de petites choses avec un grand amour » est un chemin vers la perfection humaine. Ça veut dire que c’est également un chemin vers l’éveil. C’est la vieille idée dans le Zen de couper du bois et transporter de l’eau. C’est dans ce vieux dicton zen qui est supposé encapsuler l’essence du Zen.

Et vraiment qu’est-ce que c’est hormis être absolument présent et voir la préciosité des petits actes que vous faites dans la vie quotidienne. Couper du bois… car cela implique… il n’y a pas de commentaires qui dit « je ne veux pas faire cela », vous coupez, vous transportez l’eau… La Présence. Donc vous utilisez le faire en tant que véhicule pour la Conscience, pour être présent. Et donc où vous continuez de faire ça et d’apprécier de faire des petites choses ou, comme c’est souvent le cas soudainement parce que vous y avez amené la Présence, ça s’ouvre vers quelque chose d’autre. Mais si vous n’y aviez pas amené la Présence et l’acceptation, ça ne se serait pas ouvert vers quelque chose d’autre. J’ai souvent vu ce miracle qui apparait quand vous êtes présent avec ce qui est à portée de main, alors c’est possible, sinon probable que ça ouvre sur quelque chose de plus grand. Mais vous n’avez pas besoin de faire cela, ça se produit de lui-même. Et si vous appréciez être dans le faire, l’énergie grandit et alors qui sait où cela vous mènera? Peut-être cela ne vous mènera nulle part. Et vous êtes
complètement heureux avec ce qui est, j’appelle les gens complètement contentés à faire de petites choses avec attention et amour, les porteurs de fréquence. Parce qu’ils maintiennent la fréquence de la Conscience de la Présence sur la planète.

Certains humains sont très attirés par le contemplatif plutôt que par le faire. Dans les temps anciens, ils allaient naturellement vivre dans des monastères mais aujourd’hui c’est plutôt rare, et il y a beaucoup de gens qui sont naturellement attiré par la contemplation qui se sentent un peu perdus dans notre société. Bien sûr, s’ils trouvent des petites choses à faire et qu’ils le font avec attention et amour, c’est leur mission dans la vie. Et il y a d’autres êtres humains qui sont parfois tiraillés entre le contemplatif et le faire. J’ai toujours été plus un contemplatif qu’un faiseur et néanmoins, la vie est venu à un moment donné me dire « bien, maintenant tu es supposé également faire. Donc le faire s’est introduit et parfois le contemplatif en moi dit : « Oh encore un discours »… et une fois que le discours démarre, le contemplatif est tranquille et il y a une fusion du faire et de l’être et c’est bien. Mais parfois avant la conférence, le contemplatif dit: « Oh c’est si bien d’être juste assis ici et regarder les arbres et les fleurs, pourquoi parler encore? ». Mais je le fais de toute façon.

K- On aimerait que vous parliez. J’ai Terry, dans ma vie, ma femme, qui m’a raconté, qu’il y a une sainte catholique, c’est Sainte Thérèse de Lisieux je pense qui mourut à 21 ans de tuberculose je crois. Mais elle est connue comme étant la sainte des petites choses. Et c’est exactement ce point-là. Vous devez prendre soin aussi des petites choses. Et elle laisse d’autres saints s’occuper de problèmes plus importants. « Mais si vous avez de petites choses, amenez les moi, je peux m’en occuper pour vous ». Mais vous avez raison, si vous faites de petites choses avec beaucoup d’amour, de grandes choses arrivent. Et parfois vous faites de grandes choses avec beaucoup d’amour ce que je crois vous faites.

E- Oui, mais même avec les grandes choses, on pourrait dire, c’est encore composé de petites choses et beaucoup de petites choses faites avec amour, peut équivaloir à une grande chose. Car si vous regardez chaque moment de votre propre vie, je pourrais faire une conférence à 2000 personnes dans la soirée et ça ressemble à une grande chose, c’est la transformation de la conscience, c’est un travail merveilleux, etc. mais si vous analysez chaque moment de ce jour, il y a seulement, la voiture arrivant, et je prends l’ascenseur, je descends, je rentre dans la voiture, je m’assois, vous l’avez expérimentez aussi, ils vous amènent sur le lieu, et je sors de la voiture, il n’y rien de grand encore à ce moment.

K- On peut le voir par ailleurs.

E- Et ensuite dans la loge, vous êtes assis dans la loge, il n’y a rien de grand, parce que vous regardez les fleurs, vous buvez un verre d’eau, je mange une banane. Et ensuite je monte sur la scène et même là, il n’y a rien de grand, juste un pas à la fois. Si j’avais l’image dans mon esprit « je suis en train de faire quelque chose de grand », cela amènerait du stress. Mais c’est simplement en restant avec la simplicité de chaque moment, qu’en fait quelque chose de grand peut se produire.

K- Pour moi, c’est particulièrement important, encore une fois quand on revient au thème de l’éducation. Parce que la majeure partie de l’éducation est farouchement focalisée sur le futur,
sur la base du fait que nous pensons pouvoir le prévoir pour nos enfants. Et donc nous essayons d’écarter des choses auxquelles ils peuvent être intéressés dans le présent sur l’idée que ça n’aura que peu d’utilité, peu d’intérêt dans un futur lointain. Et le fait est que nous créons notre propre futur sur la base des talents que nous avons à notre disposition. Quand notre fils est allé à l’USC, une université privée en Californie du sud. C’était juste quand on est arrivé aux États-Unis. Nous vivons à Los Angeles maintenant. Et je me souviens du premier jour à l’USC, les étudiants étaient amenés à une séance de présentation de l’université et les parents envoyés au département des finances pour ce qui s’est avéré être en fait une forme de deuil et nous avons passé l’après-midi à faire des chèques jusqu’à ce que ça ne fasse plus mal, mais un des professeurs nous a fait un discours ensuite. Il était très bon et il a dit que quand son propre fils avait démarré l’USC des années auparavant, il voulait étudier la littérature et l’histoire d’anciennes cultures. Et il dit : « honnêtement, ma et moi n’étions pas très enthousiastes avec cette idée car nous ne pouvions imaginer quelle sorte d’emploi il aurait ensuite avec ce genre de diplôme, et donc nous étions ravis quand à la fin de la 1ère année durant les vacances d’été et dit « vous savez Papa et Maman, je ne pense pas que je vais faire ça, je ne pense pas que ça sera très utile et pratique » ». Ils ont dit « Ok, super » et il a dit « je pense que je vais faire quelque chose de plus utile ». Ils ont dit « Qu’est-ce que c’est? », il répondit « Philosophie ». Ils lui firent remarquer qu’il n’y avait pas de grosses sociétés de philosophie qui embauchent en ce moment mais il le fit quand même, il suivit des études de philosophie pendant un an ou deux. Mais il se spécialisa finalement en histoire de l’art. Et 10 ans plus tard, il avait un emploi formidable dans une salle de ventes aux enchères internationale. Il vivait une vie qu’il aimait avec des gens avec qu’il aimait passer du temps, il faisait son travail dans la joie, faisait pas mal d’argent, voyageait à travers le monde et avait du bon temps. Et il disait qu’il avait cet emploi en raison de sa connaissance des anciennes cultures, la rigueur intellectuelle qu’il a développée durant ses études de philosophie et sa passion pour l’histoire de l’art. Il correspondait parfaitement au profil demandé. Et s’il n’avait pas suivi ces études-là, il n’aurait jamais été conscient de cette opportunité professionnelle. Et donc on ne sait jamais. Pourquoi ne pas faire ce genre d’études? Certains emplois peuvent surgir, et des professions dont on a jamais entendu parler. Et ça pourrait être super. Ce qui se passe, si vos sensibilités sont ouvertes extérieurement et intérieurement à vos propres talents, vous avez une vie différente. Des gens différents viennent dans votre vie, différentes opportunités se présentent d’elles-mêmes. Vous les touchez, elles vous touchent, et ensemble vous créez un autre périple.

Et je crois que le problème qui survient dans l’éducation, tout comme dans nos vies en général, quand nous essayons de sur-planifier, sur-anticiper, nous fermons involontairement toutes sortes d’options.

E- Oui, une accentuation excessive sur le futur, c’est le cas chez beaucoup de gens, dans beaucoup de domaines, et aussi par rapport à l’éducation et dans peu importe ce qu’on fait en tant que moyen pour une fin. C’est encore une idée sur le futur.

L’éducation est destinée en réalité à être un processus continu, non pas juste une préparation. Je crois que nous allons trouver de plus en plus une éducation plus adulte plutôt que juste une préparation.
K- Puis-je vous poser une petite question, je ne sais pas de quelle longueur sera la réponse… mais quand vous parlez, dans Nouvelle Terre, de l’épanouissement de la conscience. Comment ressentez-vous ce mouvement à travers le monde. Vous le voyez? Vous en êtes témoin?

E- Oui, c’est ce qui se passe vraiment. Que cette transformation se produise suffisamment rapidement pour empêcher un effondrement de la civilisation, que ça soit même désirable que la civilisation ne s’effondre pas, je ne sais pas, elle peut avoir devoir s’effondrer. Mais il y a sans aucun doute un éveil. La chose étrange est que je peux presque vous dire en regardant n’importe quel être humain dans la rue qui commence déjà à être dans ce processus d’éveil et qui ne l’est pas encore. Je n’ai pas toujours raison, mais la plupart du temps je peux le dire simplement en observant quelques secondes un être humain. Parce qu’il y a une lumière qui les traverse qui n’est pas là dans ceux qui sont encore complètement piégés dans leur mental conceptuel. Et cela est l’éveil, la désidentification du mental conceptuel et l’émergence de la Présence. Ça se produit à une échelle bien plus grande que jamais auparavant. Pour la 1ère fois à une grande échelle. Bien sûr c’est encore une minorité par rapport à la population totale de la planète, c’est certain, même une minorité dans les pays occidentaux. Je ne peux même pas vous dire quel en est le pourcentage en Amérique du nord ou en Europe de l’Ouest qui passent à travers le processus d’éveil mais mon intuition est que c’est quelque chose comme de l’ordre de 20%. C’est déjà beaucoup de gens. C’est donc en train d’arriver sans aucun doute. Bien que ce ne se reflète pas encore dans la sphère des médias. Quand vous observez cela, c’est encore rare d’avoir un reflet de ce processus d’éveil dans les médias. Parce que dans une grande mesure, mais il y a des exceptions, les médias sont encore très dirigés par le mental conceptuel, le mental qui juge, comme nous le savons.

Donc je n’ai pas de doute que ça se produit et je ne peux pas prédire le futur, personne ne le peut mais je sais que peu importe ce qu’il se passe, ce n’est pas perdu. Le gain en conscience que l’humanité expérimente en ce moment même n’est pas perdu. Même si nous devons passer par une régression apparente qui s’est produite par exemple quand l’empire romain s’est effondré et soudainement en deux siècles, la plupart des gens ne savaient plus ni lire ni écrire. Ils ont même perdu la capacité à construire leurs propres maisons. Ils ne pouvaient même plus produire quoique ce soit d’artistique. Le soit disant âge sombre est arrivé. Mais même dans cet âge sombre, en son sein, il y avait des mystiques qui avaient un aperçu profondément spirituel et qui étaient réalisés.

Donc que nous ayons à passer par une autre régression en tant que civilisation, c’est possible, et ça serait très bien également. L’évolution humaine n’avance pas sur une ligne comme ça. L’évolution de la conscience n’avance pas de cette façon-là. L’évolution de la conscience telle que je la vois, avance plutôt comme ça.

Et parfois elle recule pendant un long moment et elle revient, c’est organique.

Il y a une expression française qui est « reculer pour mieux sauter » ou quelque chose comme ça. Qui veut dire que vous reculez dans le but de mieux sauter devant. Ça peut être donc le cas également au niveau collectif. Il n’y a rien de mauvais là-dedans, c’est bien. D’une certaine manière notre civilisation devient de plus en plus complexe, la façon dont la vie se développe devient de plus en plus complexe. Même dans la vie personnelle, vous devez gérer tellement de choses complexes. A un certain point ça ne peut juste plus être plus complexe. Ça doit s’effondrer à un moment donné pour regagner la simplicité. Je ne pense pas que la complexité infinie soit possible, vous ne pouvez croître dans la complexité infinie. Il doit y avoir un
effondrement, tout s’effondre et revient à son origine et alors quelque chose de nouveau survient. C’est juste une perception intuitive.

K- Mais, nous en avons parlé la nuit dernière, il est estimé que depuis que les humains modernes ont émergé sur Terre, il y 50 000 ans, il y a eu entre 60 et 110 Milliards vies humaines. Il y a une grande marge d’erreur ici. Donc si vous faites une moyenne et dites 80 Milliards, 80 Milliards de gens peut-être ont vécu, espéré, aimé et sont morts durant cette marche de l’humanité. C’est absolument immense quand on regarde ça. Je me disais, si vous pensez à tous ces gens qui ont dû se rencontrer au cours des siècles pour que votre vie ait lieu, c’est extraordinaire. Mon frère est en train de faire notre arbre généalogique en ce moment, il a une grande famille à Liverpool, 7 enfants. Et il a trouvé quelque chose de très intéressant, 8 de nos arrières grands-parents vivaient tous à 3 Km les uns des autres à Liverpool au 19ème siècle. C’est comme ça qu’ils se sont rencontrés. Ils se croisaient. C’est comme ça que les gens avaient l’habitude de se rencontrer, jusqu’à relativement récemment, les gens vivaient très localisés.

E- Avant les sites de rencontres sur Internet.

K- Oui, exactement… Exactement… Exactement. Et donc c’est comme ça qu’ils se sont rencontrés. Mais vous pourriez que non, ce n’est pas ça, c’était un plan cosmique, ces 8 âmes sœurs, il était arrangé qu’ils se rencontrent à ce même point dans le continuum spatio-temporel pour continuer le processus qui amène à ce miracle qui est moi. Vous pourriez dire cela, mais je ne pense pas. Je pense, ils avaient alors des standards moins élevés, ils tombaient simplement les uns sur les autres et pensaient que vous feriez pareil. Mais oui ou non je ne saurais commenter sur de plus larges possibilités. Mais je sais que nos vies maintenant sont vraiment différentes qu’au milieu du 19ème siècle. La technologie et la culture ont changé cela, mais sur la totalité de ces gens qui ont vécus, seulement 10% sont sur Terre maintenant. C’est la plus grande génération d’êtres humains dans l’histoire de l’humanité et elle se dirige vers 9 ou 10 Milliards d’ici le milieu de ce siècle. Et nous ne savons pas si la Terre pourra gérer ça. Ce que nous savons, si ça doit se produire, c’est que devons changer, nous devons penser différemment ce fonctionnement rattaché au bien-être matériel que nous avons expérimenté en occident. Il y a une superbe émission de David Attenborough, c’est un documentaire qui s’appelle « Combien de gens peuvent vivre sur la Terre? ». Il dit que l’essentiel est, si vous êtes attentifs à cela, est que chacun a besoin de consommer de la nourriture, de l’eau, de l’essence, etc. et ce qu’il en conclut en étudiant les ressources actuelles est que si chaque personne sur Terre, consomme à la même vitesse que la personne moyenne au Rouanda, la Terre peut supporter une population au maximum d’environ15 milliards. Et nous en sommes à peu près à la moitié. Mais si tout le monde consomme à la même vitesse que la moyenne des gens en Amérique du Nord, la Terre peut supporter une population au maximum de 1,2 milliards. Nous semblons nous en sortir pour l’instant parce que tout le monde n’en est pas encore là, mais plus nous devenons connectés via la technologie, plus ce type de fonctionnement à l’occidental se généralise. Et ce qui crée ces problèmes sont les êtres humains et la seule façon de les résoudre est en devenant plus créatifs, plus conscient, et plus connectés à un autre niveau. C’est pour cela que je pense que vos enseignements sont si importants, je pense vraiment que l’élévation de conscience notre plus grand espoir pour le futur. Mais elle signifiera un changement collectif, c’est pour ça que je suis si intéressé de
savoir à quel niveau vous pensez que nous en sommes sur le chemin. Et vous disiez hier soir, ça serait faux pour nous d’imaginer que l’évolution humaine s’est arrêtée avec nous. Je pense qu’il y aura peut-être encore plus à venir. Physiquement, nous pouvons changer, c’est difficile de savoir comment nous pouvons nous améliorer physiquement… Mais en termes de conscience, le travail est en cours apparemment.

E- Oui sans aucun doute. Tous ces milliards d’humains qui vivent en ce moment et qui ont vécus dans le passé… la chose étonnante, est toutes ces différentes expressions de la Conscience Une, prenant des formes différentes temporaires. Puisque l’essence de tous les humains est l’Un, il n’y a ultimement pas de mort, il y a juste la métamorphose des formes de vie à travers lesquelles la Conscience s’exprime. Et c’est bon de savoir cela, il n’y a pas de mort ultimement. Je suis donc confiant qu’ultimement tout se déroule comme ça doit ça devrait et pendant ce temps nous faisons partie de l’éveil de la conscience ici. Assis ici nous participons à cela.

Merci… C’est super de parler avec vous. Merci…

K- Merci.

Voici également ci-dessous une superbe intervention sous-titrée en Français de Ken Robinson chez TED:

Traduction Robert Geoffroy

Source :http://blogbug.filialise.com

Partagé par : www.messagescelestes-archives.ca – Messages Célestes

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