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Jiddhu-KrishnamurtiKrishnamurti :

Je suis un homme ordinaire et je suis tombé sur un livre de Krishnamurti. Je suis frappé par une ou deux déclarations qui sont faites dans ce livre et j’aimerais en savoir un peu plus. Je vois qu’il est contre, ou plutôt qu’il n’est pas pour, les Institutions et les Organisations soi-disant spirituelles. Et il me parle de mes problèmes. Il parle de mes problèmes et de ma manière de les résoudre.
Disons que j’ai un problème : je ne suis pas heureux dans mon travail, je ne suis pas heureux dans mes relations avec les autres, toute cette vie m’agace copieusement parce que j’ai découvert qu’elle a en fait très peu de signification. Je travaille, j’ai des relations sexuelles, j’ai une famille ou pas de famille, je m’adonne à la boisson et ainsi de suite…
Si je vis en Inde, je suis prisonnier des traditions et je vois qu’il est « anti-tradition », si je puis utiliser ce mot.

Il ne me donne aucune directive. Que je sois Européen, Asiatique ou Indien il ne me donne aucune directive et je veux des directives. J’en ai l’habitude. Et parce qu’il n’y a pas de directives, il se peut que je mette le livre de côté en disant : « Tout ce qu’il dit n’a aucun sens ».

Mais si je suis assez curieux, je me demande : « Pourquoi ne donne-t-il pas de conseils ? Pourquoi ne me dit-il pas ce que je dois faire » ?
Alors je commence à faire ma recherche et à lire un peu plus loin. Je découvre que les conseils ne font que nous rendre plus mécaniques, plus inattentifs à ce qui se passe en nous-mêmes et alors j’approfondis cette question.
Je vois qu’il a raison. Je vois la bêtise des conseils. Et je vois aussi que par le passé il y a eu des conseils, parce que j’ai étudié un peu les questions religieuses, donc je me demande : « Maintenant que dois-je faire » ?
C’est ma question fondamentale.
Que dois-je faire, sachant que je mène une vie ordinaire, que je vais au bureau ou à l’usine, ou que je fais un quelconque travail, que dois-je faire ?
Est-ce qu’il me dit comment je devrais m’y prendre pour le lire ? Et même cela il ne le fait pas du tout.
Alors que cherche-t-il à me dire ?
Il essaie de me dire : « soyez conscient de vous-même, reconnaissez votre condition, voyez quels sont les pièges et étudiez ces pièges – les pièges de la religion, les pièges de l’économie etc.etc. »
Ce qu’il essaie de me dire fondamentalement c’est d’éveiller mon intelligence – pas son intelligence ou l’intelligence qui apparaît dans le livre – il essaie de me dire : « pour l’amour du ciel éveillez votre intelligence, faites la jaillir, questionnez, argumentez, discutez, doutez »
Il me dit tout cela.
Par conséquent, je commence à découvrir que je suis une personne plutôt stupide, vulgaire et grossière.
Mais je ne suis pas totalement insensible et il me dit : « réveillez vous, c’est votre vie, mettez-y un peu d’ordre ».
Toute mon éducation a été basée sur le « Dites-moi-ce-que-je-dois-faire », c’est pourquoi je résiste à cela et je retombe vers ce « Dites-moi-ce-que-je-dois-faire ». Et cependant il dit encore : « Ne demandez pas ce qu’il faut faire mais approfondissez, discutez ».
Alors il y a en moi cette résistance et ce que j’ai lu.
Donc il y a conflit entre ce que j’ai lu et ma résistance.

Ainsi j’arrive dans une impasse parce que je suis paresseux, que j’ai une vie de famille avec tous ses problèmes et je préfère laisser tomber pour un certain temps, cela peut être une année ou six mois ou une journée.
Je mets tout cela de côté pour un temps.
Mais la graine a été plantée en moi. La graine qui révèle que : « Vous êtes responsable de vos actions et personne d’autre. »
C’est ce qu’il me dit et je suis d’accord. J’en vois la logique. Alors je l’accepte.
Mais j’ai du travail, je vais au bureau, à l’usine, je suis charpentier, scientifique ou quoi que ce soit d’autre et je vois de plus en plus que dans ma vie il y a une contradiction entre ce que j’ai lu et ce que je suis. Alors il y a une activité schizophrénique qui se produit : d’une part une acceptation verbale du livre, ce que j’en ai lu, et d’autre part ma vie quotidienne.

Donc je suis maintenant préoccupé par ce conflit. Soudain je prends conscience que toute ma vie est fondée sur le conflit.
Alors de nouveau je demande : « S’il vous plaît, dites moi ce que je dois faire au sujet de ce terrible conflit que j’ai. »
Ainsi en moi il y a de nouveau cette contradiction qui s’installe : « Parlez moi et laissez-moi accepter vos idées. »
Alors je deviens graduellement conscient que je fabrique une autorité. Je deviens graduellement conscient que je veux vraiment une autorité, quelqu’un pour me guider.
Et alors il dit : « Ne faites pas cela, soyez votre propre lumière. »
Alors j’abandonne, c’est si difficile, si désespérant ! Je suis perdu !
Je suis perdu et peut être dépressif et je me dis : « Bon, ça n’en vaut pas la peine, balayons tout cela. »
Je n’ai pas l’énergie. Je n’ai pas la motivation. Peut être qu’un jour j’arriverai quelque part ou que quelque chose se produira ?

C’est, à mon avis, ce qui arrive généralement à la plupart d’entre nous. Je puis me tromper…

Il y a ceux qui sont arrivés à ce point et qui continuent, qui n’abandonnent pas, qui ne jettent pas l’éponge et probablement c’est le cas de la plupart d’entre nous. Alors, je vois l’importance de l’éveil de l’intelligence et l’éveil à la réalité que je dois être ma propre lumière. Je ne suis pas très intelligent. Je suis assez efficace dans mes activités ordinaires, mais ceci exige une tout autre forme d’intelligence, une tout autre forme d’épanouissement.

Donc où suis-je maintenant ?
Je dois vivre dans ce monde. Je dois gagner de l’argent. Si j’ai une famille, je dois pourvoir à ses besoins. Ma femme n’est pas intéressée par tout ceci. Mes enfants vont à l’école et deviennent de plus en plus vulgaires, grossiers, insensibles, et je n’ai pas de véritable relation avec eux. Alors je vois le terrible gâchis que j’ai fait de ma vie et de celle d’autres personnes.
Alors, comment puis-je éveiller cette intelligence qui me permettra de gérer tout ceci ?
J’ai lu pas mal de livres, pas seulement ceux de Krishnamurti. Je connais un peu la philosophie indienne, et ce que les Bouddhistes ont dit. Je ne suis pas spécialement intéressé par le Christianisme car il n’y a aucune philosophie là derrière, c’est basé sur la croyance, la foi et l’autorité, et donc cela ne me parle pas vraiment. Alors je réalise que je suis dans ce désordre et je me demande ce que je dois faire. Comment puis-je éveiller cette intelligence, qui pourra avec clarté gérer toutes ces questions de relation et ainsi de suite et ainsi de suite ?

Alors il dit : « Soyez conscient. Soyez conscient du monde extérieur, ce qui s’y passe et regardez le sans aucune distorsion. »

Je trouve cela plutôt difficile, mais j’essaie d’être conscient de mes préjugés, de mon conditionnement. Et je deviens conscient de mes activités, de mes pensées, de mes sentiments, des domaines où je manque de sensibilité – je suis plutôt vaniteux, je suis ambitieux et ainsi de suite.
Donc je découvre en moi-même les facteurs, les causes de mon insensibilité et je vois le début de cette intelligence qui doucement s’installe. Elle n’est pas en pleine floraison mais cela commence. Et je commence à voir clairement les choses qui ne sont pas vraies dans ma vie, les choses qui sont plutôt fausses, hypocrites. Alors je commence à me demander : « Est-il possible de ne pas être hypocrite, de ne pas faire semblant, de ne pas porter de masques en fonction de l’environnement, en fonction des personnes que je rencontre ? »
Je vois que c’est possible et je commence à écarter tout cela. Je commence à découvrir que l’intelligence ne consiste pas à nier le faux mais plutôt à être conscient du faux. Je commence à réaliser que les choses que je pensais avoir de la valeur ou quelque signification n’ont en fait aucun sens.
Les valeurs dont je me suis emparées, les idéaux, n’ont en fait aucune valeur, aucune profondeur.
Cette perception même que ces valeurs n’ont aucune profondeur fait que celles qui sont fausses ou de peu d’importance disparaissent progressivement.
Je ne me suis pas battu contre elles, je n’ai pas dit qu’elles étaient vraies ou fausses, mais cette perception même qu’elles n’ont aucun sens, qu’elles ne sont pas vraies, cette perception même commence à nettoyer ce qui est faux. Alors je deviens – pas « deviens », si je vais utiliser ce mot « deviens » – je deviens de plus en plus conscient, de plus en plus alerte, de plus en plus vigilant.

Et il dit aussi dans ce livre quelque chose de plutôt bizarre que je ne comprends pas. Il dit : « N’entrez pas dans tout ce processus, sautez par dessus ! Ne procédez pas petit à petit, c’est une perte de temps. Vous pouvez continuer indéfiniment à aller pas à pas, en découvrant diverses formes d’illusions personnelles et ainsi de suite. » C’est pourquoi il ajoute : « Ne laissez pas le temps s’intercaler entre ce que vous voyez et l’action. »

Et pour moi cela est tellement extraordinairement en dehors de mon champ de conscience.
Alors je cherche à savoir ce qu’il veut dire par là.

Ainsi je commence à voir l’importance de la perception et sa relation à l’action. C’est là où j’en suis. C’est ce que je voudrais dire. C’est ce qu’une personne ordinaire, comme moi, arrivé à ce point là et étant coincé, dirait : « je tourne en rond et fais des cercles mais, pour je ne sais quelle raison, je suis incapable d’en sortir. »
Alors je vous demande, à vous qui avez écrit ce livre ou fait ces déclarations : « Que dois-je faire ? »

Et il répète la même chose : « Ne vous fiez à personne ».

Il me renvoie perpétuellement face à moi-même. Alors cela m’ennuie copieusement.
Je pourrais dire : « Allez au diable. Je suis coincé et vous ne m’aidez pas. »

Et il dit : « Personne ne peut vous aider ! Aucune Institution, aucune Organisation, aucune autorité extérieure ni aucune influence de quelque sorte que ce soit ne peut vous aider. »

Est ce que je l’écoute ? Ou bien mon désir de briser ce cercle est-il si grand que je n’écoute même pas ce qu’il me dit ?

Alors j’en suis là.
Je n’écoute pas. Et vous venez me dire d’écouter.
Quand j’ai un sérieux problème avec moi-même et que je veux une réponse, que je suis préoccupé par ce problème très profondément, je me rends compte que je suis incapable d’écouter. Ce problème est si mordant, il me perturbe si profondément.
Et vous me dites : « Écoutez ».
Je ne peux pas. Je ne sais pas comment écouter. Mais vous m’avez parlé de l’action d’écouter et cette graine a été semée.
Alors je me mets à écouter, je me mets à apprendre.
Ainsi je fais la chose même contre laquelle il m’avait mis en garde – « Ne laissez pas entrer le temps ».
Je pense que j’apprendrai à écouter, que j’apprendrai tout ce qu’il faut savoir graduellement, doucement, à ma guise.

Et il dit : « Ce n’est juste qu’une perte de temps ».

Voilà, j’en suis arrivé à ce point là.

Maintenant poursuivez.

J.Krishnamurti
Le 23 juillet 1982*
* Texte lu par Krishnamurti aux membres des 4 Fondations lors d’un « Trustees Meeting »
Traduction : Gérard Charmasson

Source : Messages… Terre Nouvelle
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