Jiddu Krishnamurti

La première et dernière Liberté

Question & Réponse 37

Sur la confusion de l’esprit

 

KRISHNAMURTIQUESTION : J’ai écouté toutes vos causeries et j’ai lu tous vos livres. Je vous demande tout à fait sincèrement de me dire quel peut être le but de ma vie si toute pensée doit cesser, toute connaissance être supprimée et toute mémoire être perdue.

Comment raccordez-vous cet état d’être, quel qu ‘il soit selon vous, au monde dans lequel nous vivons? Quelle relation a un tel être avec notre existence triste et douloureuse?

Krishnamurti : Nous voulons savoir ce que cet état est, qui ne peut être que lorsque toute connaissance, lorsque « celui qui reconnaît » n’est pas. Nous voulons savoir quel rapport a cet état avec notre monde d’activités quotidiennes, de poursuites quotidiennes. Nous savons ce que notre vie est en ce moment: triste, douloureuse, constamment craintive, sans rien de permanent ; nous connaissons cela très bien. Et nous voulons savoir quel rapport cet autre état a avec celui-ci, et si nous écartons les connaissances et nous libérons de nos souvenirs, etc., quel est le but de l’existence.

Quel est le but de l’existence telle que nous la connaissons maintenant? Non pas théoriquement, mais en fait. Quel est le but de notre existence quotidienne? Simplement de survivre n’est-ce pas? Avec toutes les misères, les douleurs, les désordres, les guerres, les destructions, etc. Nous pouvons inventer des théories, dire: « cela ne devrait pas être, c’est autre chose qui devrait être ». Mais ce ne sont pas des réalités, ce ne sont pas des faits. Ce que nous connaissons c’est la confusion, la douleur, la souffrance, les perpétuels antagonismes. Nous savons aussi, pour peu que nous soyons lucides, comment tout cela est créé. Le but de nos vies, d’instant en instant, tous les jours, est de détruire, de nous exploiter mutuellement, soit en tant qu’individus, soit en tant qu’êtres collectifs. Dans notre solitude, dans notre misère, nous essayons d’utiliser les autres, nous essayons de nous fuir nous-mêmes avec des divertissements, des dieux, des connaissances, toutes sortes de croyances et d’identifications.

Tels que nous vivons en ce moment, c’est cela notre but, conscient ou inconscient.

Existe-t-il au-delà un but plus profond, plus vaste, qui ne soit pas du monde de la confusion et de l’acquisition? Cet état qui ne comporte pas d’effort, a-t-il un rapport avec notre vie quotidienne?

Il n’a certainement pas le moindre rapport avec notre existence. Comment l’aurait-il? Si mon esprit est dans la confusion et la solitude, comment pourrait-il être relié à quelque chose qui n’émane pas de lui-même? Comment la vérité pourrait-elle être reliée au mensonge, à l’illusion? Mais nous ne voulons pas nous avouer cette rupture, parce que notre espérance, notre confusion nous font croire à quelque chose de plus grand, de plus noble, à quoi nous voudrions être reliés. Nous cherchons la vérité dans le vague espoir que cette découverte dissipera notre désespoir profond.

Un esprit confus et rempli d’affliction, conscient de son vide et de sa solitude, ne peut jamais trouver ce qui est au-delà de lui-même. Ce qui est au-delà de la faculté de penser entre en existence lorsque les causes de la confusion et de la misère ont disparu du fait qu’elles ont été comprises. Tout ce que j’ai jamais voulu expliquer, c’est la façon de se comprendre soi-même. Tant que l’on n’a pas la connaissance de soi, l’autre état n’est pas ; il n’est qu’une illusion. Si nous pouvons comprendre tout le processus de nous-mêmes, d’instant en instant, nous voyons qu’en clarifiant notre confusion, l’autre état naît. Et il est alors en contact avec l’expérience qui a lieu. Mais étant de ce côté-ci du rideau, du côté des ténèbres, comment pouvons-nous avoir l’expérience de la lumière, de la liberté? Lorsqu’à lieu une fois l’expérience de la vérité, vous pouvez la relier à ce monde dans lequel nous vivons. Si nous n’avons jamais su ce qu’est l’amour, mais n’avons connu que des querelles, des misères, des conflits, comment pouvons-nous faire l’expérience de l’amour, lequel n’est pas du monde de ces désordres? Mais sitôt que nous avons fait cette expérience, nous ne nous tracassons pas pour statuer sur des « rapports ». Car alors l’amour (l’intelligence) fonctionne.

Mais pour faire l’expérience de cet état, toutes les connaissances, les souvenirs accumulés, les activités auxquelles on s’est identifié, doivent cesser afin que l’esprit soit incapable de projeter aucune sensation. L’expérience de cela s’accompagne d’action dans ce monde.

Et c’est certainement cela le but de l’existence: aller au-delà de l’activité égocentrique de l’esprit. Ayant vécu cet état, lequel n’est pas mesurable par l’esprit, le fait même de l’expérience provoque une révolution intérieure. Alors, s’il y a de l’amour, il n’y a pas de problème social. Il n’y a aucun problème d’aucune sorte, lorsque l’amour est là. Parce que nous ne savons pas aimer, nous avons des problèmes sociaux et des systèmes de philosophie sur la façon de traiter ces problèmes. Je dis que ces problèmes ne peuvent jamais être résolus par aucun système, de gauche, de droite ou du juste milieu. Ils ne peuvent être résolus – je parle de notre confusion, de nos misères, de notre autodestruction – que lorsque nous pouvons faire l’expérience d’un état qui n’est pas auto-projeté.

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Pour lire les autres textes de « La première et dernière Liberté » , voir le SOMMAIRE

Source : http://www.messagescelestes-archives.ca
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