L’éveil de la conscience intérieure (5/10)

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Quelques faits sur l’état de santé de la planète

Pour mieux comprendre l’enjeu de survie planétaire dont il est ici question, faisons un bilan de l’état de santé de la planète. Certains, à l’évocation d’un possible désastre écologique planétaire refusent d’y croire ou même préfèrent ne pas y penser. D’autres, motivés par un optimiste que je partage entièrement, sont convaincus que nous trouverons à temps les ressources intérieures nécessaires pour faire face aux défis de l’heure et que la planète survivra aux graves perturbations écologiques causés par l’homme, non sans souffrir d’une grave érosion de sa biodiversité. Néanmoins, le fait est que dans l’état actuel des choses, l’espèce humaine se comporte encore aujourd’hui comme si demain n’existait pas, comme si les conséquences de notre pollution et de notre gaspillage importaient peu.

Certes, la conscience environnementale a fait des pas de géant depuis quelques années. Les programmes de collecte sélective et de recyclage sont maintenant monnaie courante. À chaque nouveau désastre écologique, que ce soit les incendies toxiques de St-Basile-le-Grand et de St-Amable ou la surexploitation de la forêt boréale au Québec, ou bien que ce soit les marées noires comme celles s’étant échappée du pétrolier Exxon Valdez en Alaska ou de l’Érika près des côtes françaises, ou encore des puits de pétrole au Koweit, tous les médias en parlent abondamment. Et bien sûr, les gouvernements font alors des pieds et des mains pour limiter les dégâts et montrer qu’ils prennent ces crises au sérieux. Le Sommet de la Terre, qui a réuni plus de cent chefs d’État en 1992 à Rio de Janeiro pour parler de développement durable et signer des conventions internationales, fut un autre grand signe d’espoir. Plusieurs autres conventions louables visant à protéger le fragile équilibre environnemental du globe, à diminuer les émissions de gaz à effet de serre ou à resserrer le contrôle des substances nocives pour la couche d’ozone ont vu le jour depuis.

Pourtant, dans les faits, on nous annonce chaque printemps que la couche d’ozone est de plus en plus mince. Chaque été le climat est un peu plus perturbé avec des pluies diluviennes catastrophiques à certains endroits et des sécheresses prolongées à d’autres entraînant de vastes feux de forêt brûlant sans contrôle durant de longs mois — en 1998 seulement, c’est plus de 20 millions d’acres du couvert forestier mondial qui se sont ainsi envolées en fumée. Des ouragans de plus en plus violents frappent chaque année les pays proches de la ceinture équatorienne et des tornades de plus en plus nombreuses sèment la mort et la destruction sur leur passage. Les crises économiques et politiques issus de la globalisation des marchés, les guerres cruelles dans les Balkans ou encore les famines bibliques d’Afrique occupent tour à tour presque toute la place dans l’actualité et, avec le temps, la pression populaire s’est relâchée de sorte que les questions environnementales passent trop souvent au second rang des priorités gouvernementales.

Les risques que nous courons sont toujours aussi grands et ce ne sont pas quelques publicités « vertes » à saveur environnementale des compagnies multinationales qui suffiront à stopper les grands moteurs de la destruction écologique que sont les émissions polluantes des véhicules moteurs, des usines et des systèmes de chauffage fonctionnant au combustible fossile, la déforestation et la perte des habitats fauniques, la surpêche mondiale, les rejets toxiques et radioactifs nocifs pour des millénaires dans l’environnement, la perte annuelle de millions de tonnes de sols fertiles par l’érosion à cause des méthodes de culture industrielles, et ainsi de suite. La liste noire des statistiques et des faits relatifs à la crise environnementale mondiale est déjà suffisamment connue et il est donc inutile d’entrer ici dans tous les détails.

Cependant, prenons tout de même trois cas précis, à titre d’exemple, pour démontrer à quel point la Vie sur Terre est menacée. Considérons d’abord l’accélération de la disparition des espèces. Selon un spécialiste mondial en la matière, Edward O. Wilson, gagnant de deux prix Pulitzer, nous sommes entrés dans une sixième phase d’extinction massive des espèces depuis le début de l’histoire de la Vie sur Terre. Cependant, à la différence des autres, c’est la première fois qu’une espèce, la nôtre, est à elle seule responsable de cette érosion de la Vie sur Terre. Déjà on anticipe que, d’ici moins de 30 ans, plus de 20% de toutes les espèces seront éteintes à tout jamais; pire encore, plus de la moitié de toutes les espèces pourraient même disparaître d’ici une centaine d’années si rien n’est fait pour arrêter cette hémorragie. Cette perte de la biodiversité va en s’accélérant sans cesse et on parle d’une vitesse de destruction des centaines ou même des milliers de fois plus rapide qu’avant l’essor de la civilisation humaine.

Lorsque l’on sait que plus de 99% de toutes les espèces sont disparues du globe lors de chaque période d’extinction massive précédente, on peut imaginer ce qui nous attend. Chaque fois, la planète a mis des dizaines de millions d’années à s’en remettre. La Vie de Gaïa ne serait donc pas vraiment en danger, mais celle de notre espèce l’est certainement. Et n’oublions pas que nous avons ici affaire à un phénomène entièrement nouveau dans l’histoire de la Vie, car ce n’est pas l’impact d’une météorite, des éruptions volcaniques généralisées ou une nouvelle ère glaciaire qui sont en cause, mais bien l’envahissement de plus de 90% de toutes les terres émergées, monopolisées par une seule espèce dont les rejets toxiques et radio-actifs vont demeurer dans l’environnement durant des centaines de milliers d’années.

Considérons maintenant un deuxième élément crucial de la problématique planétaire, c’est-à-dire les changements climatiques provoqués par l’accumulation rapide de gaz à effet de serre dont le gaz carbonique, l’oxyde d’azote et le méthane dans l’air ambiant. Selon les relevés effectués à partir des bulles d’air emprisonnées dans des carottes de glace extraites de l’épaisse calotte polaire de l’Antartique, jamais la proportion de gaz carbonique n’a été aussi élevée dans l’atmosphère qu’elle ne l’est maintenant. Avec tout le combustible fossile que nous brûlons, c’est plus de 160 milliards de tonnes métriques de gaz carbonique que nous avons libérées dans l’atmosphère depuis le début de l’ère industrielle. Et pendant ce temps, nous avons rasé plus de la moitié des forêts tropicales du globe, nous privant ainsi justement des meilleurs fixateurs de gaz carbonique qui soient. Cette disparition massive des arbres est à elle seule responsable d’environ 90 à 120 milliards de tonnes de plus de CO2 dans l’atmosphère.

De sorte qu’il y a aujourd’hui 25% de plus de ce gaz dans l’air aujourd’hui, sans compter le méthane dont la concentration a presque triplé, avec comme conséquence maintenant inévitable que le climat, particulièrement celui des latitudes tempérées comme la nôtre, se réchauffera d’environ 2 à 3 degrés centigrades à l’échelle mondiale au cours de la vie de nos enfants. Ce réchauffement est tellement rapide que la plupart des espèces de plantes et d’animaux ne seront pas en mesure de s’adapter en si peu de temps et disparaîtront. De nouveaux déserts apparaîtront là où la pluie et des terres fertiles donnent encore aujourd’hui d’abondantes récoltes. La famine sera une menace réelle en Amérique du Nord. Les coraux des océans, sorte d’équivalents marins aux forêts tropicales sur le plan de la diversité biologique, meurent massivement à cause du réchauffement des océans comme cela se produit lors de chaque épisode du fameux El Ninõ entraînant de ce fait la disparition de milliers d’espèces dépendant de l’habitat fourni par les coraux pour leur survie. Le niveau des eaux s’élèvera de plus de 2 mètres, d’ici une cinquantaine d’années, avec la fonte précipitée des glaces polaires et l’expansion des eaux sous l’effet de la chaleur, et de nombreuses îles, régions côtières et villes importantes seront inévitablement englouties.

Mentionnons enfin un troisième problème planétaire majeur : la destruction de la couche d’ozone. Il faut d’abord savoir à quel point cette fameuse couche d’ozone est indispensable pour que la Vie soit possible sur Terre. Il fallut à l’origine attendre des centaines de millions d’années après l’apparition de la Vie dans les océans pour que, sous le couvert protecteur de plusieurs mètres d’eau, les premières algues produisent suffisamment d’oxygène pour qu’un bouclier d’ozone, fruit de la combinaison des atomes d’oxygène, se forme en haute altitude, contre les rayons ultra-violets du soleil, et que la Vie puisse ensuite commencer à coloniser les terres émergées. Sans couche d’ozone la Vie n’est donc pas possible sur Terre, sauf sous plusieurs mètres d’eau.

Nous savons tous que les chlorofluorocarbones, ou CFCs, qui se trouvent notamment dans le fréon des réfrigérateurs, mais aussi dans une foule d’autres produits, ainsi que le gaz halon encore utilisé dans certains extincteurs, sont très dangereux à long terme pour l’ozone. Nous savons aussi qu’un protocole international négocié à Montréal, sous l’égide des Nations Unies, visait à faire stopper avant 1995, dans la plupart des pays industrialisés, la production de ces produits nocifs, afin de sauver la couche d’ozone — ce qui n’a pas empêché depuis lors des milliers de tonnes de CFCs d’être importé illégalement aux États-Unis afin d’alimenter le vaste marché de la recharge des systèmes d’air climatisé pour automobile. Nous nous rappelons sans doute aussi des nombreux avertissements qui nous ont été prodigués de nous protéger la peau et les yeux à cause des cancers de la peau et des cataractes que les rayons ultra-violets provoquent. Ici au Québec, l’ancien premier ministre Robert Bourassa, adepte invétéré du bronzage, a lui-même subi les conséquences d’un cancer de la peau mortel, tout comme des dizaines de milliers de Nord-Américains qui, chaque année, en souffrent et en meurent.

Ce que nous ne savons pas c’est que malgré tous les efforts de dernière minute pour atténuer ce problème, le mal est peut-être déjà fait et rien, ou presque, n’arrivera à prévenir la diminution de la couche d’ozone jusqu’à un seuil critique pour la plupart des formes de vie sur Terre. On sait que tous ces produits, une fois libérés dans l’atmosphère prennent de 10 à 15 ans pour s’élever jusqu’à la stratosphère où il peuvent alors être destructeurs pour l’ozone pendant plus de 100 ans, avant d’être enfin neutralisés. Ce n’est donc pas le fait de cesser d’en produire qui empêchera les centaines de millions de tonnes déjà libérées de s’y élever, ni ne garantira d’ailleurs que tous les CFCs encore emprisonnés dans les réfrigérateurs, par exemple, soient récupérés et éliminés avant de s’en échapper.

Les conséquences sur la faune et la flore de la disparition du bouclier d’ozone stratosphérique se font déjà sentir. Une espèce d’oiseaux en particulier, nichant dans les clochers au Québec et se rendant jusqu’à l’extrême pointe sud du Chili au cours de sa migration hivernale, est presqu’éteinte. On a compris ce qui leur était arrivé lorsqu’on a réalisé que les oiseaux qui avaient réussi à faire le long trajet de retour étaient presqu’aveugles. Incapables de voir clairement, ils entraient souvent en collision avec des obstacles qu’ils n’avaient aucune peine à éviter normalement et ils avaient donc bien de la difficulté à trouver leur nourriture. On sait que la gravité du problème de la couche d’ozone au pôle sud précède de quelques années celle du pôle nord. La plupart des moutons laissé à paître dans les collines du Chili austral y sont frappés de cécité par cataracte. On interdit aux enfants de jouer à l’extérieur à cause de la force des rayons ultra-violets entre 10 h. le matin et 3 h. de l’après-midi à Punta Arenas la ville la plus au sud du Chili. Rappelez-vous avec quelle rapidité les gens attrapent un coup de soleil au printemps, au moment où s’ouvre un trou dans la couche d’ozone au-dessus de nos têtes. On a même vu des brûlures au deuxième degré par le soleil!

On le voit, les risques que nous courons sont réels; la menace qui pèse sur la biosphère ira en s’aggravant à moins que des changements drastiques ne surviennent. Et c’est là que nous pouvons à la fois beaucoup et peu. Beaucoup, parce que c’est de l’action concertée et volontaire d’un très grand nombre d’individus que les choses peuvent réellement commencer à changer. Il en a toujours été ainsi et il en sera toujours ainsi. Peu, parce rien ne nous garantit que les principaux responsables industriels et politiques vont véritablement passer à l’action et cesser de tergiverser. Bien au contraire, les sacro-saints impératifs de développement économique et de création d’emploi prennent encore et toujours le pas sur les impacts environnementaux et sociaux à long terme de nos choix actuels. Et rien encore ne nous laisse espérer que la croissance démographique démesurée de l’humanité va se ralentir et s’inverser avant que des drames collectifs inouïs ne viennent réduire de force la population humaine. Pourtant, une mince mais bien réelle lueur d’espoir subsiste, ce dont nous allons maintenant considérer nos chances de se sortir de la crise dans laquelle notre inconscience et notre manque de prévoyance nous ont plongés.

Source : http://earthrainbownetwork.com

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