La Vie de la Vierge Marie – Partie 5/12

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Vénérable Anne Catherine Emmerich – Apparitions – Visions
Vie de la Vierge Marie (1774-1824)
Béatification en octobre 2004

Vierge-Marie2VIE DE LA SAINTE VIERGE D’APRES LES MEDITATIONS D’ANNE CATHERINE EMMERICH

Publiées en 1854
Traduction de l’Abbé DE CAZALES

XLI – Marie et Joseph en voyage pour visiter Elisabeth.

Quelques jours après l’Annonciation de l’ange à Marie, saint Joseph revint à Nazareth et il fit certains arrangements dans la maison pour pouvoir exercer son métier, car il n’avait pas encore été à demeure à Nazareth, où il avait passé à peine deux jours. Il ne savait rien de l’incarnation de Dieu dans Marie; elle était la mère du Seigneur, mais elle était aussi la servante du Seigneur et gardait humblement son secret.

La sainte Vierge, lorsqu’elle sentit que le Verbe s’était fait chair en elle, éprouva un grand désir d’aller tout de suite à Juttah, près d’Hébron, visiter sa cousine Élisabeth, que l’ange lui avait dit être enceinte depuis six mois. Comme on approchait du temps où Joseph devait se rendre à Jérusalem pour la fête de Pâques, elle désira l’accompagner pour aller assister Elisabeth pendant sa grossesse. Joseph se mit donc en route pour Juttah avec la sainte Vierge.

La soeur Emmerich raconta les détails suivants du voyage de Joseph et de Marie; mais il y a dans ses récits beaucoup de lacunes, causées par son état de maladie et par des dérangements continuels. Elle ne raconta pas le départ, mais pendant quelques jours consécutifs différentes scènes de voyage que nous communiquons ici.

Leur route se dirigeait vers le mid ; ils avaient avec eux un âne sur lequel Marie montait de temps en temps. Il portait quelques effets, entre autres un sac appartenant à Joseph, où se trouvait une longue robe brune de la sainte Vierge avec une espèce de capuchon. On l’attacha sur le cou de l’âne. Marie mettait cet habit quand elle allait au. temple ou à la synagogue. En voyage elle portait une tunique de laine brune, une robe grise avec une ceinture par-dessus, et une coiffe tirant sur le jaune.

Ils voyageaient assez vite. Je les vis, après avoir traversé la plaine d’Esdrelon, dans la direction du midi, gravir une hauteur et entrer dans la ville de Dothan, chez un ami du père de Joseph. C’était un homme assez riche, originaire de Bethléhem. Le père de Joseph l’appelait son frère, quoiqu’il ne le fût pas: mais il descendait de David par un homme qui était aussi roi, à ce que je crois, et qui s’appelait Éla, ou Eldoa, ou Eldad, je ne sais plus bien lequel ‘. Cet endroit était très commerçant.

Je les vis une fois passer la nuit sous un hangar ; puis, comme ils étaient encore à douze lieues de la demeure de Zacharie, je les vis un soir dans un bois sous une cabane de branchages, toute recouverte de feuillage vert avec de belles fleurs blanches. On trouve souvent dans ce pays, au bord des routes, de ces cabanes de verdure ou même des bâtiments plus solides dans lesquels les voyageurs peuvent passer la nuit ou se rafraîchir et apprêter les aliments qu’ils ont avec eux. Une famille du voisinage a la surveillance de plusieurs abris de ce genre et fournit plusieurs choses nécessaires moyennant une modique rétribution.

Note : La soeur Emmerich vit Jésus, le 2 novembre (12 Marcheswan) de sa trente et unième année, dans cette même maison de Dothan où il guérit de l’hydropisie un homme de cinquante ans, nommé Issachar, mari de Salomé, la fille des maîtres de cette maison. A cette occasion Issachar parla du séjour qui7 avaient fait Marie et Joseph. Le rejeton de David que la soeur nomme Eldoa ou Eldad, et par lequel le père de cette Salomé était parent de saint Joseph, pourrait bien être Elioda ou Eliada, fils de David cité dans le second livre des rois, V, 16, et dans le premier livre des Paralipomènes, III, 8.

Quoiqu’on doive admettre naturellement des confusions fréquentes dans les noms prononcés par la soeur, on ne doit pourtant pas admettre que cette confusion ait toujours lieu. Les noms propres en hébreu ont en général une signification précise; mais comme un seul et même sens peut s’exprimer de différentes manières dans la langue hébraïque, les mêmes personnes portent souvent différents noms. Ainsi nous trouvons un fils de David appelé tantôt Elischna  » Dieu aide « , tantôt Elischama  » Dieu entend « . Ainsi Eldea ou Eldoa peut aussi bien signifier  » Dieu vient  » qu’Eliada. La mention peu précise que ce rejeton de David aurait été roi, ne doit point étonner, car il est indubitable que des fils ou petits-fils de David eurent le gouvernement de certains pays dépendant du royaume d’Israel.

Ici il semble y avoir une lacune dans le récit. Vraisemblablement la sainte Vierge alla avec Joseph à Jérusalem pour la fête de Pâques, et ce n’est que de là qu’elle se rendit chez Elisabeth, car il est dit plus haut que Joseph allait à la fête, et plus loin que Zacharie était revenu chez lui après les fêtes de Pâques la veille de la visitation de Marie.

De Jérusalem ils n’allèrent pas tout droit à Juttah, mais ils firent un détour vers le levant pour voyager plus solitairement. Ils contournèrent une petite ville à deux lieues d’Emmaus, et prirent alors des chemins que Jésus suivit souvent pendant ses années de prédication. Ils eurent ensuite deux montagnes à franchir. Entre ces deux montagnes je les vis une fois se reposer, manger du pain et mêler dans leur eau des gouttes de baume qu’ils avaient recueillies pendant le voyage. Le pays ici était très montagneux. Ils passèrent devant des rochers qui étaient plus larges d’en haut que d’en bas; on voyait aussi là de grandes cavernes dans lesquelles étaient toutes sortes de pierres singulières. Les vallées étaient très fertiles.

Leur chemin les conduisit encore à travers des bois, des landes, des prés et des champs. Dans un endroit assez rapproché du terme du voyage, je remarquai particulièrement une plante qui avait de jolies petites feuilles vertes et des grappes de fleurs, formées de neuf clochettes roses fermées. Il y avait là quelque chose dont j’avais à m’occuper, mais j’ai oublié de quoi il s’agissait ‘.

Cette fleur’ avec neuf clochettes, avait peut-être pour la soeur un rapport mystique aux neuf mois que le Seigneur passa dans le sein de sa mère ; peut-être aussi y vit-elle le symbole de quelque dévotes ou exercice de piété se rattachant a la fête de la Visitation. Du reste, un ami versé dans la connaissance de l’Écriture sainte, communiqua à l’écrivain l’observation suivante :  » La fleur indiquée ici est probablement la petite grappe de cypre (Lawsonia spinosa inerrnis, Linn.), dont il est dit dans le Cantique des Cantiques (I, 13) : « Mon bien-aimé est pour moi une grappe de cypre (botrus cypri) cueillie dans les vignes d’Engaddi. « Mariti, dans son voyage en Syrie et en Palestine, a vu cet arbrisseau et sa fleur dans la contrée où la soeur fait voyager la sainte Vierge. Les feuilles sont, d’après lui, plus petites et plus élégantes que celles du myrte; les fleurs, couleur de rose, disposées par bouquets en forme de grappe, ce qui, d’ailleurs, correspond à la description sommaire de la soeur, quand elle dit qu’elle a à s’occuper de quelque chose qu’elle a oublié touchant ces fleurs campaniformes; il s’agit peut-être d’une méditation sur le Cantique des Cantiques (I, 13). Comme en os moment le bien-aimé était encore sous le coeur virginal de sa mère, elle célébrait peut-être, en contemplant les capsules de cet arbrisseau, le degré de développement du Verbe fait chair, et cette méditation pouvait être d’autant plus féconde, que la grappe odorante des fleurs de cypre s’appelle en hébreu grappe de kopher, c’est-à-dire grappe de la réconciliation, et c’est pourquoi quelques commentateurs trouvent dans les paroles : « Mon bien-aimé est pour moi une grappe de cypre, « le sens suivant :  » Mon bien-aimé a donné pour moi la grappe sanglante de la réconciliation « . De même que les Orientaux estiment beaucoup ces bouquets de fleurs odorantes et les regardent comme un présent très agréable, la soeur, en voyant passer la sainte Vierge près de ces grappes de fleurs, pouvait fêter les progrès de la maturité de la grappe du sang de la réconciliation dans le fruit béni de ses entrailles Elle considérait peut-être, dans le texte du Cantique des Cantiques le sens suivant lequel on pouvait dire : La vraie grappe du kopher mûrit pour nous sous le coeur de Marie, de même que dans le texte:  » Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe qui repose entre mes mamelles ; « elle peut avoir considéré que Marie, plus tard, porta Jésus enfant sur son sein, et dans la suite, après la descente de croix, reçut le Sauveur dans ses bras lorsqu’on l’embauma avec de la myrrhe, quoique lui-même fut la véritable myrrhe qui préserve de ta corruption.

XLII – Arrivée de Marie et de Joseph chez Elisabeth et Zacharie.

Une partie des visions qui suivent furent communiquées lors de la fête de la Visitation. en juillet 1820: d’autres se présentèrent à elle dans une contemplation où elle entendit Eliud, un vieil Essénien de Nazareth, qui accompagnait Jésus allant se faire baptiser par saint Jean au mois de septembre de la première année de la prédication, raconter plusieurs choses relatives aux parents et à la première jeunesse du Sauveur, car il était en relations intimes avec la sainte Famille.

La maison de Zacharie était sur une colline isolée. Il y avait alentour des groupes de maisons. Un ruisseau assez fort descendait de la montagne.

Il me sembla que c’était le moment où Zacharie revenait chez lui de Jérusalem après les fêtes de Pâques. Je vis Elisabeth, poussée par un désir inquiet, aller assez loin de sa maison sur la route de Jérusalem, et Zacharie qui revenait, tout effrayé de la rencontrer à une si grande distance de chez elle dans la situation où elle se trouvait. Elle lui dit qu’elle avait le coeur très agité, et qu’elle était poursuivie par la pensée que sa cousine ..Marie de Nazareth venait la voir. Zacharie chercha à lui faire perdre cette idée; il lui fit entendre par signes et en écrivant sur une tablette combien il était peu vraisemblable qu’une nouvelle mariée entreprit en ce moment un si grand voyage. Ils revinrent ensemble à la maison.

Elisabeth ne pouvait renoncer à son espérance, car elle avait appris en songe qu’une femme de son sang était devenue la mère du Messie promis. Elle avait pensé alors à Marie, avait conçu un ardent désir de la voir et l’avait vue en esprit venant vers elle. Elle avait préparé dans sa maison, à droite de l’entrée, une petite chambre avec des sièges. C’était là qu’elle était assise le lendemain, toujours dans l’attente, et regardant si Marie arrivait Bientôt elle se leva et s’en alla sur la route au-devant d’elle.

Élisabeth était une femme âgée, de grande taille: elle avait je visage petit et de jolis traits; sa tête était enveloppée. Elle ne connaissait la sainte Vierge que de réputation. Marie, la voyant de loin, connut que c’était elle, et s’en alla en toute hâte à sa rencontre, précédant saint Joseph, qui discrètement resta en arrière. Marie fut bientôt parmi les maisons voisines dont les habitants, frappés de sa merveilleuse beauté et émus d’une certaine dignité surnaturelle qui était dans toute sa personne, se retirèrent respectueusement quand elle rencontra Élisabeth. Elles se saluèrent amicalement en se tendant la main. En ce moment, je vis un point lumineux dans la sainte Vierge, et comme un rayon de lumière qui partait de là vers Élisabeth, et dont celle-ci reçut une impression merveilleuse. Elles ne s’arrêtèrent pas en présence des hommes; mais, se tenant par le bras, elles gagnèrent la maison par la cour placée en avant: à la porte de la maison, Élisabeth souhaita encore la bienvenue à Marie, et elles entrèrent.

Joseph, qui conduisait l’âne, arriva dans la cour, remit l’animal à un serviteur et alla chercher Zacharie dans une salle ouverte sur le côté de la maison. Il salua avec beaucoup d’humilité le vieux prêtre; celui-ci l’embrassa cordialement et s’entretint avec lui au moyen de la tablette sur laquelle il écrivait, car il était muet depuis que l’ange lui avait apparu dans le temple.

Marie et Élisabeth, entrées par la porte de la maison, se trouvèrent dans une salle qui me parut servir de cuisine. Ici elles se prirent par les bras. Marie salua Élisabeth très amicalement, et elles appuyèrent leurs joues l’une contre l’autre. Je vis alors quelque chose de lumineux rayonner de Marie jusque dans l’intérieur d’Élisabeth; celle-ci en fut tout illuminée; son coeur fut agité d’une sainte allégresse et profondément ému. Elle se retira un peu en arrière en élevant la main, et pleine d’humilité, de joie et d’enthousiasme, elle s’écria:  » Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. D’où me vient ceci que la mère de mol Seigneur vienne à moi ? Voici qu’aussitôt que la voix de votre salutation est venue à mes oreilles, l’enfant que je porte a tressailli de joie dans mon sein. vous êtes heureuse d’avoir cru : ce qui vous a été dit par le Seigneur s’accomplira « .

Après ces dernières paroles, elle conduisit Marie dans la petite chambre préparée pour elle, afin qu’elle pût s’asseoir et se reposer des fatigues de son voyage. Il n’y avait que deux pas à faire jusque-là. Mais Marie quitta le bras d’Élisabeth qu’elle avait pris, croisa ses mains sur sa poitrine et commença le cantique inspiré :  » Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit est ravi de joie en Dieu mon sauveur, parce qu’il a regardé la bassesse de sa servante; car voilà que tous les siècles m’appelleront bienheureuse, parce que Celui qui seul est puissant a fait en moi de grandes choses, et son nom est saint, et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Il a déployé la puissance de son bras; il a dissipé ceux qui étaient enflés d’orgueil dans les pensées de leur coeur.` il a renversé les puissants de leur trône, et il a élevé les humbles. Il a rassasié les affamés, et il a renvoyé les riches avec les mains vides. Il a pris en sa protection Israel, son serviteur, s’étant souvenu de sa miséricorde, selon la promesse qu’il avait faite à nos pères, à Abraham et à sa postérité, pour toute la suite des siècles’.

Lorsque le vieil Eliud, dans la circonstance indiquée plus haut, s’entretint de cet événement avec Jésus, je l’entendis expliquer d’une manière admirable tout ce cantique de Marie; mais je ne me sens pas en état de répéter cette explication.

Je vis qu’Élisabeth répétait tout bas le Magnificat avec un semblable mouvement d’inspiration; ensuite elles s’assirent sur des sièges très bas: il y avait sur une petite table, peu élevée aussi, un petit verre placé devant elles. Combien j’étais heureuse ! j’ai répété avec elles toutes leurs prières, et je me suis assise à peu de distance. Oh ! combien j’étais heureuse !

Note : La soeur Emmerich raconta ce qui était arrivé le jour précédent. Après midi, elle dit dans son sommeil : Joseph et Zacharie sont ensemble ; ils s’entretiennent de la venue prochaine du Messie et de l’accomplissement des prophéties. Zacharie est un grand et beau vieillard, habillé en prêtre ; il répond toujours par signes ou en écrivant sur une tablette. Ils sont assis sur le côté de la maison dans une salle ouverte qui a vue sur le jardin. Maria et Élisabeth sont assises dans le jardin, sur un tapis, sous un grand arbre, derrière lequel est une fontaine d’où l’eau sort quand on retire une bonde. Je vois tout autour du gazon et des fleurs, et des arbres avec de petites prunes jaunes. Elles mangent ensemble des fruits et des petits pains tirés de la besace de Joseph. Quelle simplicité et quelle frugalité touchantes ! il y a dans la maison deux servantes et deux serviteurs ; je les vois aller et venir. Ils apprêtent sous un arbre une table avec des aliments. Zacharie et Joseph viennent et mangent quelque chose. Joseph voudrait revenir tout de suite à Nazareth : mais il restera huit jours. Il ne sait rien de l’état de grossesse de la sainte Vierge. Marie et Élisabeth se taisaient là-dessus. Il y avait dans leur intérieur comme une entente secrète et profonde de l’une à l’autre.

Plusieurs fois le jour, spécialement avant les repas, quand tous étaient ensemble, les saintes femmes disaient des espèces de litanies’: Joseph priait avec elles, et je vis ensuite apparaître une croix entre elles. Il n’y avait pourtant pas encore de croix: c’était comme si deux croix se fussent visitées’.

Note : Ce nom d’une forme connue de la prière chrétienne ne doit pas nous surprendre dans un récit qui est encore de l’Ancien Testament La forme des litanies existait longtemps avant la naissance de Jésus-Christ ; ainsi le psaume 135 (dans l’hébreu, 136) est une véritable litanie. Il en est de même d’une partie du psaume 117 (118 dans l’hébreu) et de plusieurs autres.

Nous ne pouvons pas expliquer avec précision ce que la soeur voulait dire par ces paroles:  » C’était comme si deux croix se fussent visitées « . Suivant la pieuse coutume de sa patrie, pays aux vieilles moeurs catholiques, quand différentes paroisses se réunissent en procession pour quelque dévotions à faire en commun, elles portent avec elles leurs croix et lents images de la sainte Vierge, et l’on dit alors que les croix ou que les images de Marie se rendent visite. Peut-être a-t-elle voulu dire, à l’occasion de cette apparition d’une croix entre la sainte Vierge et Elisabeth réunies pour prier, que c’était comme sa Jésus, le crucifié futur reposant encore dans le sein de sa Mère, et sa crois, instrument de notre rédemption, reposant aussi dans le sein de l’avenir, se rendaient visite.

Le 3 juillet, elle raconta ce qui suit :

Hier soir, ils ont mangé tous ensemble; ils restèrent assis jusque vers minuit, près d’une lampe, sous l’arbre du jardin. Je vis ensuite Joseph et Zacharie seuls dans un oratoire. Je vis Marie et Élisabeth dans leur petite chambre; elles se tenaient debout, vis-à-vis l’une de l’autre, comme ravies en extase, et disaient ensemble le Magnificat.

Outre le vêtement décrit plus haut, la sainte Vierge avait comme un voile noir transparent qu’elle baissait quand elle parlait à des hommes. Aujourd’hui, Zacharie a conduit saint Joseph dans un autre jardin séparé de la maison. Zacharie est en toutes choses plein d’ordre et de ponctualité. Ce jardin est abondant en beaux arbres et produit des fruits de toute espèce; il est très bien tenu; il est traversé par une allée en berceau, sous laquelle on est à l’ombre; à l’extrémité du jardin, se trouve cachée une petite maison de plaisance dont la porte est sur le côté. Dans le haut de cette maison, sont des ouvertures fermées avec des châssis; il y a un lit de repos en nattes, recouvert de mousses ou d’autres herbes: je vis aussi là deux figures blanches de la grandeur d’un enfant; je ne sais pas comment elles étaient là, ni ce qu’elles représentaient; mais je trouvais qu’elles ressemblaient à Zacharie et à Élisabeth, seulement beaucoup plus jeunes.

J’ai vu aujourd’hui, dans l’après-midi, Marie et Élisabeth occupées ensemble dans la maison. La sainte Vierge prenait part à tous les soins du ménage; elle préparait toute sorte d’effets pour l’enfant qu’on attendait. Je les vis travailler ensemble; elles tricotaient une grande couverture pour le lit d’Élisabeth lorsqu’elle serait accouchée. Les femmes juives se servaient de couvertures de ce genre: il y avait au milieu une espèce de poche, disposée de façon que l’accouchée put s’envelopper tout entière avec son enfant; elle s’emmaillotait là dedans, soutenue par des coussins, et pouvait à volonté se mettre sur son séant ou rester couchée. Sur le bord de cette couverture étaient des fleurs et des sentences brodées à l’aiguille. Marie et Elisabeth préparaient aussi toutes sortes d’objets qui devaient être donnés aux pauvres à la naissance de l’enfant. Je vis sainte Anne, pendant l’absence de la sainte Famille, envoyer souvent sa servante dans la maison de Nazareth pour voir si tout y était en ordre; je l’ai vue aussi y aller une fois elle-même.

Le 4 juillet, elle raconta ce qui suit:

Zacharie est allé avec Joseph se promener dans les champs. La maison est isolée sur une colline ; c’est la plus belle maison qu’il y ait dans la contrée; d’autres sont dispersées tout autour. Marie est un peu fatigué ; elle est seule avec Elisabeth à la maison.

Le 5 juillet, elle dit :

J’ai vu Zacharie et Joseph passer la nuit d’aujourd’hui dans le jardin, situé à quelque distance de la maison. Je les vis tantôt dormir dans la petite maison qui est là, tantôt prier en plein air ; ils revinrent au point du jour. Je vis Élisabeth et la sainte Vierge à la maison; tous les matins et tous les soirs, elles répétaient ensemble le cantique Magnificat, dicté par le Saint Esprit à Marie après la salutation d’Élisabeth.

La salutation de l’ange fut pour Marie comme une consécration qui faisait d’elle l’Église de Dieu. Lorsqu’elle prononça ces mots :  » Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole « , le Verbe divin, salué par l’Église, salué par sa servante, entra en elle; dès lors, Dieu fut dans son temple.

Marie fut le temple et l’Arche d’alliance du Nouveau Testament. La salutation d’Elisabeth, le tressaillement de Jean dans le sein de sa mère, furent le premier culte rendu devant ce sanctuaire. Lorsque la sainte Vierge entonna le Magnificat, l’Église de la nouvelle alliance, du nouveau mariage, célébra, pour la première fois, l’accomplissement des promesses divines de l’ancienne alliance, de l’ancien mariage, récitant en actions de grâces un Te Deum laudamus. Qui pourrait dignement exprimer combien était touchant à voir l’hommage rendu par l’Église à son Sauveur dés avant sa naissance I

Cette nuit, pendant que je voyais prier les saintes femmes, j’ai eu plusieurs intuitions et explications relatives au Magnificat et à l’approche du Saint Sacrement dans la situation présente de la sainte Vierge. Mon état de souffrance et de nombreux dérangements sont cause que j’ai oublié presque tout ce que j’ai vu. Au passage du Magnificat:  » il a fait éclater la puissance de ses bras « , j‘ai vu différents tableaux figuratifs du Saint-Sacrement de l’autel dans l’Ancien Testament.

Il y avait entre autres un tableau d’Abraham sacrifiant Isaac, et d’Isaie annonçant à un méchant roi quelque chose dont celui-ci se moquait; je l’ai oublié. J’ai vu bien des choses depuis Abraham jusqu’à Isaie, et depuis celui-ci jusqu’à la sainte vierge Marie, et j’y ai toujours vu le Saint Sacrement s’approchant de l’Eglise de Jésus-Christ, qui, lui-même, reposait encore dans le sein de sa mère.

Quand la soeur Emmerich eut dit ceci, elle récita les litanies du Saint Esprit et l’hymne Veni, sancte Spiritu., et s’endormit en souriant. Au bout de quelque temps, elle dit d’un ton très animé :

Je ne dois plus rien faire aujourd’hui, ni laisser entrer personne chez moi, car je dois revoir tout ce que j’avais oublié. Si je puis être tout à fait tranquille, je pourrai connaître et raconter le mystère de l’Arche d’alliance, le Saint sacrement de l’ancienne alliance. J’ai vu cette époque du repos, c’est une belle époque. J’ai vu près de moi l’écrivain, je dois donc apprendre beaucoup de choses « .

Pendant qu’elle parlait ainsi, son visage s’animait et rougissait dans son sommeil comme je visage d’un enfant ; elle retira de dessous la couverture ses mains marquées des stigmates et dit : « il fait bien chaud là où est Marie, dans la terre promise. Ils vont tous dans le jardin où est la maisonnette, d’abord Zacharie et Joseph, puis Élisabeth et Marie ; on a tendu une toile sous l’arbre comme pour faire une tente : il y a, d’un côté, des sièges très bas avec des dossiers.

La mission d’Isaie, oubliée par elle, est sans aucun doute sa prophétie au roi Achaz (l’IIJ 3, 251 : Voici que la Verbe concevra, etc.

XLIII – Détails personnels à la narratrice.

Elle continua ainsi :

Je dois prendre du repos et revoir ce que j’avais oublié: la douce prière à l’Esprit Saint m’est venue en aide. Ah ! c’est si doux et si agréable ! à cinq heures du soir, elle gémit et dit : Je n’ai pas observé, par suite de mes négligences, l’ordre de ne laisser personne venir près de moi. Une femme de ma connaissance a parlé devant moi de choses odieuses; je me suis fâchée et me suis endormie là-dessus. Le bon Dieu a mieux tenu sa parole que moi la mienne; il m’a montré de nouveau tout ce que j’avais oublié: cependant, pour ma punition, j’en ai laissé échapper la plus grande partie. Elle dit alors ce qui suit, et nous le communiquons, quoiqu’il y ait répétition de choses déjà dites, parce que nous ne pouvons pas exprimer ce qu’elle a voulu dire autrement qu’elle ne l’a fait elle-même. Voici donc ce qu’elle dit: Je vis comme d’habitude les deux saintes femmes dire le Magnificat en se tenant vis-à-vis l’une de l’autre. Au milieu de leur prière, le sacrifice d’Abraham me fut montré. Vint ensuite une série de tableaux figuratifs se rapportant à l’approche du Saint Sacrement. Il me semblait n’avoir jamais aperçu aussi clairement les mystères sacrés de l’ancienne alliance.

Le jour suivant, elle dit :

Ainsi que cela m’avait été promis, j’avais vu de nouveau tout ce que j’avais oublié. J’étais toute joyeuse de pouvoir raconter tant de choses merveilleuses sur les patriarches et l’Arche d’alliance ; mai’ il y a eu sans doute dans cette joie quelque chose contre l’humilité, car Dieu ne permet pas que je puisse raconter avec ordre et expliquer clairement tout cela.

Le nouveau dérangement dont elle parlait fut amené par un incident particulier, à la suite duquel se produisirent les souffrances commémoratives de la Passion du Sauveur qui se manifestaient souvent chez elle: elle en fut d’autant plus incapable de mettre de l’ordre dans ses communications. Comme pourtant, depuis ses visions sur le Magnificat répété à plusieurs reprises par les saintes femmes, elle raconta par fragments et sans suite plusieurs choses relatives à la bénédiction mystérieuse de l’Ancien Testament et à l’Arche d’alliance, on s’est efforce de faire de tout cela, autant que possible, un certain ensemble qui sera ajouté comme appendice, ou réservé pour me place plus appropriée, afin de ne pas interrompre la vie de la sainte Vierge.

Voici ce qu’elle dit le vendredi 6 juillet :

Je vis hier soir Élisabeth et la sainte Vierge se rendre au jardin éloigné de la maison de Zacharie. Elles avaient des fruits et des petits pains dans des corbeilles, et voulaient passer la nuit dans cet endroit. Quand Joseph et Zacharie y vinrent plus tard, je vis la sainte Vierge aller à leur rencontre. Zacharie avait sa petite tablette Mais il faisait trop sombre pour qu’il pût écrire, et je vis Marie, poussée intérieurement par le Saint Esprit, lui dire qu’il parlerait cette nuit, et qu’il pouvait laisser là sa tablette, parce qu’il serait bientôt en état de s’entretenir avec Joseph et de prier avec lui. Très surprise de cela, je secouais la tête et je refusais d’admettre qu’il en fût ainsi ; mais mon ange gardien ou le guide spirituel qui est toujours près de moi, me dit, en me faisant signe de regarder d’un autre côté :  » Tu ne veux pas croire cela, regarde donc ce qui se passe par ici « . Je vis alors du côté qu’il m’indiquait un tout autre tableau, d’une époque très postérieure.

Note : Sa fête tombait le 6 juillet, jour où la soeur Emmerich communiquait ceci, et l’écrivain ne le savait pas. Quand il l’apprit en jetant par hasard les yeux sur le calendrier, il trouva là une nouvelle confirmation de cette relation entre toutes ses visions et les fêtes correspondants de l’Eglise qui avait si souvent surpris et singulièrement touché.

Le prêtre saint Goar, originaire d’Aquitaine, établit au sixième siècle prés de l’embouchure du Mochenbach dans le Rhin (près de la petite ville actuelle de Saint Goar). Il y vécut en anachorète et convertit à la foi chrétienne beaucoup de paiens auxquelles il avait eu l’occasion de donner l’hospitalité. Il fut mandé devant l’évêque Rusticus de Trèves sur une fausse accusation de mauvaises moeurs, et ce fut alors qu’eut lieu le miracle montré à la soeur Emmerich pour lui prouver la puissance de la loi simple Rusticus accusa saint Goar de sorcellerie, mais un autre miracle qu’il lui demanda comme preuve de son innocence excita chez le prélat une telle confusion, qu’il se jeta aux pieds du saint, avouant sa faute et lui demandant pardon. Saint Goar, de retour dans son ermitage et pressé à plusieurs reprises par Sigebert, roi d’Austrasie, d’accepter le siège épiscopal de Trèves, pria Dieu de le retirer du monde. Il fut exaucé vers la fin du sixième siècle.

Je vis le saint ermite Goar’ dans un endroit où on avait coupé du blé. Il parlait à des messagers d’un évêque mal disposé à son égard, et ces hommes aussi ne lui voulaient pas de bien. Quand il les eut accompagnés jusque chez l’évêque, je le vis chercher un crochet pour y suspendre son manteau. Comme il vit alors un rayon de soleil qui pénétrait par une ouverture du mur, dans la simplicité de sa foi, il attacha son manteau à ce rayon, et le manteau resta ainsi suspendu en l’air. Je fus émerveillé de ce miracle produit par la simplicité de la foi, et ne m’étonnai plus d’entendre parler Zacharie, puisque cette grâce lui arrivait par le moyen de la sainte Vierge, dans laquelle Dieu lui-même habitait. Mon guide me parla alors de ce qu’on appelle miracle; je me souviens qu’il me dit, entre autres choses:  » une confiance entière en Dieu, avec la simplicité d’un enfant, donne à tout l’être et la substance « . (Voir Hébr.IX,1) Ces paroles me donnèrent de grandes lumières intérieures sur tous les miracles, mais je ne puis m’expliquer bien clairement sur cela.

Je vis alors les quatre saints personnages passer la nuit dans le Jardin: ils s’assirent et mangèrent un peu, puis je les vis marcher deux à deux, s’entretenir eu priant, et entrer alternativement dans la petite maison pour y prendre du repos. J’appris aussi qu’après le sabbat Joseph retournerait à Nazareth, et que Zacharie l’accompagnerait à quelque distanc ; il faisait clair de lune et le ciel était très pur.

Je vis ensuite, pendant la prière des deux sainte. femmes, une partie du mystère concernant le Magnificat; je dois tout revoir samedi, veille de l’octave de la Fête, et je pourrai alors en dire quelque chose. Je ne puis maintenant communiquer que ce qui suit: le Magnificat est un cantique d’actions de grâces pour l’accomplissement de la bénédiction mystérieuse de l’ancienne alliance.

Pendant la prière de Marie, je vis successivement tous ses ancêtres. Il y avait, dans la suite des siècles, trois fois quatorze couples d’époux qui se succédaient et dans lesquels le père était toujours le rejeton du mariage précédent; de chacun de ces couples, je vis sortir un rayon de lumière qui se dirigeait sur Marie pendant qu’elle était en prières. Tout ce tableau grandit devant mes yeux comme un arbre avec des branches de lumière qui allaient toujours s’embellissant, et Je vis enfin à une place marquée de cet arbre lumineux la chair et le sang purs et sans tache de Marie, desquels Dieu devait former son humanité, se montrer dans une lumière de plus en plus vive. Je priai alors, pleine de joie et d’espérance, comme un enfant qui verrait croître devant lui l’arbre de Noël. Tout cela était une image de l’approche de Jésus Christ selon la chair et de son très saint sacrement; c’était comme si j’avais vu mûrir le froment pour former le pain de vie dont je suis affamée. Cela ne peut s’exprimer. Je ne puis pas trouver de paroles pour dire comment s’est formée la chair dans laquelle le Verbe s’est fait chair; comment pourrait s’y prendre pour cela une pauvre créature humaine qui est encore dans cette chair dont le Fils de Dieu et de Marie a dit que la chair ne sert de rien et que l’esprit seul vivifie; lui qui a dit encore que ceux-là seuls qui se nourrissent de sa chair et de son sang auront la vie éternelle, et seront ressuscités par lui au dernier jour. Sa chair et son sang sont seuls la vraie nourriture, ceux. là seuls qui prennent cette nourriture demeurent en lui et lui en eux.

Je ne puis exprimer comment j’ai vu, depuis le commencement, l’approche successive de l’incarnation de Dieu, et, avec elle, l’approche du Saint Sacrement de l’autel se manifestant de génération en génération, puis une nouvelle série de patriarches, représentants du Dieu vivant qui réside parmi les hommes comme victime et comme nourriture, jusqu’à son second avènement au dernier jour, dans l’institution du sacerdoce, que l’Homme-Dieu, le nouvel Adam, chargé d’expier la faute du premier, a transmis à ses apôtres, et ceux-ci par l’imposition des mains aux prêtres qui leur ont succédé pour former une semblable succession non interrompue de génération de prêtres en génération de prêtres.

Tout cela m’a fait connaître que la récitation de la généalogie de Notre Seigneur devant le Saint Sacrement, à la Fête-Dieu, renferme un grand et profond mystère; j’ai aussi connu, par là, que de même que, parmi les ancêtres de Jésus-Christ, selon la chair, plusieurs ne furent pas des saints et furent même des pécheurs sans cesser d’être des degrés de l’échelle de Jacob, par lesquels Dieu descendit jusqu’à l’humanité, de même aussi les évêques indignes restent capables de consacrer le Saint Sacrement et de conférer la prêtrise avec tous les pouvoirs qui y sont attachés.

Quand on voit ces choses, on comprend bien pourquoi l’Ancien Testament est appelé dans de vieux livres allemands l’ancienne alliance ou l’ancien mariage, de même que le Nouveau Testament y est appelé la nouvelle alliance ou le nouveau mariage. La fleur suprême de l’ancien mariage fut la Vierge des vierges, la Fiancée du Saint Esprit, la très chaste Mère du Sauveur, le Vase spirituel, le Vase honorable, le Vase insigne de dévotion ‘, dans lequel le Verbe s’est fait chair. Avec ce mystère, commence le nouveau mariage, la nouvelle alliance. Cette alliance est virginale dans le sacerdoce et dans tous ceux qui suivent l’Agneau, et le mariage est en elle un grand sacrement, savoir, en Jésus-Christ et en sa fiancée, qui est l’Eglise. (Voir Eph.,V,32.)

Ces dénominations sont tirées en partie des litanies dans lesquelles la sainte vierge est aussi honorée sous le nom d’Arche d’Alliance.

Mais pour faire connaître, en tant que cela m’est possible, comment me fut expliquée l’approche de l’incarnation du Verbe et en même temps l’approche du Saint Sacrement de l’autel, je ne puis que répéter encore de quelle manière tout m’a été mis devant les yeux dans une série de tableaux symboliques, sans qu’il me soit possible, à cause de l’état où je me trouve, de rendre compte des détails d’une façon intelligible: je ne puis parler qu’en général. Je vis d’abord la bénédiction de la promesse que Dieu donna à nos premiers parents dans le paradis, et un rayon allant de cette bénédiction à la sainte Vierge, qui récitait le Magnificat avec sainte Elisabeth; je vis ensuite Abraham, qui avait reçu de Dieu cette bénédiction, et un rayon allant de lui à la sainte Vierge; puis les autres patriarches, qui avaient porté et possédé cette chose sainte, et encore le rayon allant de chacun d’eux à Marie; la transmission de cette bénédiction jusqu’à Joachim, qui, gratifié de la plus haute bénédiction venant du Saint des saints du temple, put devenir par là le père de la très sainte vierge Marie, conçue sans péché; enfin, c’est en celle ci que, par l’opération du Saint Esprit, le Verbe s’est fait chair; c’est en elle, comme dans l’Arche d’alliance du Nouveau Testament, que, caché à tous les yeux, il a habité neuf mois parmi nous, jusqu’à ce qu’étant né de la vierge Marie dans la plénitude des temps, nous avons vu sa gloire, comme la gloire du Fils unique du Père plein de grâce et de vérité.

Voici ce qu’elle raconta, le 7 juillet:

J’ai vu, cette nuit, la sainte Vierge dormir dans sa petite chambre, étendue sur le côté et la tête appuyée sur le bras; elle était enveloppée dans une bande d’étoffe blanche, depuis la tête jusqu’aux pieds Je vis, sous son coeur, briller une gloire lumineuse en forme de poire qu’entourait une petite flamme d’un éclat indescriptible. Je vis briller dans Élisabeth une gloire moins éclatante, mais plus grande et d’une forme circulaire ; la lumière qu’elle répandait était moins vive.

Le samedi 8 juillet, elle dit ce qui suit :

Dans la soirée d’hier vendredi, lorsque le sabbat commença, je vis, dans une chambre de la maison de Zacharie que je ne connaissais pas encore, allumer une lampe et célébrer le sabbat: Zacharie, Joseph et six autres hommes, qui étaient probablement des gens de l’endroit, priaient debout sous la lampe autour d’un coffre sur lequel étaient des rouleaux écrits. Ils avaient des linges qui pendaient par-dessus la tête, mais ne faisaient pas, en priant, toutes les contorsions que font les Juifs actuels, quoique souvent ils baissassent la tête et levassent les bras en l’air. Marie, Élisabeth et deux autres femmes se tenaient à part derrière une cloison grillée, d’où elles voyaient dans l’oratoire; elles étaient toutes enveloppées jusque par-dessus la tête dans des manteaux de prière.

Après le souper du sabbat, je vis la sainte Vierge dans sa petite chambre, avec Elisabeth, récitant le Magnificat; les mains jointes sur la poitrine et leurs voiles noirs baissés sur la figure, elles se tenaient debout contre la muraille, vis-à-vis l’une de l’autre, priant tour à tour comme des religieuses au choeur. Je récitais le Magnificat avec elles, et, pendant la seconde partie du cantique, je vis, les uns dans l’éloignement, les autres plus près, quelques-uns des ancêtres de Marie, desquels partaient comme des lignes lumineuses se dirigeant sur elle; je voyais ces lignes ou ces rayons de lumière sortir de la bouche des ancêtres masculins et de dessous le coeur des ancêtres de l’autre sexe, et aboutir à la gloire qui était dans Marie.

Je crois qu’Abraham, lorsqu’il reçut la bénédiction qui préparait l’avènement de la sainte Vierge, habitait prés de l’endroit où elle récita le Magnificat, car je vis le rayon qui partait de lui venir à elle d’un point très voisin, pendant que ceux qui partaient de personnages beaucoup plus rapprochés, quant au temps, paraissaient venir de points bien plus éloignés.

Lorsqu’elles eurent fini le Magnificat, qu’elles disaient tous les jours, matin et soir, depuis la Visitation, Elisabeth se retira, et je vis la sainte Vierge se livrer au repos.

Le dimanche soir*, le sabbat étant fini, je les vis manger de nouveau. Ils prirent leur repas ensemble dans le jardin près de la maison. Ils mangèrent des feuilles vertes qu’ils trempaient dans une sauce; il y avait aussi sur la table des assiettes avec de petits fruits, et d’autres plats, où était, je crois, du miel, qu’ils prenaient avec des espèces de spatules en corne.

(NDM : *ce devait être le samedi soir, car le jour du shabbat est le samedi)

Plus tard, au clair de la lune, par une belle nuit étoilée, Joseph se mit en voyage, accompagné de Zacharie. Joseph avait avec lui un petit paquet où étaient des pains et une petite cruche, et un bâton recourbé par en haut. Ils avaient tous deux des manteaux de voyage qui recouvraient la tête. Les deux femmes les accompagnèrent à une petite distance, et s’en revinrent seules par une nuit d’une beauté remarquable.

Marie et Élisabeth rentrèrent à la maison dans la chambre de Marie. Il y avait là une lampe allumée, comme c’était toujours le cas lorsqu’elle priait et allait se coucher. Les deux femmes se tinrent vis-à-vis l’une de l’autre, et récitèrent le Magnificat.

Le mardi il juillet, elle dit ce qui suit :

J’ai vu cette nuit Marie et Élisabeth. La seule chose dont je me souvienne est qu’elles passèrent toute la nuit à prier, mais je n’en sais plus la raison. Le jour, je vis Marie s’occuper de différents travaux, par exemple, tresser des couvertures. Je vis Joseph et Zacharie encore en route; ils passèrent la nuit dans un hangar. Ils avaient fait de grands détours et visité, si je ne me trompe, différentes personnes. Je crois qu’il leur fallait trois jours pour leur voyage. J’ai oublié la plupart des détails.

Le jeudi 13 juillet, elle raconta ce qui suit :

Je vis hier Joseph de retour dans sa maison de Nazareth. Il ne me paraît pas avoir été à Jérusalem, mais directement chez lui. La servante d’Anne prend soin de son ménage, et va et vient d’une maison à l’autre; à cela près, Joseph était seul. Je vis aussi Zacharie de retour dans sa maison. Je vis Marie et Élisabeth, comme toujours, réciter le Magnificat et s’occuper de différents travaux. Vers le soir, elles se promenèrent dans le jardin, où il y avait une fontaine, ce qui n’est pas commun dans le pays. Elles allaient souvent aussi, dans la soirée, quand la chaleur était passée, se promener dans les environs, car la maison de Zacharie était isolée et entourée de champs. Ordinairement elles se couchaient vers neuf heures, et se levaient toujours avant le soleil.

C’est là tout ce que la soeur Emmerich communiqua de ses visions sur la visite de la sainte Vierge à Élisabeth. Il est à remarquer qu’elle raconta cet événement à l’occasion de la fête de la Visitation, au commencement de juillet, tandis que la visite de Marie eut probablement lieu en mars, puisque l’incarnation du Christ fut annoncée à la sainte Vierge le 25 février. C’est peu de temps après que la soeur la vit partir pour se rendre chez Elisabeth, en même temps que Joseph allait à la fête de Pâques, qui tombait le il nisan, mois qui correspond à notre mois de mars.

XLIV – Naissance de Jean. Marie revient à Nazareth. Joseph rassuré par un ange.

Le 9 juin 1821, la soeur Emmerich) à l’occasion d’une relique de saint Parménas qui se trouvait près d’elle, raconta différentes choses touchant ce saint, et entre autres ce qui suit :

J’ai vu la sainte Vierge, après son retour de Juttah à Nazareth, passer quelques Jours chez les parents du disciple Parménas, qui, à cette époque, n’était pas encore né. Je crois avoir vu cela au moment de l’année où cela s’est passé. J’eus le sentiment qu’il en était ainsi.

D’après cela, la naissance de Jean-Baptiste aurait eu lieu à la fin de mai ou au commencement de juin. Marie resta trois mois chez Élisabeth, jusqu’à la naissance de Jean ; mais elle n’y était plus lors de la circoncision de l’enfant.

Note : La soeur Emmerich ayant été empêchée de raconter la naissance de Jean et sa circoncision, nous donnons ici les paroles de l’Évangile.

 » Le temps d’Élisabeth étant accompli, elle mit au monde un fils. Ses voisins et ses parents apprirent que Dieu avait fait éclater sa miséricorde envers elle, et ils accoururent pour s’en réjouir avec elle. Le huitième jour, on vint circoncire l’enfant, et ils lui donnèrent le nom de son père Zacharie; mais sa mère répondit: Il n’en sera pas ainsi ; son nom sera Jean. On lui représenta que personne n’avait ce nom dans sa parenté, et en même temps on demanda par signe à son père quel nom il voulait lui donner. Et il écrivit sur des tablettes que Jean était son nom; et tous furent dans l’admiration. Or sa bouche fut ouverte aussitôt et sa langue déliée; et il parlait, bénissant le Seigneur. Et une grande crainte se répandit parmi tous ceux qui habitaient dans le voisinage, et toutes ces choses se racontaient dans toutes les montagnes de la Judée. Et tous ceux qui en entendirent le récit le mirent dans leur coeur, se disant: Que croyez-vous que doive être cet enfant car la main de Dieu est avec lui. Et son père Zacharie fut rempli de l’Esprit Saint et prophétisa en ces termes: Béni soit le Seigneur Dieu d’Israël, parce qu’il a visité son peuple, et a opéré sa rédemption, et qu’il nous a élevé un puissant Sauveur dans la maison de David, son serviteur, ainsi qu’il avait promis, dès les anciens temps, par la bouche de ses saints prophètes, qu’il nous délivrerait de nos ennemis et de ceux qui nous haïssent, pour exercer sa miséricorde envers nos pères et se souvenir de son alliance sainte, selon qu’il avait juré avec serment à Abraham notre père, afin que, délivrés de la main de nos ennemis, nous le servions sans crainte, dans la sainteté et la justice devant lui, tous les jours de notre vie. Et toi, enfant, tu seras appelé le prophète du Très-Haut ; car tu marcheras devant la face du Seigneur pour lui préparer les voies, afin de donner à son peuple la science du salut pour la rémission de leurs péchés; par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, par laquelle l’Orient nous a visités d’en haut, pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, pour diriger nos pas dans la voie de la paix. Or, l’enfant croissait et son esprit se fortifiait, et il était dans le désert jusqu’au jour de sa manifestation dans Israel.

La sainte Vierge partit pour Nazareth après la naissance de Jean, et avant sa circoncision. Joseph vint à sa rencontre jusqu’à moitié chemin.

La soeur Emmerich ne dit pas par qui la sainte Vierge fut accompagnée jusque-là ; elle ne désigna pas non plus le lieu où elle se réunit à saint Joseph ; peut-être que ce fut à Dothan, où, en allant chez Élisabeth, ils s’étaient arrêtés chez un ami du père de Joseph. Vraisemblablement, elle fut accompagnée jusque-là par des parents de Zacharie ou par des amis de Nazareth, qui se trouvaient avoir le même voyage à faire. Cette dernière conjecture pourrait se justifier, jusqu’à un certain point, par le récit suivant :

Quand Joseph revint à Nazareth avec la sainte Vierge, il vit, à sa taille, qu’elle était enceinte; il fut alors assailli par toutes sortes d’inquiétudes et de doutes, car il ne connaissait pas l’ambassade de l’ange près de Marie. Aussitôt après son mariage, il était allé à Bethléhem pour quelques affaires de famill ; Marie, pendant ce temps, s’était rendue à Nazareth avec ses parents et quelques compagnes. La salutation angélique avait eu lieu avant le retour de Joseph de Nazareth. Marie, dans sa timide humilité, avait gardé pour elle le secret de Dieu.

Joseph, plein de trouble et d’inquiétude, n’en faisait rien connaître au dehors, mais luttait en silence contre ses doutes. La sainte Vierge, qui avait prévu cela d’avance, était grave et pensive, ce qui augmentait encore l’anxiété de Joseph.

Quand ils furent arrivés à Nazareth, je vis que la sainte Vierge n’alla pas tout de suite dans sa maison avec saint Joseph, elle demeura deux jours dans une famille alliée à la sienne. C’étaient les parents du disciple Parmenas, qui alors n’était pas né, et qui fut plus tard l’un des sept diacres dans la première communauté des chrétiens à Jérusalem.

Ces gens étaient alliés à la sainte Famille: la mère était soeur du troisième époux de Marie de Cléophas, qui fut le père de Siméon, évêque de Jérusalem. Ils avaient une maison et un jardin à Nazareth. Ils étaient aussi alliés à la sainte Famille du côté d’Elisabeth. Je vis la sainte Vierge rester quelque temps chez eux avant de revenir dans la maison de Joseph; mais l’inquiétude de celui-ci augmentait à tel point que, lorsque Marie voulut revenir auprès de lui, il forma le projet de la quitter et de s’enfuir secrètement. Pendant qu’il roulait Ce dessein dans son esprit, un ange lui apparut en songe et le consola.

XLV – Préparatifs pour la naissance de Jésus-Christ. Départ de la sainte Famille pour Bethléhem.

(Dimanche, 11 novembre 1821.)

Depuis plusieurs jours, je vois la sainte Vierge près de sa mère, sainte Anne, dont la maison est à peu près à une lieue de Nazareth, dans la vallée de Zabulon; sa servante est restée dans la maison de Nazareth, elle sert saint Joseph quand Marie est chez sa mère. Du reste, tant qu’Anne vécut, ils n’eurent pas de ménage entièrement séparé, mais ils recevaient toujours de celle-ci ce dont ils avaient besoin.

Je vois, depuis quinze jours, la sainte Vierge occupée de préparatifs pour la naissance de Jésus-Christ: elle apprête des couvertures, des bandages et des langes. Son père Joachim ne vit plus. Il y a dans la maison une petite fille d’environ sept ans qui est souvent près de la sainte Vierge, et à laquelle celle-ci donne des leçons: je crois que c’est la fille de Marie de Cléophas ; elle s’appelle aussi Marie. Joseph n’est pas à Nazareth, mais il doit bientôt arriver. Il revient de Jérusalem, où il a conduit des victimes pour le sacrifice.

Je vis la sainte Vierge dans la maison. Elle était dans un état de grossesse fort avancée, et travaillait assise dans une chambre avec plusieurs autres femmes. Elles préparaient des effets et des couvertures pour les couches de Marie. Anne avait des propriétés assez considérables en troupeaux et en pâturages. Elle fournissait abondamment la sainte Vierge de tout ce qui lui était nécessaire suivant son état. Comme elle croyait que Marie ferait ses couches chez elle, et que tous ses parents la visiteraient à cette occasion, elle faisait toute espèce de préparatifs pour la naissance de l’enfant de la promesse. On apprêtait pour cela de belles couvertures ou de beaux tapis.

J’ai vu une couverture de ce genre, lors de la naissance de Jean, dans la maison d’Élisabeth. Il y avait des figures symboliques et des sentences tracées à l’aiguille. Au milieu était une espèce d’enveloppe dans laquelle l’accouchée se plaçait ; puis, quand les diverses parties de la couverture étaient assujetties autour d’elle avec des lacets et des boutons, elle était là comme un petit enfant dans son maillot, et pouvait facilement se mettre sur son séant, entre des coussins, pour recevoir les visites de ses amies, qui s’asseyaient auprès d’elle sur le bord du tapis.

On préparait aussi dans la maison d’Anne des objets de ce genre, outre des bandages et des langes pour l’enfant. Je vis même des fils d’or et d’argent qu’on y faufilait Ça et là. Tous ces effets et ces couvertures n’étaient pas uniquement pour l’usage de l’accouchée ; il y avait beaucoup de chose destinées aux pauvres, auxquels on pensait toujours en de semblables circonstances. Je vis la sainte Vierge et d’autres femmes, assises par terre autour d’un grand coffre, travailler à une grande couverture qui était sur ce coffre au milieu d’elles. Elles se servaient de petits bâtons où étaient attachés des fils de diverses couleurs. Sainte Anne était très affairée ; elle allait ça et là pour prendre de la laine, la partager et donner leur tâche à ses servantes.

(Lundi, 12 novembre.)

Joseph doit revenir aujourd’hui à Nazareth. Il était à Jérusalem, où il avait conduit des animaux pour le sacrifice. Il les avait laissés dans une petite auberge située à un quart de lieue en avant de Jérusalem, du côté de Bethléhem, et tenue par un vieux ménage sans enfants. C’étaient des gens pieux chez lesquels on pouvait loger en toute confiance. Joseph alla de là à Bethléhem, mais il ne visita pas les parents qu’il y avait. Il voulait seulement prendre des informations relativement à un dénombrement ou à une levée d’impôts qui exigeaient que chacun vint dans son lieu de naissance. Il ne se fit pourtant pas encore inscrire, car il avait l’intention, lorsque le temps de la purification de Marie serait accompli, d’aller avec elle de Nazareth au temple de Jérusalem, et de là à Bethléhem, où il voulait s’établir. Je ne sais pas bien quel avantage il y trouvait, mais le séjour de Nazareth ne lui plaisait pas. C’est pour cela qu’il profita de cette occasion pour aller à Bethléhem : il y prit des informations relativement à des pierres et à des bois de charpente, car il avait le projet d’y bâtir une maison. Il revint ensuite à l’auberge voisine de Jérusalem, conduisit les victimes au temple et revint chez lui.

Comme aujourd’hui, vers minuit, il traversait la plaine de Khimki, à six lieues de Nazareth, un ange lui apparut et lui enjoignit de partir avec Marie pour Bethléhem, car c’était là qu’elle devait mettre son enfant au monde. L’ange lui prescrivit aussi ce qu’il devait prendre avec lui ; il devait emporter peu d’effets, et notamment pas de couvertures brodées. Il devait aussi, outre l’âne sur lequel Marie monterait, emmener avec lui une ânesse d’un an qui n’avait pas encore eu de petits. Il devait la laisser courir en liberté et suivre toujours le chemin qu’elle prendrait.

Ce soir, Anne se rend à Nazareth avec la sainte Vierge ; elles savaient que Joseph arriverait. Elles ne paraissaient pourtant pas savoir que Marie irait à Bethléhem ; elles croyaient que Marie mettrait son enfant au monde dans sa maison de Nazareth, car je vis qu’on leur y porta plusieurs des objets qu’on avait préparés, empaquetés dans des nattes. Joseph arriva le soir à Nazareth.

(Mardi, 13 novembre). Je vis aujourd’hui la sainte Vierge avec sa mère dans la maison de Nazareth, où Joseph leur fit connaître ce qui lui avait été dit la nuit précédente. Elles revinrent ensemble dans la maison d’Anne, et je les vis faire des préparatifs pour un prompt départ. Anne en était tout attristée. La sainte Vierge savait d’avance qu’elle devait enfanter son fils à Bethléhem, mais elle n’en avait rien dit par humilité.

Elle le savait par les prophéties sur la naissance du Messie qu’elle conservait à Nazareth. Elle avait reçu ces écrits de ses maîtresses du temple, et ces saintes femmes les lui avaient expliqués ; elle les lisait souvent et priait pour leur accomplissement ; ses ardents désirs invoquaient toujours la venue du Messie ; elle appelait bienheureuse celle qui devait mettre au monde le saint enfant, et désirait seulement pouvoir être la dernière de ses servantes ; elle ne pensait pas, dans son humilité, que cet honneur pût lui être destiné. Comme elle savait par les testes des prophéties que le Sauveur devait naître à Bethléhem, elle se conforma avec d’autant plus de joie a la volonté divine, et se prépara à un voyage très pénible pour elle dans cette saison, car il faisait souvent un froid très vif dans les vallées, entre les chaînes de montagnes.

Je vis ce soir Joseph et la sainte Vierge, accompagnés d’Anne, de Marie de Cléophas, et de quelques serviteurs, partir de la maison d’Anne. Marie était assise sur le bât d’un âne qui portait aussi son bagage. Joseph conduisait l’âne. Il y avait un second âne Sur lequel sainte Anne devait revenir.

XLVI – Voyage de la sainte Famille.

Ce matin, je vis les saints voyageurs arriver à six lieues de Nazareth, dans une plaine appelée Ghinim, où l’ange était apparu à Joseph l’avant-veille. Anne possédait un pâturage en cet endroit, et les serviteurs devaient y prendre l’ânesse d’un an que Joseph voulait emmener avec lui. Elle courait tantôt en avant des voyageurs, tantôt près d’eux. Anne et Marie de Cléophas prirent ici congé des saints voyageurs et s’en retournèrent avec les serviteurs.

Je vis la sainte Famille s’avancer plus loin par un chemin qui montait vers les montagnes de Gelboë. Ils ne passaient pas dans les villes et suivaient la jeune ânesse qui prenait toujours des chemins de traverse. C’est ainsi que je les vis dans une propriété de Lazare, à peu de distance de la ville de Ghinim’, du côté de Samarie. L’intendant les reçut amicalement.

Note : Elle dit que cette plaine de Ghinim a plusieurs lieues de long et qu’elle est de forme ovale. Une autre plaine appelée Ghimmi se trouva plus prés de Nazareth, prés d’un endroit placé sur une hauteur où demeuraient des bergers, et où Jésus, avant son baptême, enseigna du 7 au 9 septembre chez des bergers qui avaient des lépreux cachés parmi eux. Il guérit aussi là son hôtesse qui était hydropique et il fut injurié par les pharisiens. De l’autre côté de ce lieu, à une plus grande distance, se trouve, au sud-ouest de Nazareth, au delà du torrent de Cison, un séjour de lépreux. Ce sont des cabanes dispersées autour d’un étang formé par un écoulement du Cison. Jésus y opéra des guérisons avant son baptême, le 30 septembre. La plaine de Ghinim, où nous voyons arriver la sainte Famille, est séparée de cette autre plaine de Ghimmi par un torrent.

Les noms sont si semblables que je puis les avoir facilement confondus.

Note : Il semble qu’il y a encore un souvenir de ce nom de Ghimea, qui est dans la même position et que les voyageurs appellent Ghinin, ghinin, Ghilin, Ghenin, Jenin, Chenan, Khilin ou Djenin. Ce lieu est au pied des monts de Gelboé, à quatre milles allemande (environ huit lieues) au nord-est de Samarie, suivant d’autres à une demi journée de Sichem, et d’après Boshard, à quatorze lieues du Jourdain.

Il les avait connus lors d’un autre voyage. Leur famille avait des relations avec celle de Lazare. Il y a là de beaux vergers et des allées. La position est si élevée, qu’on a du toit une vue très étendue. Lazare a hérité ce bien de son père. Notre Seigneur Jésus-Christ s’arrêta souvent en cet endroit pendant sa prédication, et enseigna dans les environs. L’intendant et sa femme s’entretinrent très amicalement avec la sainte Vierge, et se montrèrent étonnés qu’elle eût entrepris ce grand voyage dans la position où elle se trouvait, lorsqu’elle eût pu rester commodément établie dans la maison de sa mère.

(Nuit du jeudi l5 au vendredi 16 novembre).

Je vis la sainte Famille, à quelques lieues au delà de l’endroit précédemment indiqué, se diriger dans la nuit vers une montagne le long d’une vallée très froide. Il semblait qu’il y eût de la gelée blanche. La sainte Vierge souffrait beaucoup du froid, et elle dit à Joseph:  » il faut nous arrêter; je ne puis pas aller plus loin « . A peine avait-elle dit ces paroles, que la jeune ânesse s’arrêta sous un grand térébinthe très vieux qui se trouvait près de là, et dans le voisinage duquel était une fontaine. Ils firent une balte sous cet arbre. Joseph arrangea avec des couvertures un siège pour la sainte Vierge, qu’il aida à descendre de sa monture et qui s’assit contre l’arbr ; Joseph suspendit à une branche d’arbre une lanterne qu’il portait avec lui. J’ai souvent vu les gens qui voyagent de nuit dans ce pays en faire autant.

La sainte Vierge invoqua Dieu, lui demandant de ne pas permettre que le froid lui fût nuisible. Alors, elle sentit tout à coup une si grande chaleur, qu’elle tendit les mains à saint Joseph pour qu’il y réchauffât les siennes. Ils se réconfortèrent un peu avec des petits pains et des fruits qu’ils avaient avec eux, et burent de l’eau de la fontaine voisine dans laquelle ils mirent du baume que Joseph portait dans un cruchon. Joseph consola et encouragea la sainte Vierge ; il était si bon ! il souffrait tant de ce que ce voyage était si pénible ! il lui parla du bon logis qu’il espérait lui procurer à Bethléhem. Il connaissait une maison appartenant à de très braves gens, où ils seraient commodément à très bon compte. Il lui vanta Bethléhem en général, et lui dit tout ce qui pouvait la consoler. Cela m’inquiétait, car je savais bien que les choses se passeraient tout autrement.

A ce point de leur voyage, ils avaient passé deux petits cours d’eau ; ils avaient traversé l’un d’eux sur un pont élevé, et les deux ânes avaient passé à gué. La jeune ânesse, qui courait en liberté, avait des allures singulières. Quand la route était bien tracée, entre deux montagnes, par exemple, et qu’on pouvait se tromper, tantôt elle courait derrière les voyageurs, tantôt elle allait bien loin en avant. Quand le chemin se partageait, elle reparaissait toujours et prenait la bonne direction ; lorsqu’ils devaient s’arrêter, elle s’arrêtait elle-même, comme lors de leur halte sous le térébinthe. Je ne sais pas s’ils passèrent la nuit sous cet arbre, ou s’ils atteignirent un autre gîte.

Ce térébinthe était un vieil arbre sacré qui avait fait partie du bois de Moreh, près de Sichem. Abraham, venant de la terre de Chanaan, y avait vu apparaître le Seigneur, qui lui avait promis cette terre pour sa postérité. Il avait élevé un autel sous le térébinthe. Jacob, avant d’aller à Béthel pour y offrir un sacrifice au Seigneur, avait enfoui sous ce térébinthe les idoles de Laban et les bijoux que sa famille avait avec elle. Josué y avait érigé le tabernacle où était l’Arche d’alliance, et y ayant rassemblé le peuple, l’avait fait renoncer aux idoles. C’était aussi en ce lieu qu’Abimélech, fils de Gédéon, avait été proclamé roi par les Sichémites.

(Vendredi, 16 novembre.)

Aujourd’hui, je vis la sainte Famille arriver à une grande ferme, à deux lieues plus au midi que le térébinthe. La maîtresse de la maison était absente, et le maître refusa de recevoir saint Joseph, lui disant qu’il pouvait bien aller plus loin. Quand ils eurent fait un peu de chemin au delà, ils trouvèrent la jeune ânesse dans une cabane de berger, où ils entrèrent aussi. Quelques bergers, qui étaient occupés à la vider, les accueillirent avec beaucoup de bienveillance. Ils leur donnèrent de la paille et de petits paquets de jonc et de ramée pour faire du feu. Ces bergers allèrent à la maison d’où ils avaient été repoussés, et, quand ils racontèrent à la maîtresse de cette maison combien Joseph paraissait bon et pieux, combien sa femme était belle et avait l’air sainte, elle fit des reproches à son mari pour avoir repoussé de si excellentes gens. Je vis aussi cette femme se rendre aussitôt près de la cabane où s’était arrêtée la sainte Vierge ; mais elle n’osa pas entrer par timidité, et retourna chez elle pour y prendre quelques aliments.

Le lieu où ils se trouvaient était sur le flanc septentrional d’une montagne, à peu près entre Samarie et Thébez. A l’orient de ce lieu, au delà du Jourdain, se trouve Succoth ; Ainon est un peu plus au midi, toujours au delà du fleuve ; Salem est en deçà. Il pouvait y avoir douze lieues de là à Nazareth.

Au bout de quelque temps la femme vint avec deux enfants trouver la sainte Famille, apportant avec elle quelques provisions. Elle s’excusa poliment et se montra touchée de leur position. Quand les voyageurs eurent mangé et pris quelque repos, le mari vint aussi et demanda pardon à saint Joseph de l’avoir repoussé. Il lui conseilla de monter encore une lieue vers le sommet de la montagne, lui disant qu’il pouvait arriver à un bon gîte avant le commencement du sabbat et y rester pendant le jour du repos. Ils se mirent alors en route.

Quand ils eurent fait à peu près une lieue en montant toujours, ils arrivèrent à une hôtellerie d’assez bonne apparence, composée de plusieurs bâtiments entourés de jardins et d’arbres. 1 ; y avait aussi là des arbrisseaux qui donnent le baume, rangés en espaliers. Cependant l’hôtellerie était encore sur le côté septentrional de la montagne.

La sainte Vierge avait mis pied à terre. Joseph conduisait l’âne. Ils s’approchèrent de la maison, et Joseph pria l’hôte de les loger ; mais celui-ci s’excusa, parce que son auberge était pleine. Sa femme vint alors, et comme la sainte Vierge s’adressa à elle et lui demanda avec la plus touchante humilité de leur procurer un logement, cette femme ressentit une profonde émotion, et l’hôte aussi ne put plus résister. Il leur arrangea un abri commode dans une cabane voisine, et mit leur âne à l’écurie. L’ânesse n’était pas là ; elle courait en liberté dans les environs. Elle était toujours loin d’eux quand elle n’avait pas à monter le chemin.

Joseph apprêta sa lampe, sous laquelle il se mit en prières avec la sainte Vierge, observant le sabbat avec une piété touchante. Ils mangèrent quelque chose et se reposèrent sur des nattes étendues par terre.

(Samedi, 17 novembre.)

J’ai vu aujourd’hui la sainte Famille rester en ce lieu toute la journée. Marie et Joseph priaient ensemble. Je vis la femme de l’hôte près de la sainte Vierge avec ses trois enfants ; la femme qui les avait accueillis la veille vint aussi la visiter avec ses deux enfants. Elles s’assirent auprès d’elle d’un air très amical, et furent très touchées de la modestie et de la sagesse de Marie. La sainte Vierge s’entretint avec les enfants et leur donna des instructions.

Les enfants avaient de petits rouleaux de parchemin ; Marie les fit lire et leur parla d’une façon si aimable qu’ils ne la quittaient plus des yeux. C’était touchant à voir et encore plus touchant à entendre.

Je vis saint Joseph dans l’après-midi se promener avec l’hôte dans les environs, examiner les jardins et les champs et tenir des discours édifiants. C’est ce que je vois toujours faire aux gens pieux du pays le jour du sabbat. Les saints voyageurs restèrent encore en ce lieu la nuit suivante.

(Le dimanche, 18 novembre.)

Les bons hôteliers d’ici avaient pris la sainte Vierge en affection à un degré incroyable, et ils lui témoignèrent une tendre compassion pour son état. Ils la prièrent amicalement de rester chez eux, et d’y attendre le moment de sa délivrance. Ils lui montrèrent une chambre commode qu’ils voulaient lui donner . La femme lui offrit du fond du coeur tous ses soins et toute son amitié.

Mais ils reprirent leur voyage de grand matin, et descendirent par le côté sud-est de la montagne dans une vallée. Ils s’éloignèrent alors davantage de Samarie, où semblait les conduire la direction qu’ils avaient prise jusque-là. Pendant qu’ils descendaient, ils pouvaient voir le temple qui est sur le mont Garizim. On l’aperçoit de très loin. Il y a sur le toit plusieurs figures de lions ou d’autres animaux qui brillent au soleil.

Je les vis faire aujourd’hui environ six lieues ; vers le soir, étant dans une plaine à une lieue au sud-est de Sichem, ils entrèrent dans une assez grande maison de bergers où ils furent bien accueillis. Le maître de la maison était chargé de surveiller des vergers et des champs qui dépendaient d’une ville voisine. La maison n’était pas tout à fait dans la plaine, mais sur une pente. Ici, tout était plus fertile et en meilleure condition que dans le pays parcouru précédemment ; car ici, on était tourné vers le soleil, ce qui, dans la terre promise, fait une différence considérable à ce moment de l’année D’ici jusqu’à Bethléhem il y avait beaucoup de semblables habitations de bergers, dispersées dans les vallées.

Les gens d’ici étaient de ces bergers dont plusieurs serviteurs des trois rois mages, restés en Palestine, épousèrent plus tard les filles. D’une de ces unions provenait un jeune garçon que Notre Seigneur guérit, dans cette même maison, à la prière de la sainte Vierge, le 31 juillet (7 du mois d’Ab), de sa seconde année de prédication, après son colloque avec la Samaritaine. Jésus le prit ainsi que deux autres jeunes gens pour l’accompagner dans le voyage qu’il fit en Arabie, après la mort de Lazare, et il devint plus tard disciple du Sauveur. Jésus s’arrêta souvent ici, et y enseigna Il y avait des enfants dans cette maison. Joseph les bénit avant son départ.

XLVII – Continuation du voyage jusqu’à Bethléhem.

(Le lundi, 19 novembre.)

Aujourd’hui je les vis suivre un chemin plus uni. La sainte Vierge allait de temps en temps à pied. Ils trouvaient plus souvent des haltes commodes où ils se réconfortaient. Ils avaient avec eux des petits pains et une boisson à la fois rafraîchissante et fortifiante, dans de petites cruches très élégantes qui avaient deux anses et brillaient comme du bronze. C’était du baume qu’on mêlait avec l’eau. Ils cueillaient aussi des baies et des fruits qui pendaient encore aux arbres et aux buissons dans certains endroits exposés au soleil. Le siège de Marie sur l’âne avait à droite et à gauche des espèces de rebords sur lesquels les pieds s’appuyaient, de sorte qu’ils ne pendaient pas comme chez les gens de la campagne qui vont à cheval dans notre pays. Ses mouvements étaient singulièrement posés et décents. Elle s’asseyait alternativement à droite et à gauche. La première chose que faisait Joseph quand on faisait une halte ou qu’on entrait quelque part était de chercher une place où la sainte Vierge pût s’asseoir et se reposer commodément. Il se lavait souvent les pieds ainsi que Marie ; en général, ils se lavaient souvent.

Il faisait déjà nuit lorsqu’ils arrivèrent à une maison isolée ; Joseph frappa et demanda l’hospitalité. Mais le maître du logis ne voulut pas ouvrir ; et quand Joseph lui représenta la situation de Marie, qui n’était pas en état d’aller plus loin, ajoutant qu’il ne demandait pas à être logé gratuitement, cet homme dur et grossier répondit que sa maison n’était pas une auberge, qu’il voulait qu’on le laissât tranquille et qu’on cessât de frapper, et autres choses semblables. Cet homme intraitable n’ouvrit même pas, mais fit sa grossière réponse à travers la porte fermée. Ils continuèrent donc leur chemin, et au bout de quelque temps ils entrèrent dans un hangar prés duquel ils trouvèrent l’ânesse arrêtée. Joseph se procura de la lumière et prépara une couche pour la sainte Vierge, qui l’y aida. Il fit aussi entrer l’âne, pour lequel il trouva de la litière et du fourrage. Ils prièrent, mangèrent un peu et dormirent quelques heures.

De la dernière auberge jusqu’ici il pouvait y avoir six lieues de chemin. Ils étaient maintenant à environ vingt-six lieues de Nazareth et à dix de Jérusalem. Jusqu’alors ils n’avaient pas suivi la grand-route, mais avaient traversé plusieurs chemins de communication qui allaient du Jourdain à Samarie, et aboutissaient aux grandes routes qui conduisaient de Syrie en Egypte. Les chemins de traverse qu’ils suivaient étaient très étroits ; dans la montagne, ils étaient souvent si resserrés, qu’il fallait beaucoup de précautions pour y avancer sans broncher. Mais les ânes y marchaient d’un pas très assuré. Leur gîte actuel était sur un terrain uni.

(Le mardi, 20 novembre)

Ils quittèrent cet endroit avant le jour. Le chemin redevint un peu montant. Je crois qu’ils touchèrent à la route qui conduisait de Gabara à Jérusalem, et qui formait en cet endroit la limite entre la Samarie et la Judée. Ils furent encore une fois grossièrement repoussés d’une maison. Comme ils étaient à plusieurs lieues au nord-est de Béthanie, il arriva que Marie étant très fatiguée éprouva le besoin de prendre quelque chose et de se reposer. Alors Joseph se détourna du chemin pour aller à une demi lieue de là dans un endroit où se trouvait un beau figuier, qui était ordinairement chargé de fruits. Cet arbre était entouré de bancs où l’on pouvait se reposer, et Joseph le connaissait depuis un de ses précédents voyages. Mais, quand ils y arrivèrent, ils n’y trouvèrent pas un seul fruit, ce qui les attrista. Je me souviens confusément que plus tard Jésus rencontra cet arbre, qui était couvert de feuilles vertes, mais qui ne portait plus de fruits. Je crois que le Seigneur le maudit dans un voyage qu’il fit après s’être enfui de Jérusalem, et qu’il se dessécha entièrement ‘.

La soeur était tellement malade lorsqu’elle raconta ceci, qu’elle ne put pas indiquer bien précisément dans quel lieu était ce figuier, qui n’est pas du reste le figuier maudit de l’Evangile.

Ils s’approchèrent ensuite d’une maison dont le maître commença par traiter grossièrement Joseph, qui lui demandait humblement l’hospitalité. Il regarda la sainte Vierge à la lueur de sa lanterne, et railla Joseph de ce qu’il menait avec lui une femme aussi jeune. Mais la maîtresse de la maison s’approcha ; elle eut pitié de la sainte Vierge, leur offrit amicalement une chambre dans un bâtiment attenant à la maison, et leur porta même quelques petits pains. Le mari se repentit aussi de sa grossièreté, et se montra très serviable envers les saints voyageurs.

Ils allèrent plus tard dans une troisième maison, habitée par un jeune ménage. On les y accueillit, mais sans beaucoup de courtoisie : on ne s’occupa guère d’eux. Ces gens n’étaient pas des bergers aux moeurs simples, mais, comme les riches paysans de ce pays, assez occupés d’affaires, de négoce, etc.

Jésus visita une de ces maisons, après son baptême, le 20 octobre (16 du mois de Tisri). On avait fait un oratoire de la chambre où ses parents avaient passé la nuit. Je ne sais pas bien si ce n’était pas la maison dont le maître avait d’abord raillé saint Joseph. Je me souviens confusément qu’on avait fait cet arrangement après les miracles qui signalèrent la naissance du Sauveur.

Joseph fit des haltes fréquentes à la fin du voyage ; car la sainte Vierge en était de plus en plus fatiguée. Ils suivirent le chemin que leur indiquait la jeune ânesse, et firent un détour d’une journée et demie à l’est de Jérusalem. Le père de Joseph avait possédé des pâturages dans cette contrée, et il la connaissait très bien. s’ils avaient traversé directement le désert qui est au midi derrière Béthanie, ils auraient atteint Bethléhem en six heures ; mais ce chemin était montueux et très incommode dans cette saison. Ils suivirent donc l’ânesse le long des vallées et se rapprochèrent un peu du Jourdain.

(Le mercredi, 21 novembre.)

Je vis aujourd’hui les saints voyageurs entrer en plein jour dans une grande maison de bergers, qui pouvait être à trois lieues de l’en. droit où Jean baptisait dans le Jourdain, et à environ sept lieues de Bethléhem. C’est la maison où, trente ans après, Jésus passa la nuit, le il octobre, la veille du jour où, pour la première fois après son baptême, il passa devant Jean-Baptiste. Près de cette maison, se trouvait une grange séparée où étaient déposés les instruments de labourage et ceux dont se servaient les bergers. Il y avait dans la cour une fontaine entourée de bains, qui recevaient par des conduits l’eau de cette fontaine. Le maître de la maison devait avoir des propriétés étendues ; il y avait là une exploitation considérable. Je vis aller et venir plusieurs valets qui prirent là leur repas.

Le maître de la maison accueillit les voyageurs très amicalement et se montra fort serviable. On les conduisit dans une chambre commode, et on prit soin de leur âne. Un domestique lava les pieds de Joseph à la fontaine et lui donna d’autres habits, pendant qu’on nettoyait les siens qui étaient couverts de poussière ; une servante rendit les mêmes offices à la sainte Vierge. Ils prirent leur repas dans cette maison et y dormirent.

La maîtresse de la maison était d’un caractère assez bizarre, et elle resta renfermée dans sa chambre. Elle avait regardé les voyageurs à la dérobée ; et comme elle était jeune et vaine, la beauté de la sainte Vierge lui avait déplu ; elle craignait, en outre, que Marie ne s’adressât à elle, ne voulut rester dans sa maison et y faire ses couches ; aussi eut-elle l’impolitesse de ne pas se montrer et prit-elle ses mesures pour que les voyageurs partissent le jour suivant. C’est la femme que Jésus, trente ans après, le il octobre, trouva dans cette maison, aveugle et courbée en deux, et qu’il guérit, après lui avoir donné quelques avis sur son inhospitalité et sa vanité. Il y avait aussi des enfants dans la maison. La sainte Famille y passa la nuit.

(Le jeudi, 22 novembre.)

Aujourd’hui, vers midi, je vis la sainte Famille quitter le lieu où elle avait logé la veille.

Quelques habitants de la maison l’accompagnèrent jusqu’à une certaine distance. Après un court voyage d’environ deux lieues, elle arriva sur le soir à un lieu que traversait une grande route, bordée de chaque coté d’une longue rangée de maisons avec des cours et jardins. Joseph avait des parents qui demeuraient là. Il me semble que c’étaient les enfants du second mariage d’un beau-père ou d’une belle-mère. Leur maison avait beaucoup d’apparence. Ils traversèrent pourtant cet endroit d’un bout à l’autre ; puis, à une demi lieue de là, ils tournèrent à droite dans la direction de Jérusalem, et arrivèrent à une grande auberge, dans la cour de laquelle se trouvait une fontaine avec plusieurs conduits. Il y avait là beaucoup de gens rassemblés : on y faisait des funérailles.

L’intérieur de la maison, au centre de laquelle se trouvait le foyer avec un conduit pour la fumée, avait été transformé en une grande pièce par la suppression de cloisons mobiles qui formaient ordinairement plusieurs chambres séparées ; derrière le foyer étaient suspendues des tentures noires, et en face se trouvait quelque chose qui ressemblait à une bière recouverte en noir. Il y avait là plusieurs hommes qui priaient ; ils portaient de longues robes noires, et par-dessus des robes blanches plus courtes ; quelques-uns avaient une espèce de manipule noir à franges suspendu au bras. Dans une autre chambre se trouvaient les femmes, entièrement enveloppées dans leurs vêtements ; elles étaient assises sur des coffres très bas et pleuraient. Les maîtres de la maison, tout occupés de la cérémonie funèbre, se contentèrent de faire signe aux voyageurs d’entrer ; mais les domestiques les accueillirent très bien et prirent soin d’eux. On leur prépara un logement à part formé avec des nattes suspendues, ce qui le faisait ressembler à une tente. Je vis plus tard les hôtes visiter la sainte Famille et s’entretenir amicalement avec elle. Ils n’avaient plus leurs vêtements blancs de dessus. Joseph et Marie, après avoir pris un peu de nourriture, prièrent ensemble et se reposèrent.

(Le vendredi, 23 novembre.)

Aujourd’hui, vers midi, Joseph et Marie se mirent en route pour Bethléhem, dont ils étaient encore éloignés d’environ trois lieues. La maîtresse de la maison les engagea à rester, parce qu’il lui semblait que Marie pouvait accoucher d’un moment à l’autre. Marie répondit, après avoir baissé son voile, qu’elle avait encore trente-six heures à attendre. Je ne sais pas bien si elle ne dit pas trente-huit. Cette femme les aurait gardés volontiers, non pas pourtant dans sa maison, mais dans un autre bâtiment. Je vis, au moment du départ, Joseph parler de ses ânes avec l’hôte ; il fit l’éloge de ces animaux, et dit qu’il avait pris l’ânesse avec lui pour la mettre en gage en cas de nécessité. Comme les hôtes parlaient de la difficulté de trouver un logement à Bethléhem, Joseph dit qu’il y avait des amis et qu’il y serait certainement bien accueilli. J’étais toujours peinée de l’entendre parler avec tant d’assurance du bon accueil qu’il attendait. Il en parla encore à Marie pendant la route. On voit par là que même d’aussi sainte personnages peuvent se tromper.

XLVIII – Bethléhem.-Arrivée de le sainte Famille.

(Le vendredi, 23 novembre.)

Le chemin, depuis le dernier gîte jusqu’à Bethléhem, pouvait être d’à peu près trois lieues. Ils firent un détour au nord de Bethléhem, et s’approchèrent de la ville par le côté du couchant. Ils firent une halte sous un arbre, en dehors de la route. Marie descendit de l’âne et mit ses vêtements en ordre Alors Joseph se dirigea avec elle vers un grand édifice ; entouré d’autres bâtiments plus petits et de cours ; il était à quelques minutes en avant de Bethléhem ; il y avait aussi là des arbres, et beaucoup de gens avaient dressé des tentes alentour. C’était l’ancienne maison de la famille de David, qu’avait possédée le père de Joseph. De parents ou des connaissances de Joseph y habitaient encore, mais ils le traitèrent en étranger et ne voulurent pas le reconnaître. C’était maintenant la maison où l’on recevait les impôts pour le gouvernement romain.

Joseph, accompagné de la sainte Vierge et tenant l’âne par la bride, se rendit à cette maison ; car tous ceux qui arrivaient devaient s’y faire connaître et y recevaient un billet sans lequel or. ne laissait pas entrer à Bethléhem.

La soeur dit ensuite, mettant quelques intervalles entre ses paroles :

La jeune ânesse n’est pas avec eux ; elle court autour de la ville, vers le midi ; il y a là un petit vallon. Joseph est entré dans le grand bâtiment; Marie est dans une petite maison sur la cour, avec des femmes. Elles sont assez bienveillantes pour elle et lui donnent à manger… Ces femmes font la cuisine pour les soldats… Ce sont des soldats romains ; ils ont des courroies qui pendent autour des reins… Il fait ici un temps agréable et pas du tout froid ; le soleil se montre au-dessus de la montagne qui est entre Jérusalem et Béthanie. On a d’ici une très belle vue… Joseph est dans une grande pièce qui n’est pas au rez-de-chaussée ; on lui demande qui il est, et on consulte de grands rouleaux, dont plusieurs sont suspendus aux murs ; on les déploie, et on lit sa généalogie et aussi celle de Marie. Il ne paraissait pas savoir qu’elle aussi, par Joachim, descend en droite ligne de David… L’homme lui demande où est sa femme.

Il y a sept ans qu’on n’a taxé régulièrement les gens de ce pays ; il y a eu du désordre et de la confusion. Cet impôt est en vigueur depuis deux mois ; ou le payait de temps en temps pendant les sept années précédentes, mais pas régulièrement. Il faut maintenant payer deux fois. Joseph est arrivé un peu tard pour payer l’impôt ; mais on l’a traité très poliment. Il n’a pas encore payé. On lui a demandé quels étaient ses moyens d’existence, et il a répondu qu’il n’avait pas de biens-fonds, qu’il vivait de son métier et qu’il était en outre aidé par sa belle mère.

Il y a une grande quantité d’écrivains et d’employés importants dans la maison. Dans le haut sont des Romains et plusieurs soldats ; il y a des pharisiens, des saducéens, des prêtres, des anciens, un certain nombre de scribes et de fonctionnaires, tant Juifs que Romains. II n’y a pas de comité de ce genre à Jérusalem, mais il s’en trouve en plusieurs autres endroits du pays : par exemple, à Magdalum, près du lac de Génésareth, où des gens de la Galilée viennent payer, ainsi que des gens de Sidon, à cause de certaines affaires de commerce, à ce que je suppose : il n’y a que ceux qui n’ont pas de biens-fonds d’après lesquels on puisse les taxer, qui soient obligés de se rendre au heu de leur naissance.

Le produit de l’impôt, d’ici à trois mois, sera divisé en trois parties dont chacune aura une destination différente. La première est au profit de l’empereur Auguste, d’Hérode et d’un autre prince qui habite dans le voisinage de l’Egypte. Il a pris part à une guerre et il possède des droits sur une portion du pays, ce qui fait qu’on doit lui payer quelque chose. La seconde part est pour la construction du temple : il semble qu’elle doive servir à éteindre une dette. La troisième part doit être pour les veuves et les pauvres qui n’ont rien reçu depuis longtemps ; mais, comme il arrive souvent de nos jours, cet argent ne va guère à qui de droit. On donne de beaux prétextes pour lever ces impôts et presque tout reste dans les mains des gens puissants.

Quand ce qui concernait Joseph fut réglé, on fit venir aussi la sainte Vierge devant les scribes, mais ils ne lui lurent pas leurs papiers. Ils dirent à Joseph qu’il n’aurait pas été nécessaire qu’il amenât sa femme avec lui, et ils eurent l’air de le plaisanter à cause de la jeunesse de Marie, ce qui le rendit un peu confus.

XLIX – Joseph cherche inutilement un logement. Ils vont à la grotte de la crèche.

Ils entrèrent alors à Bethléem dont les maisons étaient séparées les unes des autres par d’assez longs intervalles. On entrait à travers des décombres et comme par une porte détruite. Marie se tint tranquillement près de l’âne au commencement de la rue, et Joseph chercha vainement un logement dans les premières maisons, car il y avait beaucoup d’étrangers à Bethléhem, et on voyait beaucoup de gens courant ça et là. Il revint vers Marie, et lui dit qu’on ne pouvait pas trouver à se loger là, et au il fallait aller plus avant dans la ville. Il conduisit l’âne par la bride, pendant que la sainte Vierge marchait à côté de lui. Quand ils furent à l’entrée d’une autre rue, Marie resta de nouveau près de l’âne, pendant que Joseph allait de maison en maison sans pouvoir en trouver une où l’on voulût le recevoir. Il revint bientôt tout attristé. Cela se répéta plusieurs fois, et souvent la sainte Vierge eut bien longtemps à attendre. Partout la place était prise, partout on le rebuta, et il finit par dire à Marie qu’il fallait aller dans une autre partie de Bethléhem, où ils trouveraient sans doute ce qu’ils cherchaient. Ils revinrent alors sur leurs pas, dans la direction contraire à celle qu’ils avaient prise en venant, puis ils tournèrent au midi. Ils suivirent une rue qui ressemblait plutôt à un chemin dans la campagne, car les maisons étaient isolées et placées sur de petites élévations. La aussi. toutes les tentatives furent vaines.

Arrivés de l’autre côté de Bethléhem, où les maisons étaient encore plus dispersées, ils y trouvèrent un grand espace vide situé dans un fond: c’était comme un champ désert dans la ville. Il y avait là une espèce de hangar, à peu de distance un grand arbre assez semblable à un tilleul, dont le tronc était lisse, et dont les branches s’étendaient au loin et formaient comme un toit autour de lui. Joseph conduisit la sainte Vierge à cet arbre ; il lui arrangea avec des paquets un siège commode au pied du tronc ; afin qu’elle pût se reposer pendant qu’il chercher : il fit encore un logement dans les maisons d’alentour. l’âne resta la tête tournée vers l’arbre. Marie se tint d’abord debout, appuyée contre le tronc. Sa robe de laine blanche n’avait pas de ceinture et tombait en plis autour d’elle, sa tête était couverte d’un voile blanc. Plu sieurs personnes passèrent et la regardèrent, ne sachant pas que leur Sauveur fût si près d’elles. Combien elle était patiente, humble et résignée ! Il lui fallut attendre bien longtemps, et elle s’assit enfin sur les couvertures, les mains jointes sur la poitrine et la tête baissée. Joseph revint tout triste vers elle ; il n’avait pas pu trouver de logement. Les amis dont il avait parlé à la sainte Vierge voulaient à peine le reconnaître. Il pleurait et Marie le consolait. Il alla encore de maison en maison, mais comme. pour faire mieux accueillir ses prières, il parlait de la prochaine délivrance de sa femme, il s’attirait par là des refus plus formels.

Le lieu était solitaire ; mais à la fin quelques passants s’étaient arrêtés et regardaient de loin avec curiosité, comme on fait ordinairement quand on voit quelqu’un rester longtemps à la même place à la chute du jour. Je crois que quelques-uns adressèrent la parole à Marie et lui demandèrent qui elle était. Enfin Joseph revint : il était tellement troublé qu’il osait à peine s’approcher d’elle. Il lui dit que tout était inutile, mais qu’il connaissait en avant de la ville un endroit où les bergers s’établissaient souvent quand ils venaient à Bethléhem avec leurs troupeaux, et qu’ils trouveraient là au moins un abri. Il connaissait ce lieu depuis sa jeunesse : quant ses frères le tourmentaient, il s’y retirait souvent pour y prier à l’abri de leurs persécutions. Il disait que si les bergers y venaient, il s’arrangerait aisément avec eux, et que du reste ils s’y tenaient rarement à cette époque de l’année. Quand elle y serait tranquillement établie, ajoutait-il, il ferait de nouvelles recherches

Ils sortirent alors par le côté oriental de Bethléhem, suivant un sentier désert qui tournait à gauche. C’était un chemin semblable à celui que l’on suivrait en marchant le long des- murs écroulés, des fossés et des fortifications en ruine d’une petite ville. Le chemin montait d’abord un peu, puis il descendait la pente d’un monticule, et il les conduisit, à quelques minutes à l’est de Bethléhem, devant le lieu qu’ils cherchaient, près d’une colline ou d’un vieux rempart en avant duquel se trouvaient quelques arbres. C’étaient des arbres verts (des térébinthes ou des cèdres), et d’autres arbres qui avaient des petites feuilles comme celles du buis.

Nous voulons maintenant, autant que possible, décrire les alentours de la colline et la disposition intérieure de la grotte de la Crèche, d’après les indications données à plusieurs reprises par la soeur Emmerich, afin de n’avoir pas à interrompre plus tard la narration.

L. – Description de la grotte de la Crèche et de ses alentours.

A l’extrémité méridionale de la colline autour de laquelle tournait le chemin qui conduisait dans la vallée des bergers, se trouvait, indépendamment de plusieurs autres grottes ou caves creusées dans le roc, la grotte où Joseph chercha un abri pour la sainte Vierge. L’entrée, tournée au couchant, conduisait par un passage étroit à une espèce de chambre, arrondie d’un côté, triangulaire de l’autre, située dans la partie orientale de la colline. La grotte était creusée dans le roc par la nature ; seulement du côté du midi où passait le chemin qui conduisait à la vallée des bergers, on avait fait quelques réparations au moyen d’une maçonnerie grossière.

De ce côte ; qui regardait le midi, il y avait une autre entrée. Mais elle était ordinairement bouchée, et Joseph la rouvrit pour son usage. En sortant par là, on trouvait à main gauche une ouverture plus large qui conduisait à un caveau étroit, incommode, placé à une plus grande profondeur et allant jusque sous la grotte de la Crèche. L’entrée ordinaire de la grotte de la Crèche regardait le couchant. On pouvait voir de là les toits de quelques maisons de Bethléhem. Si en sortant par là on tournait à droite, on arrivait à l’entrée d’une grotte plus profonde et plus obscure, dans laquelle la sainte Vierge se cacha une fois.

Il y avait devant l’entrée du couchant un toit de jonc, appuyé sur des pieux, qui se prolongeait aussi au midi jusqu’au-dessus de l’entrée qui était de ce côté, en sorte qu’on pouvait être à l’ombre devant la grotte. A sa partie méridionale, la grotte avait dans le haut trois jours grillés par où venaient l’air et la lumière ; une ouverture semblable se trouvait dans la voûte du rocher. Elle était recouverte de gazon et formait l’extrémité de la hauteur sur laquelle Bethléhem était située.

L’intérieur de la grotte, suivant les descriptions données par la soeur à plusieurs reprises, était à peu près disposé comme il suit : du côté du couchant, on entrait par une porte de branches entrelacées dans un corridor de moyenne largeur, aboutissant à une chambre de forme irrégulière, moitié ronde, moitié triangulaire, laquelle s’étendait surtout du côté du midi, en sorte que le plan de la grotte entière pouvait être comparé à une tête reposant sur son cou.

Quand on passait, du corridor qui était moins élevé, dans là grotte creusée par la nature, on descendait sur un sol plus bas ; cependant le sol se relevait tout autour de la grotte, qui était entourée comme d’un banc de pierre de largeur variable. Les parois de la grotte, sans être tout à fait polies, étaient cependant assez unies et assez propres et avaient pour moi quelque chose d’agréable à voir. Au nord du corridor se trouvait l’entrée d’une grotte latérale plus petite. En passant devant cette entrée on arrivait à l’endroit où Joseph allumait le feu ; puis la paroi tournait au nord-est dans l’autre grotte plus spacieuse et plus élevée. Ce fut là que plus tard fut mis l’âne de Joseph. Derrière cette place était un recoin assez grand pour recevoir l’âne et où il y avait du fourrage.

C’était dans la partie orientale de cette grotte, en face de l’entrée, que se trouvait la sainte Vierge lorsque la lumière du monde sortit d’elle. Dans la partie qui s’étendait au midi se trouvait la crèche où l’on adora l’Enfant Jésus. La crèche n’était autre chose qu’une auge creusée dans la pierre qui servait pour faire boire les bestiaux. Au-dessus était une mangeoire évasée, formée d’un treillis en bois et élevée sur quatre pieds, de façon que les animaux pouvaient prendre commodément l’herbe ou le foin qu’on y avait placés, et n’avaient qu’à baisser la tête pour boire dans l’auge de pierre qui était au-dessous.

C’était en face de la crèche, au levant de cette partie de la grotte, qu’était assise ‘a sainte Vierge avec l’Enfant-Jésus quand les trois rois mages offrirent leurs présents Si en partant de la crèche on tournait à l’ouest dans le corridor qui précédait la grotte, on passait devant l’entrée méridionale déjà mentionnée, et on arrivait à un endroit dont saint Joseph fit plus tard sa chambre en le séparant du reste avec des cloisons en clayonnage. Il y avait de ce côté un enfoncement où il déposait toute sorte de choses.

En dehors de la partie méridionale de la grotte passait le chemin qui menait à la vallée des bergers. Il y avait ça et là sur des collines de petites maisons, et dans la plaine quelques hangars avec des toits de roseaux portés sur des pieux. Au-devant de la grotte, la colline s’abaissait dans une vallée sans issue, fermée au nord et large d’environ un demi quart de lieue.

Il y avait la des buissons, des arbres et des jardins En traversant une belle prairie où coulait une source, et en passant sous des arbres rangs régulièrement, on arrivait au côté oriental de cette vallée, ou se trouvait, dans une colline faisant saillie, la grotte du tombeau de Maraha, nourrice d’Abraham. Cette grotte est appelée aussi grotte au Lait ; la sainte Vierge y séjourna avec l’Enfant-Jésus en diverses occasions. Au-dessous était un grand arbre dans lequel on avait pratiqué des sièges. On voyait mieux Bethléhem de cet endroit que de l’entrée de la grotte de la Crèche.

J’ai appris beaucoup de choses qui se sont passées anciennement dans la grotte de la Crèche. Je me souviens seulement que Seth, l’enfant de la promesse, y fut conçu et mis au monde par Eve, après une pénitence de sept ans.

C’est là qu’un ange lui dit que Dieu lui avait donné ce rejeton à la place d’Abel. Seth fut caché et nourri dans cette grotte et dans cette de Maraha, car ses frères en voulaient à sa vie, comme les enfants de Jacob à celle de Joseph. A une époque très reculée où les hommes habitaient dans des grottes, je les ai vus souvent faire des excavations dans la pierre pour qu’eux et leurs enfants pussent y dormir commodément sur des peaux de bêtes ou sur des lits de gazon. L’excavation pratiquée dans le rocher, sous la crèche, peut donc avoir servi de couche à Seth ou à des habitants postérieurs de la grotte. Je n’en ai pourtant pas la certitude.

Je me souviens aussi d’avoir vu, dans mes contemplations sur les années de la prédication de Jésus, que, le 6 octobre, le Seigneur, après son baptême, célébra le sabbat dans la grotte de la Crèche, dont les bergers avaient fait un oratoire.

A suivre …

Les notes précédées de la mention NDM sont des Notes de Miléna, les autres notes font partie de la version originale.

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