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Jiddhu-KrishnamurtiKRISHNAMURTI : Je pense que ce serait une bonne chose qu’ensemble, ce matin, nous nous demandions si, ici même, dans cette communauté, chacun de nous s’épanouit, grandit intérieurement. Ou si nous avançons, chacun dans une étroite ornière, de sorte que, abordant la fin de notre vie, nous nous rendrons compte que nous n’avons jamais saisi l’occasion de nous épanouir totalement et nous passerons les jours qui nous resteront à le regretter. Voulez-vous que nous parlions de cela ?

Nous devrions tous, je pense, non seulement en tant qu’élèves à Brockwood, mais aussi en qualité d’éducateurs, nous demander si intérieurement, et peut-être aussi extérieurement – l’un et l’autre étant en fait liés – nous nous développons, non pas si nous gagnons en taille et en vigueur, mais si intérieurement, psychologiquement, nous fleurissons.

Par fleurir, je veux-dire que rien ne nous entrave, ne nous bloque ni ne nous empêche de vraiment croître profondément, intérieurement. La plupart d’entre nous ne fleurissons, ne croissons, ne nous épanouissons pour ainsi dire jamais. Il se produit quelque chose au cours de notre vie qui nous rabougrit, nous insensibilise, de sorte qu’il n’y a pas de nourriture intérieure profonde.

Peut-être est-ce parce que le monde tel qu’il est exige de nous que nous devenions des spécialistes – médecins, savants, archéologues, philosophes, etc. ; c’est peut-être là une des raisons pour lesquelles psychologiquement nous semblons ne pas croître… immensément.

Voilà donc à mon avis une des questions dont nous devrions parler. Petite communauté d’enseignants et d’élèves, vivant ici ensemble, qu’est-ce qui nous empêche de fleurir. Est-ce la profondeur du conditionnement que nous font subir notre société, nos parents, notre religion, et même notre savoir ? Toutes ces forces du milieu dans lequel nous vivons agissent-elles en fait pour prévenir, bloquer, entraver l’épanouissement ? Comprenez-vous ma question ? Vous ne comprenez pas ?

Regardez. Si je suis catholique, mon esprit, mon cerveau, toute ma structure psychologique sont, de ce fait même, conditionnés, n’est-ce-pas ? Mes parents me disent que je suis catholique, je vais à l’église chaque dimanche ; il y a la messe, avec toute sa beauté, les effluves, les parfums, les fidèles chapeautés et habillés de neuf, qui s’observent, il y a les psalmodies du prêtre – tout cela conditionne l’esprit et exclut toute floraison. Comprenez-vous ? Je me déplace dans une certaine ornière, dans un chemin déterminé, au sein d’un système donné, et cette voie-là, ce système, cette activité même à une action restrictive – en conséquence, l’épanouissement ne survient jamais.

Comprenez-vous maintenant ma question ’ ? Est-ce cela ce qui se passe ici ?

Sommes-nous si lourdement conditionnés par les innombrables événements et incidents, par les nombreuses pressions et affirmations – des parents, de la société et tout ce qui s’ensuit – que nous n’arrivons pas à suivre le cours qui est le nôtre aisément, avec bonheur, à croître ? Si nous le sommes, alors est-ce que Brockwood, où nous nous trouvons actuellement, nous aide à démanteler notre conditionnement ? Saisissez-vous maintenant ma question ? Et si Brockwood ne nous aide pas de cette façon, quelle est son utilité ? Pourquoi avoir un Brockwood, si en définitive vous allez vous retrouver comme les millions de gens qui n’ont jamais perçu, interrogé, vécu, en ce sens qu’ils ont toujours ignoré cet approfondissement immense, ce vaste mouve­ment, cette floraison ? Vous comprenez ma question ?

Elève :A l’extérieur, vous savez, il y a trop de pressions.

KRISHNAMURTI : Vous dites qu’il y a trop de pressions. Approfondissez cela, lentement, explorez. Si vous ne subissiez aucune pression, feriez-vous quoi que ce soit ? Seriez-vous attentif maintenant ? J’exerce une pression sur vous, vous comprenez. C’est vrai que je ne vous poursuis pas physiquement, mais j’appelle votre attention sur quelque chose – et cela, pour vous, revient à subir une pression, parce que vous ne voulez pas regarder. Vous voulez vous amuser dans la vie. Vous vous voyez comme un être à part, vous voulez faire quelque chose d’extraordinaire, et par conséquent vous négligez tout le reste. Si aucune pression ne vous atteignait, seriez-vous actif ? Ou au contraire deviendriez-vous de plus en plus paresseux, indifférent et finiriez-vous par vous étioler ? Bien que vous ayez peut-être un mari ou une femme, des enfants, une maison, un emploi et tout ce qui s’ensuit – avez-vous jamais, intérieurement, connu l’épanouissement ?

Donc, la pression qui s’exerce ici, est-elle la bonne ? Comprenez-vous ? Est-elle de par sa nature celle qui convient » Par cette pression, j’entends non pas la contrainte, ni l’incitation à imiter, ni le plaisir de réussir, de grimper les échelons, de devenir quelqu’un, mais la pression qui aide à grandir intérieurement. Suivez-vous ? Car sans épanouissement, on mène une vie banale, matérielle, et on meurt, à 60 ans, ou à 80 ans. Tel est le lot habituel de tout un chacun – vous en êtes-vous rendu compte ? Et lorsque vous observez tout cela, quelle est votre réaction, qu’en dites-vous ?

Élève. On se demande si cela vaut la peine de vivre une vie comme celle-là.

KRISHNAMURTI. Regardez, mon ami. On voit, à mesure que l’on grandit, que très peu de gens sont heureux, qu’il y a trop de pressions, de concurrence – mille personnes pour un seul poste – qu’il y a surpopulation. Tout au monde devient de plus en plus hasardeux. Vous compre­nez ? Et lorsque vous observez tout cela, comment réagissez-vous ?

Élève. Je vois mes parents vieillir. Ils se démènent sans nécessité, mais par crainte de regarder tout cela.

KRISHNAMURTI. Ainsi, d’après vous, la plupart des gens sont en quête de sécurité physique, et, peut-être de sécurité psychologique. La sécurité, biologique ou psychologique, vous donnera-t-elle ce sentiment d’épanouissement ? Vous comprenez ? J’emploie le mot épanouir dans le sens de prendre son entier développement, comme une fleur qui pousse sans entrave dans un champ. Maintenant, est-ce que vous cherchez la sécurité, extérieure aussi bien qu’intérieure ? Êtes-vous psychologiquement dépendant d’un tiers, tributaire d’une croyance, de l’identification à une nation, à un groupe ; ou vous lancez-vous dans l’étude d’une matière technique particulière, en y travaillant très dur, pour trouver, là aussi, un sentiment de sécurité intérieure ? Recherchez-vous la sécurité psychologique dans un savoir quelconque ?

Il faut se poser toutes ces questions pour découvrir, n’est-ce pas ? Il faut se demander si la sécurité psychologique existe ? Comprenez-vous ma question ? Voyez donc – je suis tributaire de mon mari ou de ma femme, pour beaucoup, beaucoup de raisons ; pour trouver du réconfort, des satisfactions sexuelles, un encouragement quand je me sens seul, déprimé, pour avoir quelqu’un qui me dise « ne t’en fais pas, tu t’en sors très bien », qui me tape sur l’épaule et me répète quelle personne bien je suis, de sorte que petit à petit, j’en arrive à me sentir plus à l’aise, et, en définitive, je m’attache à cet être et me retrouve plus fortement sous son empire. De telles relations donnent une certaine assurance, mais, dans la réalité des faits, y trouve-t-on vraiment la moindre sécurité ?

Élève. Ces relations sont très fragiles.

KRISHNAMURTI. Elles sont très fragiles, mais est-il des relations capables d’offrir une sécurité permanente ? Vous allez tomber amoureux, éprouver de l’amour l’un pour l’autre – pour ce que cela veut dire -, et pendant quelques années, vous serez attaché l’un à l’autre, vous dépen­drez l’un de l’autre sur tous les plans, biologiquement aussi bien que psychologiquement, et dans les relations qui s’établiront entre vous, vous rechercherez tout le temps la perpétuation de vos sentiments, n’est-ce-pas ? Non ? Tout au moins vous espérerez la trouver. Mais avant de vous enfoncer tout à fait – de vous laisser aller à ce que vous appelez « vous aimer » – ne devez-vous pas chercher à savoir s’il y a la moindre sécurité dans les relations, quelles qu’elles soient, qui existent entre être humains ? – ce qui ne revient pas à se condamner à une solitude désolante, sans espoir.

On se sent solitaire ; laissé à soi-même, on est mal à l’aise, on est incomplet par soi-même ; on a peur de ne pas pouvoir vivre seul ; alors, progressivement, pris par la crainte, on commence à s’attacher à quelqu’un – ou à quelque chose. Et alors, que se passe-t-il ? S’étant attaché, on a tout aussi peur, parce qu’on risque de perdre l’objet de son attachement. N’est-ce pas vrai ? La personne en cause peut se détourner, peut tomber amoureuse de quelqu’un d’autre. Je pense donc qu’il est très important de voir avec une clarté extrême si oui ou non les relations ainsi nouées peuvent être source de sécurité.

Dans les relations, qu’est-ce que l’amour ? Suivez-vous ? L’amour, dans les relations, est-il un sentiment de haute satisfaction, de grande sécurité ? Si l’on a découvert qu’il n’y a point de sécurité dans les relations, force est de demander : y en a-t-il dans l’amour ? Suivez-vous ? Non, vous n’avez pas compris ? D’accord, regardons à nouveau.

Je vous suis attaché ; j’ai de l’affection pour vous ; j’éprouve de l’amour pour vous, je veux me marier et avoir des enfants. Mais cet attachement est-il permanent ? Est-il durable ? Ou bien est-il très fragile, vulnérable, incertain ? Je veux le rendre sûr, mais dans la réalité, il est très aléatoire. D’accord ? Voilà clarifié un des points inhérents aux relations. Or nous disons que dans les relations, il y a amour. L’amour est-il donc source de sécurité ? Et qu’entendons-nous par amour ? Avançons-nous de concert ?

Alors, retournons à notre toute première question : je veux découvrir s’il est possible de s’épanouir, de croître et de vivre totalement – vous savez, joyeux, le cœur plein d’allégresse. C’est cela que je veux découvrir dans la vie. Ou est-ce que la vie doit toujours être déprimante, solitaire, désespérée, violente, idiote ? Vous suivez ? C’est cela la première chose que l’on veut découvrir. Et est-ce que Brockwood vous aide à vous épanouir ?

A Brockwood, des relations se nouent entre les uns et les autres, comme partout ailleurs. C’est inévitable. Vous vous voyez tous les jours. Et dans le cadre de ces rapports, il est possible que vous tombiez amoureux de quelqu’un. Oui ? Et vous vous attachez à cette personne. Lorsque vous lui êtes attaché, vous voulez que cet attachement se perpétue, n’est-ce-pas ? Vous voulez qu’il dure pour toujours – jusqu’à ce que, à la fin, vous vous effondrerez tous deux. Et il vous faut découvrir si, dans ces rapports, il y a quoi que ce soit de permanent. Est-ce que ces relations sont permanentes ? [Quelques signes de tête négatifs dans l’assistance] Vous dites qu’elles ne sont pas permanentes. Comment savez-vous qu’elles ne le sont pas ?

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Vous vous marierez peut-être, à l’église ou à la mairie, mais dans ces relations, y a-t-il une coulée continue de liberté réelle, dépourvue de conflits, de disputes, de sentiment d’isolement, de dépendance – etc. ? Vous dites « non » ; mais pourquoi dites-vous non ? Je veux découvrir pourquoi vous le dites. Le direz-vous lorsque vous serez amoureux, et pendant la première année de votre mariage ? Direz-vous à ce moment-là qu’il n’y a en cela nulle sécurité ? Le direz-vous ? Ou faudra-t-il attendre quelques années, cinq ans, ou une dizaine d’années, pour que vous vous exclamiez : « Oh mon Dieu ; il n’y a pas de sécurité du tout ! » ?

Et aussi, vous devez découvrir si – dans ces relations d’insécurité, d’incertitude, tissées de peur, d’ennui, de moments de joie, de répétitions – jour après jour, pendant dix, vingt, cinquante ans, on revoit le même visage – si dans ces relations, vous allez vous épanouir. Vous dévelop­perez-vous ? Serez-vous une entité extraordinairement belle, complète ? Et vous devez également découvrir si, lorsque vous « vous aimez » – ce qui est un mot bien souvent employé, galvaudé, déprécié – si, dans ce sentiment, vous allez fleurir.

Élève. Il semble que quand nous nouons des relations avec quelqu’un, nous ne consacrons pas assez de temps à explorer, à découvrir si oui ou non ces relations sont source de sécurité ; il est bien possible, en effet, qu’elles se soient plutôt instaurées entre deux images.

KRISHNAMURTI. Voulez-vous dire que nous avons des images les uns des autres – en tant qu’homme et que femme – et que, inhérentes à ces images, des conclusions s’imposent ? Des conclusions que nous voulons voir se perpétuer.

Élève. Ces relations sont par trop superficielles et nous n’avons pas le temps de découvrir ce qui est le vrai, de démonter l’image.

KRISHNAMURTI. II faut fleurir ; voyons-nous l’importance de cette nécessité ? C’est de cela que nous parlons tout d’abord, aujourd’hui. Avons-nous conscience de l’importance, de la vérité, de la réalité, de la beauté de cette nécessité – du fait qu’il faut s’épanouir. Et est-ce que les relations, telles qu’elles se poursuivent maintenant entre deux êtres humains, vous aident à vous épanouir ? C’est là un des points de notre enquête. Nous avons aussi dit que nous nous aimons. Est-ce que cet amour apportera sa sève à l’épanouissement de l’esprit humain, du cœur de l’homme, de ses qualités humaines ? Comprenez-vous ?

Nous avions une autre question encore. Est-ce qu’être ici, à Brockwood, vous aide à croître, à vous développer, non pas techniquement, non pas en devenant un simple spécialiste dans tel ou tel domaine, mais intérieurement, ’psychologiquement, sous la peau, au dedans de vous ? Veillez-vous à ce que rien ne vous bloque, ne vous entrave, à ce que vous soyez non pas névrosé, déformé, mais un être humain complet, total, qui croît, s’épanouit ?

Il nous faut donc nous demander maintenant qu’est-ce que l’amour ? D’accord ? Que pensez-vous que c’est ? II y a une difficulté là. Vous aimez vos parents et ils vous aiment. Du moins c’est ce qu’ils disent, et c’est ce que vous dites. Sommes-nous sur un terrain dangereux ? Le sommes nous ? La question est : vous aiment-ils ?

S’ils vous aiment, ils feront tout pour que, depuis votre naissance, vous soyez déconditionné, que vous vous épanouissiez, parce que vous êtes un être humain, parce que vous êtes le monde. Parce que si vous ne fleurissez pas, vous êtes pris dans le monde, vous détruisez d’autres êtres humains. Si vos parents vous aimaient, ils veilleraient à vous donner une vraie éducation, qui ne tende pas seulement à vous impartir des connaissances techniques, à vous mettre en mesure de trouver un emploi, mais une éducation sur le plan intérieur, de sorte que vous soyez libre de conflit. Tout cela est implicitement inclus dans la phrase : j’aime ma fille ou mon fils. Vous comprenez tout cela ? En d’autres termes, je ne veux pas que mon enfant devienne un homme d’affaires de premier ordre, qui gagnera beaucoup d’argent. Pourquoi faire ? Ni un merveilleux spécialiste – même si celui-ci peut être d’une certaine utilité de-ci de-là, extérieurement, en construisant de meilleurs ponts, en devenant un meilleur médecin, et tout ce qui s’ensuit.

Ainsi, qu’est-ce que l’amour ? N’est-ce pas très important de le découvrir ? Je vous en prie, ne voulez-vous pas en trouver le sens ? Vous avez sûrement observé les gens autour de vous, parents, amis, grands-mères – le monde autour de vous. Ils se servent tous du mot « amour ». Et pourtant ils se disputent, vivent d’émulation, sont prêts à s’entretuer. Vous suivez ? Est-ce cela l’amour ? Alors qu’est-ce que l’amour pour vous ?

Élève. C’est quelque chose dont il est difficile de parler.

KRISHNAMURTI. Que ressentez-vous ? Qu’est-ce que l’amour représente pour vous ? Je suis sûr que vous l’évoquez tous l’« amour », n’est-ce-pas ? Et beaucoup ! Alors qu’est-ce que cela veut dire ? Vous connaissez le mot « haine ». Vous en comprenez le sens. Et vous percevez la sensation de la haine, n’est-ce-pas – l’antagonisme, la colère, la jalousie – tout cela fait partie de la haine, n’est-ce-pas ? Et l’esprit de rivalité est aussi un élément de la haine. C’est vrai n’est-ce-pas ? Ainsi vous savez ce qu’on ressent quand on déteste et vous êtes tout à fait capable de décrire cette sensation. Et bien, l’amour est-il le contraire de la haine ?

Élève. Les sentiments sont opposés.

KRISHNAMURTI. Alors, pouvez-vous porter les deux dans votre esprit, dans votre cœur – la haine et l’amour ? Poursuivez cette question, cernez-la ! Éprouvez-vous de tels sentiments, la haine et l’amour ensemble ? Ou pas ensemble ? L’un, resserré dans un coin et l’autre, circonscrit dans un autre. Je hais quelqu’un et j’aime quelqu’un d’autre. D’accord ? Mais si on porte l’amour en soi peut-on exécrer quelqu’un ? Peut-on tuer des gens, lâcher des bombes et faire toutes ces autres choses qui se produisent dans le monde ?

Ainsi, retournons à notre première question. Est-ce que nous sentons, nous qui donnons et qui recevons l’éducation ici, est-ce que nous voyons tous qu’il est de la plus haute importance, qu’il est indispensable, que chaque être humain, chacun d’entre nous, croisse et s’épanouisse – n’accédant pas simplement à la maturité physique, mais mûrissant profondément, intérieurement ? Si vous n’en êtes pas conscient, alors à quoi sert tout ce que nous faisons ? A quoi sert l’éducation ? Réussir à quelques examens et décrocher un diplôme, avec un peu de chance trouver un emploi, créer un foyer – est-ce que tout cela vous aidera, aidera chaque être humain, chacun d’entre vous à fleurir ?

Si vous étiez ma fille ou mon fils, c’est là la première chose dont je vous entretiendrais. Je dirais, regarde, regarde autour de toi, tes camarades d’école, les voisins – vois ce qui se passe autour de toi, pas à travers les verres de ce que tu aimes ou n’aimes pas, mais regarde tout simplement ce qui est. Vois exactement ce qui se passe, sans déformation. Les couples mariés sont malheureux, se disputent, se heurtent sans fin, tu sais bien tout ce qui se passe. Et l’adolescent et l’adolescente ont aussi leurs problèmes. Et vois la division des gens en races, en groupes – groupes nationaux, clans religieux, chapelles scientifiques, associations d’affaires, écoles artistiques – tu suis ? Tout est scindé. Est-ce que vous voyez cela ? Si oui, la prochaine question est la suivante : qui a tout fragmenté ainsi ? Suivez-vous ? Ce sont les êtres humains qui ont fait cela. C’est la pensée qui l’a fait. La pensée qui dit : « je suis catholique », « je suis juif », « je suis arabe », « je suis musulman », « je suis chrétien ». La pensée à créé cette division. Ainsi, la pensée, de par sa nature même, de par son action même, est, on le constate, principe de division, source de morcellement. Voyez-vous que la pensée provoque obligatoirement la fragmentation, non seulement en dedans de soi, mais aussi extérieurement ? Cela vous paraît trop difficile ?

Je vous demande : voyez-vous vraiment le fait que la pensée, de par sa nature et son activité, ne peut qu’engendrer le fractionnement ? Et si, comme vous le dites, vous le voyez, l’appréhendez-vous comme étant un fait, ou ne percevez-vous que l’idée. Vous suivez ?

Est-ce une idée ou est-ce un fait ?

Élève : C’est une idée.

KRISHNAMURTI. Pourquoi en faites-vous une idée ? Je vous dis : regardez autour de vous, les guerres, la terreur, les bombes, la violence et, dans chaque maison, une perturbation constante dans les relations – la société compétitive, la société commerciale – tout cela vous apparaît-il aussi concrètement que cette table ? Ou est-ce une abstraction que l’on appelle une idée ? Et si c’est une idée, pourquoi avoir ainsi transformé ce qui est manifestement un fait ?

-Élève. Peut-être la pensée est-elle limitée en raison de la structure au sein de laquelle elle fonctionne. Elle prend des choses du passé et les compare à d’autres choses.

KRISHNAMURTI. Pourquoi la pensée est-elle en elle-même fragmentaire, fractionnée, limitée ? La pensée en elle-même – pas seulement ce qu’elle crée. N’est-elle pas issue du temps ? Observez-la, découvrez ! La pensée est le produit de la mémoire. Bien évidemment. Vous voyez cela.

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Elle procède de la mémoire, de l’expérience, du savoir ; et tout cela c’est le passé, n’est-ce-pas ? C’est modifié dans le présent et cela continue. Ainsi, c’est le mouvement dans le temps. Donc, parce que la pensée émane du passé et du temps, elle ne peut qu’être fragmentaire. Elle n’est pas, et ne peut jamais être, le tout.

Écoutez ! Depuis l’âge de neuf ans, j’ai appris l’anglais – et d’autres langues. C’est là un travail de la mémoire, n’est-ce-pas. Cela m’a pris quelques années pour les maîtriser et ’elles sont emmagasinées dans le cerceau – le vocabulaire, la syntaxe et comment faire des phrases – il m’a fallu du temps pour apprendre tout cela, n’est-ce-pas ? Et toute pensée émanant de cette période de temps est limitée. Donc, la pensée n’est pas le tout, elle n’est pas complète. Étant toujours circonscrite, elle ne peut jamais être complète. Je vous en prie, voyez cela non pas comme une idée, mais comme une réalité. Nous avons dit que la pensée est la réaction de la mémoire. Celle-ci est emmagasinée dans le cerveau : elle est l’expérience et l’accumulation constante de connaissances. Et quand on vous pose une question- la mémoire répond. Ainsi la pensée ne peut qu’être bornée, puisque la mémoire l’est, le savoir l’est, le temps l’est.

C’est la pensée qui a produit la division dans le monde. Vous êtes néerlandais et je suis allemand ; il est anglais, l’autre, chinois. La pensée a provoqué cette division. La pensée a créé les religions – la pensée qui dit : « Jésus est le plus grand rédempteur » ; puis si vous vous rendez en Inde, ils vous diront : « Pardon. De qui parlez-vous ? Je ne connais pas du tout ce monsieur. Nous avons notre propre Dieu qui est le plus grand ». La pensée a créé les guerres et les instruments de la guerre. La pensée est à l’origine de tout cela. D’accord ?

Elève. Toutes ces idées dont vous nous avez donné des exemples..

KRISHNAMURTI. Ce ne sont pas des idées, ce sont là des faits.

Élève. Oui, oui, mais…

KRISHNAMURTI. Je veux aller jusqu’au bout sur ce point. Je vous demande si vous voyez ce fait – que vous venez d’un pays et moi, d’un autre, que nous différons par la couleur, par la culture, et tout ce qui s’ensuit. Voyez vous les divisions en Inde – les musulmans, les Hindous ? Qui les a créées ?

Élève. Je vois les divisions, mais moi, personnellement, elles ne me touchent pas parce qu’elles sont superficielles.

KRISHNAMURTI. Elles n’ont peut-être aucun sens pour vous, mais elles en ont pour d’autres personnes et celles-ci se haïssent les unes les autres. Alors qu’est-ce qui sous-tend cette pensée qui divise ? C’est le conditionnement, n’est-ce pas ? Vos parents vous ont dit, « tu es un Brahmane », « tu es un Hindou », les vôtres ont dit, « tu es un chrétien ».

Élève. Il y a l’instinct d’appartenance au groupe.

KRISHNAMURTI. Pourquoi cet instinct d’appartenance au groupe – pourquoi ? Parce qu’on se sent beaucoup plus en sécurité. Faire partie d’une communauté, s’identifier à un petit groupe donne un sentiment de sécurité. Mais pourquoi ne s’identifie-t-on pas à l’ensemble des êtres humains, à un être humain complet ? Pourquoi le petit groupe ?

Ainsi je vous fais observer que la pensée a créé tous ces problèmes humains, psychologiques et mondiaux. C’est impossible de le nier. Voyez-vous cela en tant que fait et non simplement comme une idée ? C’est tout autant un fait que votre mal de dent quand il vous tenaille. Vous ne dites pas alors « j’ai idée que j’ai mal aux dents ».

Présentons la chose comme ceci. Est-ce que la pensée est amour ? Est-ce que la réflexion peut engendrer l’amour ?

Élève. Si on aime quelqu’un, on doit réfléchir.

KRISHNAMURTI. La question que je vous pose est : l’amour peut-il être cultivé par la pensée ? Nous avons dit que la pensée est fragmentaire – qu’elle le sera toujours. Et voici la question suivante : la pensée, étant morcelée et devant donc inévitablement dans son action, dans son fonctionnement, entraîner la segmentation – cette pensée peut-elle cultiver ou faire jaillir l’amour ? Quand vous dites « non » – faites attention, car, je vais vous faire buter sur cela ! Lorsque vous dites, « non, la pensée n’est pas amour », est-ce ici aussi une idée ou est-ce une réalité ? Si c’est une réalité, quelque chose qui est comme ça… alors pour ce qui est de l’amour, il n’y a aucun mouvement de la pensée.

Est-ce que nous allons trop fort ? Est-ce que vous comprenez cela, non pas ici [l’orateur fait un geste indiquant sa tête] mais profondément, intérieurement.

Faites très, très attention. Si l’amour n’est pas pensée, s’il n’est pas fondé sur la pensée, alors qu’est-ce que les relations ? Si la pensée n’est pas amour, alors que faites vous des relations que vous entretenez effectivement maintenant ?

Je me dis que je perçois le fait, et non pas l’idée que la pensée n’est pas amour. Néanmoins, je suis marié, j’ai des enfants, j’ai ma mère – nous avons tous des images les uns des autres. Ces relations réciproques sont l’action des images – des images que je me suis fabriquées de ma mère, de ma femme, de mes enfants. Et cela je l’appelle l’« amour ». Je dis « j’aime ma mère », « j’aime ma femme, mes enfants ».

Or, je dis maintenant que je constate que ces relations sont fondées sur la pensée, sur l’image, et aussi que je vois très clairement que l’amour n’est pas le produit de la pensée, que l’amour ne peut pas être la pensée. Alors que deviennent mes relations avec ma mère, mon épouse, mes enfants ?

Élève. Comment arrive-t-on à voir cela ?

KRISHNAMURTI. II n’y a pas de « comment » – ce n’est pas une démarche mécanique. Est-ce que vous ne le voyez pas, concrètement ? – que l’amour n’a rien à voir avec la pensée – un point c’est tout. Je perçois très clairement que la pensée est un mouvement dans la fragmenta­tion. Je le vois très clairement. C’est un fait, une réalité – non pas une idée.

Cependant, je suis marié, j’ai des enfants, j’ai une mère ; quand je vois, quand je me rends compte que mes relations ont été fondées sur des images, sur la pensée, alors qu’est-ce qui se passe ?

Élève. Ces relations entre images, on les appelait « amour », mais vous dites que l’amour est autre chose.

KRISHNAMURTI. J’ai dit : je suis tombé amoureux, je suis marié depuis un certain nombre d’années et j’ai des enfants. J’ai, de ma femme, une image que je me suis faite. On est d’accord ? Je l’ai créée. Ma femme me harcèle de récriminations, elle m’a rudoyé, dominé. Et réciproquement, elle s’est fait de moi une image – celle d’une personne qui l’a malmenée et asservie. Et cette interaction se poursuit, sur le plan sexuel et sur tous les autres. J’ai construit une image d’elle et elle en a fabriqué une, de moi. C’est un fait. Je vous en prie, voyez cela ! Voyez que cette élaboration d’images est le mouvement de la pensée. Ne vous éloignez pas de ce point tant que vous ne l’avez pas vu. Ne vous écartez pas de ce fait.

Voici que vous venez vers moi et me dites que la pensée est un mouvement de division. Vous m’expliquez avec soin pourquoi elle l’est – parce qu’elle est cernée par le temps, circonscrite par la mémoire, liée par le savoir, de sorte qu’elle est très limitée. Je le vois. Ensuite – lorsque j’ai vu cela dans mes relations avec ma mère, mon épouse, mes enfants – la prochaine étape est : que dois-je faire ?

Qu’est-ce qui se passe ? Quand je me rends compte que mes relations avec ma femme ou mon mari, avec une jeune fille ou un jeune homme, enfin avec qui que ce soit qui est en cause, sont un mouvement temporel, un mouvement de fragmentation, qu’est-ce qui se passe ?

Si vous le voyez – alors qu’est-ce que l’amour ? L’amour, est-ce cela ? L’amour est-il fragmentation ? L’amour est-il un tableau, une image modelée par la pensée, un souvenir ?

Élève. Au début, avec le sentiment d’être amoureux, on voit quelque chose de très beau, qu’on voudrait ensuite cristalliser.

KRISHNAMURTI. Voyez-vous quelque chose de beau ? Vraiment ? Est-ce que vous voyez effectivement quelque chose de beau ?

Lorsque vous regardez ce magnifique arbre sur la pelouse, ou une femme, ou un nuage, ou un plan d’eau, et que cela vous apparaît comme étant d’une beauté extraordinaire – est-ce que vous pouvez tout simplement demeurer avec cela – ou est-ce que vous le convertissez en une idée – une idée qui dit que c’est beau ? Qu’est-ce qui se produit au moment de l’acte de voir ?

Elève. Aucun mot ne se présente à l’esprit.

KRISHNAMURTI. Ce qui veut dire quoi ? Pas de mot, pas de pensée. Donc la beauté est, lorsqu’il n’y a pas de mouvement de pensée. Êtes-vous d’accord avec ça ? [hochements de tête dans l’assistance] Vous voici tous unis dans un même accord ! C’est extraordinaire !

Donc quand vous voyez quelque chose de beau, il y a absence de pensée. Maintenant, est-ce que vous pouvez demeurer en ce moment et ne pas vous en écarter ? Lorsqu’’on regarde ce nuage, l’esprit ne jacasse pas, car il n’y a nulle pensée en fonctionnement. La pensée est totalement absente quand on voit quelque chose extraordinairement beau.

Maintenant, observez attentivement, écoutez attentivement, je vous en prie, écoutez attentivement. Le nuage, avec sa clarté, sa splendeur, son immensité prend possession de vous. Le voyez-vous ? Ce nuage vous a absorbé. Ce qui veut dire que vous, dans cette absorption, vous êtes absent. Prochaine étape. Un enfant se laisse absorber par un jouet. Enlevez-lui le jouet et il revient à ses diableries. C’est exactement ce qui vous est arrivé. Le nuage vous a sub­mergé et, quand il s’en va, vous vous retrouvez face à vous-mêmes.

Pouvez-vous, sans vous laisser absorber par la montagne, par le nuage, par l’arbre, par le chant de l’oiseau, par la beauté de la terre, être totalement vide en vous-mêmes ?

Enlevez le jouet et voilà l’enfant rendu à ses caprices – il crie et s’époumone ; mais donnez-lui un jouet et il s’y abîme. Je vous demande, sans jouet, c’est-à-dire sans rien qui vous absorbe – est-ce qu’il peut y avoir… une absence de vous-même. Oh je vous en prie, voyez la beauté de cela ! Vous comprenez ?

Ainsi, la beauté est, lorsque vous n’êtes pas. La beauté est lorsque la pensée est absente.

Maintenant – l’amour n’est pas la pensée, n’est-ce pas ? Commencez-vous à voir le lien ?

Je vous aime – je me perds en vous -, je vous veux, vous êtes agréable à regarder, vous sentez bon, vous avez de beaux cheveux, mes glandes me poussent à vouloir toutes sortes de choses, sexuelles, etc. Vous avez totalement pris possession de moi. Je suis tombé amoureux de vous. Et voilà l’absorption consommée. Et je m’accroche à vous. Je vous aime. Mais avec le temps, mon vieux moi se réaffirme et dit – oui, c’était bien agréable il y a deux ans, mais maintenant je l’ai prise en grippe ; j’ai éprouvé de l’amour pour elle – mais maintenant voyez où on en est arrivé !

Je vous en prie, voyez-en la, vérité : quand il y a beauté, il y a une absence totale de la pensée. Ainsi, l’amour est l’absence totale de … « moi ». Compris ? Si vous avez saisi cela, vous avez bu à la fontaine de la vie.

Élève. Est-ce que le sentiment inclut le fait d’avoir été absorbé ?

KRISHNAMURTI. Qu’est-ce que le sentiment ? S’il n’y avait pas de pensée, auriez-vous des sentiments ? Observez cela attentivement. Regardez cela. Est-ce que la beauté est un sentiment ? Nous avons dit que la beauté est exempte de pensée. Et est-ce qu’il y a sentiment quand il n’y a pas de pensée ? Saisissez le cœur même de cela, ayez-en l’intuition pénétrante. Laissez de côté tous les détails, on pourra y venir plus tard. Voyez la vérité de cette seule chose qui est : quand il y a beauté il n’y a pas de pensée. Lorsqu’il y a amour, il y a l’absence du « moi »… du « moi » qui caquette, bavarde, plein de problèmes, d’angoisse, de crainte. Quand il y a l’absence du « moi », il y a amour.

Élève. Vous regardez un nuage, et il s’en va, et vous retombez en vous-même.

KRISHNAMURTI. Avez-vous vu le petit garçon donner une poupée à la petite fille ? Elle est parfaitement heureuse, calme, elle n’est pas agitée, elle ne pleure pas. Donnez au garçon un jouet compliqué et il jouera avec pendant une heure. Il en oubliera de faire des sottises. La poupée, le jouet, deviennent importants à l’exclusion de tout autre chose. Et quand vous voyez le nuage, l’oiseau fendre le ciel, quand vous voyez cela, qu’est-ce qui se produit ? Votre bavardage cesse. Et quand vous assistez à un western, ou à tout autre film, vous le regardez. Vous ne pensez pas à tous vos problèmes, à vos soucis, à vos craintes. Vous vous laissez prendre par le film. Arrêtez la projection et vous revoilà face à vous-mêmes.

Ainsi vous voyez, si on pousse cela beaucoup plus loin, les idées sont vos jouets, les idéaux sont vos jouets et ils prennent possession de vous tous. Les religions sont vos jouets. Que ces choses soient mises en question et vous vous retrouvez tels qu’en vous-mêmes vous étiez et vous êtes troublés, pris par la peur.

Élève. Est-ce qu’il n’y a pas eu une seule chose qui soit en dehors de cela, en dehors du monde des jouets ?

KRISHNAMURTI. Je vous l’ai montré. Je vous en prie écoutez attentivement. Nous avons dit que la pensée a créé ce monde. Les guerres, l’homme d’affaires, le politicien, l’artiste, le bandit – la société a créé tout cela. La société, ce sont nos relations les uns avec les autres – qui sont fondées sur la pensée. C’est donc à la pensée qu’on doit cet affreux gâchis. En est-il réellement ainsi ? Ou s’agit-il d’une idée ? Si vous dites que c’est une idée, alors vous ne regardez pas le fait lui-même.

Alors, partons de là. La pensée, nous l’avons dit, est morcelée ; en conséquence, tout ce qu’elle fera éclatera en fragments. Voyez-vous cela comme ayant une réalité aussi concrète que ma présence ici, assis auprès de vous ?

Élève. Tout cela, c’est la pensée mécanique, mais y a-t-il quelque chose par derrière, qui utilise cette pensée ?

KRISHNAMURTI. Vous n’avez rien d’autre que la pensée mécanique. Lorsque cette pensée mécanique s’arrête – alors, il y a quelque chose d’autre. Mais vous ne pouvez pas dire « oui, ça c’est une pensée mécanique, alors maintenant, occupons-nous de l’autre ». II faut que la pensée s’arrête. C’est ce qui arrive, par exemple, face à la beauté, quand vous voyez une grande chaîne de montagnes aux pics enneigés. La majesté, la grandeur vous emportent. Quand ces montagnes ne sont pas là, vous retombez dans vos disputes, dans vos pensées. Je vous en prie, découvrez cela par vous-mêmes. Asseyez-vous, méditez, approfondissez.

Élève. Tout ça c’est très joli, mais…

KRISHNAMURTI. Tout ça c’est très joli, dites-vous, mais je dois retrouver mon oncle, ma tante, ma mère, ma grand-mère, je dois gagner de l’argent et ainsi de suite. Et c’est là le hic pour chacun d’entre nous. Alors, qu’allez-vous faire ? Quand vous vous rendez compte, quand vous voyez, effectivement, que, sauf sur les plans technique et pratique, la pensée est ce qu’il y a de plus malin, qu’elle est ce qu’il y a de plus meurtrier dans les relations, et, partant, qu’elle détruit l’amour… alors, qu’allez vous faire ? Vous devez gagner de l’argent, subvenir à vos besoins, ce qui suppose une intervention de la pensée. Sur ce plan, donc, vous l’employez. Lorsque vous devez aller chez le dentiste vous utilisez votre pensée ! Quand vous devez acheter un costume, une robe, vous comparez- ce tissu est meilleur que l’autre, et ainsi de suite – cela exige le fonctionnement de la pensée. Néanmoins, vous vous rendez compte que, dans les relations, la pensée est source de mort. C’est tout.

Source de l’article original inconnu : Mis en page par Christine via un PDF pour Messages… Terre Nouvelle
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