Krishnamurti: Question & Réponse 35 – Sur l’immobilité de l’esprit

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Jiddu Krishnamurti

La première et dernière Liberté

Question & Réponse 35

Sur l’immobilité de l’esprit

 

KRISHNAMURTIQUESTION : Pourquoi parlez-vous du silence, du calme ou de la paix de l’esprit, et qu’est-ce que cette immobilité?

Krishnamurti : N’est-il pas nécessaire si nous voulons comprendre quoi que ce soit, que l’esprit soit immobile? Si nous avons un problème, nous nous tracassons à son sujet, nous l’examinons, l’analysons, le mettons en pièces dans l’espoir de le comprendre.

Mais est-ce par l’effort, l’analyse, la comparaison, ou toute autre forme de lutte mentale que l’on peut comprendre? La compréhension ne vient que lorsque l’esprit est très tranquille. Nous nous imaginons que plus on lutte contre la famine, contre la guerre, contre tout autre problème humain, bref que plus on est en conflit avec une difficulté, mieux on la comprend. Est-ce vrai? Nous avons fait cela pendant des siècles et le tumulte est toujours là, intérieur dans l’individu, extérieur dans la société.

Avons-nous trouvé une issue à ces batailles en luttant contre elles, en mettant en oeuvre de nouvelles subtilités de l’esprit? Ou ne comprenons-nous le problème que lorsque nous sommes en face de lui, directement? Et si nous ne pouvons nous trouver face à face avec un fait que lorsqu’il n’y a pas l’ingérence d’une agitation entre le fait et l’esprit, n’est-il pas important que ce dernier soit immobile?

Vous demanderez inévitablement: « comment l’esprit peut-il être pacifié? » C’est cela votre immédiate réaction, n’est-ce pas? Vous dites: « mon esprit est agité et comment puis-je le faire tenir tranquille? » Est-ce qu’un système, une formule, une discipline, peuvent l’immobiliser? Certes, ils le peuvent. Mais un esprit immobilise est-il calme et silencieux? Ou est-il simplement enfermé dans une idée, une formule, une phrase? Un tel esprit est mort. C’est pour cela que tant de personnes qui s’efforcent de mener une vie spirituelle, ou soi-disant telle, sont mortes: elles ont dressé leur esprit à être immobile, elles se sont enfermées dans une formule pour être calmes. De tels esprits ne sont évidemment jamais tranquilles ; ils sont refoulés, brimés.

Mais l’esprit se calme lorsqu’il voit qu’il lui est impossible de comprendre s’il n’est pas calme. Si je veux vous comprendre, il me faut être immobile, ne pas réagir contre vous, n’avoir pas de préjugés. Il me faut délaisser toutes mes conclusions, mes expériences et vous rencontrer face à face. Ce n’est qu’alors, l’esprit étant libéré de mon conditionnement, que je comprends. Lorsque je vois la vérité de cela, mon esprit est très tranquille, il n’est plus question de l’immobiliser. Seule la vérité peut libérer l’esprit de sa propre idéation ; pour voir la vérité, il doit se rendre compte du fait que tant qu’il est agité il ne peut rien comprendre. La tranquillité, la quiétude de l’esprit ne sont produites ni par la volonté, ni par le désir, qui isolent l’intellect et l’enferment en lui-même. Un tel esprit est mort, il est incapable d’adaptation, de souplesse, de vivacité ; il n’est pas créatif.

Notre question n’est donc pas d’immobiliser l’esprit, mais de voir la vérité en ce qui concerne chacun des problèmes qui se présentent à nous. C’est comme l’étang qui est calme lorsque le vent est tombé. Notre esprit est agité parce que nous avons des problèmes ; voulant les éviter, nous cherchons à le faire taire. Or, c’est lui qui les a projetés ; en dehors de lui, ils n’existent pas ; donc, tant qu’il continue à projeter sa conception de la sensibilité et à s’exercer à l’immobilité, il ne peut jamais être immobile.

Mais lorsqu’il se rend compte qu’il n’y a de compréhension que dans l’immobilité, il devient très calme. Cette quiétude n’est pas imposée, n’est pas le résultat d’une discipline et ne peut pas être comprise par un esprit agité.

Nombreux sont ceux qui, cherchant la quiétude de l’esprit, se retirent de la vie active et s’enferment dans un village, un monastère, une montagne ; ou se retirent dans des idées et s’enferment dans une croyance ; ou, plus simplement, s’arrangent pour éviter tout tracas. Ces réclusions ne sont pas le silence de l’esprit. L’enfermer dans une idée ou éviter les personnes qui vous compliquent l’existence n’est pas un calme créatif. Celui-ci ne survient que lorsque cesse le processus d’isolement par accumulation et que le processus des relations est compris. L’accumulation vieillit l’esprit ; mais sitôt qu’il est neuf et frais, débarrassé du processus d’accumulation, il lui devient possible d’être tranquille. Un tel esprit n’est pas mort, il est des plus actifs. L’esprit immobile est l’esprit le plus actif ; mais si vous voulez faire cette expérience, y pénétrer profondément, vous verrez que dans l’immobilité il n’y a pas de projection de pensée. La pensée, à tous ses niveaux, étant évidemment la réaction de la mémoire, ne peut jamais être dans un état de création. Elle peut s’exprimer sur l’état créateur mais elle ne crée pas.

Lorsque se produit ce silence, cette tranquillité d’esprit qui n’est pas un « résultat », nous percevons en cette quiétude une activité extraordinaire, une action que l’esprit agité ne peut jamais connaître. Là, il n’y a pas de formulation, pas d’idée, pas de mémoire ; cette immobilité est un état de création qui ne peut être connu qu’avec la compréhension totale de tout le processus du moi. Sans cette compréhension, l’immobilité n’aurait aucun sens. Mais en l’immobilité non provoquée l’éternel est découvert, qui est au-delà du temps.

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Source : http://www.messagescelestes-archives.ca
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